Deux pôles, une gouvernance concertée et de multiples projets innovants sont à même de promouvoir les façades maritimes françaises.
Article rédigé par Thibaut Herrero.
Focus :
Projet girac
Colabellisé en mars 2006, le projet GIRAC (gestion intégrée des rejets d'assainissement côtiers) a été porté et réalisé en commun par les régions Paca et Bretagne ; il vise à améliorer les eaux de baignade en développant des outils opérationnels pour connaître en temps réel les flux rejetés et leur évolution en fonction des conditions météorologiques. Les partenaires sont Veolia Eau (porteur du projet), Littoralis (groupement d'entreprises du technopôle Brest-Iroise), Ifremer, Météo France, ACRI, NKE, LSEET, PROTEE, COM.
Pôle gestion des risques et vulnérabilité des territoires - région Paca
D'envergure nationale, son rôle est de développer des solutions concrètes à la gestion transversale des risques sur le territoire. De nombreux partenariats sont susceptibles d'être noués avec le pôle Mer puisque 80% des projets proposés par les équipes de l'université de Nice Sophia-Antipolis et relatifs aux risques concernent les deux pôles.
Glossaire :
[1] DCNS : nouveau nom de DCN (Direction des chantiers navals) depuis que le groupe a acquis les activités navales françaises de Thales (hors équipements), leader européen des systèmes navals de défense
[2] ECA : groupe spécialiste de l'automatisme en milieu extrême et notamment robots de combat, sous-marins
[3] CNIM : Constructions industrielles de la Méditerranée, groupe d'armement qui conçoit entre autres les tubes lance-missiles pour le compte de DCNS
[4] Cluster maritime : ensemble d'informations et de services mis en commun au travers d'une entité donnée sur un territoire donné, en l'espèce un territoire maritime)
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Aux termes du décret de labellisation du 12 juillet 2005, la France a doté chacune des régions Bretagne et Provence-Alpes-Côte d'Azur d'un pôle de compétitivité à vocation mondiale entièrement consacré à la mer. Situés sur deux territoires maritimes historiques et ouverts sur deux façades maritimes, les deux pôles sont indépendants l'un de l'autre. Néanmoins, ils déploient leurs efforts pour mener des projets collaboratifs dans les domaines de la sécurité maritime et du développement durable. Le comité de pilotage et de coordination interrégional (CPCI) doit garantir une gouvernance concertée, dispositif original et unique dans le cadre de 71 pôles de compétitivité français.
Les pôles Mer Bretagne et Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca) se distinguent des autres pôles de compétitivité du fait qu'ils coordonnent leur gouvernance afin d'assurer la coordination de leurs projets respectifs et d'éviter les redondances. Pensés comme étant la rencontre, sur un territoire donné, de centres de recherche et de formation, d'entreprises et de partenaires institutionnels, ceux-ci traitent de la mer en se focalisant sur deux axes : la sécurité et le développement durable.
Sécurité et développement durable en point de mire
Ancrés dans deux territoires maritimes distincts, les deux pôles se sont associés à des structures différentes afin de procéder à un maillage efficace du territoire et constituer des partenariats solides, à même de pérenniser les résultats de leur travail. En vue d'assurer le relais territorial pour l'émergence de projets innovants, le pôle Bretagne a par exemple développé des partenariats avec le réseau des chambres de commerce et d'industrie bretonnes et quatre technopôles (Brest Iroise, Quimper Cornouailles, Audélor / Lorient Innovation et Rennes Atalante). Le pôle Mer Paca s'appuie quant à lui sur l'association Toulon Var Technologies qui vise à favoriser l'innovation et la compétitivité des entreprises du département du Var et fonctionne comme une structure d'accompagnement des projets.
Au sein des deux pôles, des acteurs économiques et de la recherche de tout premier plan s'investissent dans les projets maritimes. En Bretagne, citons DCNS [1], Thales, Veolia Eau et Ifremer. Le pôle Paca regroupe les compétences techniques et scientifiques de DCNS, Thales, ECA [2], CNIM [3], Ifremer, Principia, des universités de Toulon, Nice et Marseille ainsi que des laboratoires du CNRS. Amenés à entretenir des liens privilégiés, les deux pôles Mer ont poussé leur coopération à un niveau inconnu des autres pôles de compétitivité, via l'instauration d'une instance de gouvernance commune et unique en son genre : le comité de pilotage et de coordination interrégional (CPCI). Composé paritairement de quatre membres du bureau de chacun des deux pôles Mer, le CPCI est un organe de gouvernance (sui generis) dont la vocation consiste à assurer la cohérence et à veiller à la complémentarité des projets labellisés.
Une gouvernance originale
Organe de coordination et d'arbitrage entre les deux pôles, le CPCI se voit confié le rôle de grand ordonnateur des projets communs tant comme instance d'évaluation et d'amélioration des pôles que comme initiateur d'une stratégie bipolaire globale.
Ainsi, les équipes d'ingénierie et d'animation (EIA) des deux pôles Mer envoient tous les quinze jours des fiches intermédiaires de synthèse relatives aux nouveaux projets. On organise alors une réunion préparatoire destinée à gérer la concurrence entre les projets des deux pôles et le CPCI intervient par la suite pour validation. Des réunions de travail présidées alternativement par l'un ou l'autre pôle sont organisées une fois par mois et au cours desquelles des décisions stratégiques sont prises. Une majorité des trois quarts est nécessaire à toute prise de décision ; rien ne peut se faire sans l'existence d'un consensus minimum. Les pôles réussissent ainsi le tour de force de conserver une indépendance réelle tout en pouvant, à chaque fois qu'ils le désirent, prendre des décisions en commun et ainsi gagner en efficacité.
Le CPCI est en outre en première ligne pour la communication nationale et pour mener les actions internationales auprès de Bruxelles notamment. Les pôles de compétitivité Mer ont par exemple contribué ensemble à la rédaction du livre vert intitulé Vers une politique maritime de l'Union : une vision européenne des océans et des mers. Afin d'améliorer la visibilité internationale des pôles Mer français, ceux-ci ont par ailleurs décidé de coupler leurs compétences et de faire stand unique au cours du salon Euronaval et à la conférences sur les technologies offshore de Houston (OTC Houston). Signe évident du rapprochement des deux pôles, ceux-ci ont décidé de rédiger une newsletter commune dans laquelle ils expliquent en quoi coopérer est source de richesses.
Cinq thématiques pour des projets coopératifs et attractifs
Portés par une gouvernance concertée, les pôles Mer entendent développer de manière concertée des équipements et des services porteurs de ruptures technologiques radicales dans cinq thématiques majeures : la sécurité et la sûreté maritime, le naval et le maritime, l'environnement et l'aménagement du littoral, les ressources énergétiques et marines et enfin les ressources biologiques marines. L'ambition de ces projets est de répondre avec la plus grande efficacité possible aux enjeux internationaux inhérents à la mer ; puisque 70% des échanges mondiaux y transitent et que les investissements sur les zones côtières européennes représentent environ 1.000 milliards de dollars, la France se doit de profiter de ses atouts naturels, industriels et scientifiques pour conforter sa position de pays disposant de la deuxième zone économique exclusive du monde. En Bretagne par exemple, plus de 50.000 emplois dérivent directement des activités maritimes et environ 2 900 chercheurs travaillent de concert avec le pôle Paca à des projets destinés à faire de cette région le leader européen de la sécurité maritime et le premier centre de recherche français en biotechnologies marines.
En ce qui concerne les projets de R&D coopératifs colabellisés et répondant à des critères d'innovation, de qualité technique et de positionnement mondial, le projet GIRAC (voir "Projet Girac" ci-contre) peut servir de modèle. Par le développement de technologies innovantes destinées à améliorer les eaux de baignade en optimisant, en temps réel et compte tenu des prévisions météo, la gestion des installations d'assainissement, GIRAC est un exemple de partage intelligent des compétences et des financements entre les deux pôles (voir ci-contre).
Du fait de leur vocation mondiale, les pôles Mer sont également amenés à s'ouvrir à d'autres clusters français - voire étrangers. Le pôle Mer Bretagne a par exemple engagé une collaboration poussée avec les pôles Produits aquatiques de Boulogne, Valorial (valorisation pour la recherche et l'innovation alimentaire), EMC2 (ensembles métalliques et composites complexes) et Qualitropic (pôle réunionnais d'excellence relatif à l'agronutrition en milieu tropical) en vue de renforcer les liens entre les régions maritimes métropolitaines et ultramarines. De même, le pôle Paca s'est associé à d'autres pôles de compétitivité français tels que Capenergie (pôle d'utilisation performante de l'énergie), SCS (solutions communicantes sécurisées), Capdigital (pôle francilien des contenus numériques) et, surtout, le pôle Gestion des risques et Vulnérabilité des territoires (voir "Pôle gestion des risques et vulnérabilité des territoires - région Paca" ci-contre) ; du fait de l'existence de convergences entre la mer et le concept de risque, des groupes de travail communs relatifs aux mouvements du sol (à terre et en mer) ou à la pollution marine se sont mis en place.
Et toujours dans cette logique d'ouverture à d'autres centres de compétences, le renforcement des complémentarités entre régions maritimes européennes voire internationales devrait conduire à l'émergence de synergies fructueuses dans les années à venir. Si la coopération avec les deux clusters maritimes [4] européens du Schleswig-Holstein et du Sud-Est de la Grande- Bretagne (Marine South East de Southampton) doit constituer une première étape de l'ouverture européenne de ces pôles, la mise en place de partenariats de formation d'ingénieurs et de relations de business pour les entreprises entre le pôle Paca et les pays du Maghreb préfigure peut-être la constitution d'une Union méditerranéenne.
Confrontés au double défi de la gouvernance commune et de l'ouverture à d'autres partenaires nationaux voire internationaux, les pôles Mer devront garder le cap de la coopération.
A lire également : - Contribution des pôles de compétitivité Mer à la consultation sur le livre vert Vers une politique maritime de l'Union : une vision européenne des océans et des mers. - Rapport Poséidon Politique maritime de la France, décembre 2006, http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/064000881/0000.pdf