Pas une journée sans les croiser maintes fois : les textiles techniques se glissent désormais partout et leur consommation est en hausse dans le monde entier. L'Europe est championne, avec à sa tête l'Allemagne et la France.
Cet article a été préparé par Willy Marante à partir du rapport "Les textiles techniques. Présentation des efforts institutionnels en matière de R&D en France et en Allemagne" réalisé par Marina Pajak, du service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France en Allemagne, que nous remercions pour sa collaboration.
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Focus :
En quoi un textile est-il "technique" ?
Un textile technique se définit comme tout produit ou matériau textile dont les performances techniques et les propriétés fonctionnelles (durabilité, résistance aux agressions chimiques, perméabilité ou imperméabilité, qualités thermiques...) prévalent sur les caractéristiques esthétiques ou décoratives. Il est aujourd'hui possible d'introduire de plus en plus d'innovations technologiques dans les phases de production et de traitement des textiles, et de réaliser ainsi des produits avec des caractéristiques spécifiques de durabilité, de fluidité, d'hygiène, de résistance aux agressions chimiques et à la chaleur, de perméabilité ou de barrière vis-à-vis des substances particulaires, d'isolement thermique...
Ces textiles techniques apportent des solutions nouvelles à de nombreux secteurs industriels :
- emballage : empaquetage en bloc, emballages jetables, attaches...
- transports : produits caoutchoutés renforcés de textiles, sécurité, équilibre et isolation, revêtement pour sols, protection, composites...
- industrie : filtration, produits caoutchoutés renforcés de textiles, nettoyage, levage et tirage, composants électroniques, composites...
- aménagement intérieur : tapis, composants pour meubles, nettoyage et filtration, housses et toiles...
- construction : protection et écrans, matériaux de construction, composants de bâtiments, renforcement...
- médical : nettoyage, linge hospitalier, dispositifs de soin, protection, biotextiles...
- agriculture : housse, protection, ramassage, pêche, attaches...
- habillement : composants pour chaussures, isolation et structure, produits pour la couture...
- sports et loisirs : composants de bagages, équipements sportifs, de camping...
- géotextiles : stabilisation, séparation et drainage, contrôle de l'érosion...
- protection individuelle : équipements pour salles blanches, protection chimique, équipements antiflammes, anticoupure...
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Revêtements de sols, équipements sportifs et de camping, géotextiles pour lutter contre l'érosion des sols ou encore équipements antiflammes ou anticoupure... Pas une journée sans les croiser maintes fois : les textiles techniques se glissent désormais partout et leur consommation est en hausse dans le monde entier. L'Europe est championne, avec à sa tête l'Allemagne, numéro 1 mondial des textiles techniques : comme producteur, mais aussi comme consommateur. Regards croisés, en France et en Allemagne, sur ce secteur qui file vers le succès.
En à peine dix ans, la consommation de textiles techniques est passée de 65 à 85 milliards d'euros dans le monde. Et elle devrait dépasser les 100 milliards d'ici trois ans. Diversification salvatrice pour un secteur en crise, les textiles sont devenus "techniques", terme qui regroupe tous les matériaux textiles dont les performances techniques et les propriétés fonctionnelles prévalent sur les caractéristiques esthétiques. Ces nouveaux matériaux apportent des solutions nouvelles pour les autres secteurs industriels. Actuellement, les secteurs d'application porteurs et prioritaires pour les textiles techniques sont le médical, le transport et les marchés en forte croissance mondiale pour les textiles techniques (géotextiles, construction, environnement...).
Depuis quelques années tous les indices d'activité du secteur des textiles traditionnels montrent la montée en puissance de la production au sein des nouveaux pays industriels, particulièrement en Asie. Les textiles techniques, du fait de leur valeur ajoutée, représentent un axe fort de différenciation pour les entreprises des pays industrialisés. A titre d'exemple : 17% des entreprises du secteur textile français produisant des textiles techniques représentent 27% du chiffre d'affaires mondial du secteur et 40% de ses bénéfices (voir "En quoi un textile est-il "technique" ?" ci-contre).
Préparer le textile et l'habillement de 2020
En Europe, quatre pays consomment environ la moitié des textiles techniques fabriqués en Europe : l'Allemagne (14%), la France (12%), le Royaume-Uni (10%) et l'Italie (9%). Sur le Vieux Continent, les secteurs les plus dynamiques en termes d'investissements de R&D sont le médical (fonctionnalisation des tissus, biocompatibilité, nanofiltration, biodégradabilité), les transports (recyclabilité des matériaux, allègement des structures, limitation de l'inflammabilité dans l'automobile...). A un moindre degré, le génie civil (matériaux composites) et la protection individuelle (vêtements communicants) sont également demandeurs d'innovations. En Europe, le développement durable est l'un des objectifs prioritaires des centres de recherche textiles, ce qui se traduit par des recherches portant sur la recyclabilité, la biodégradabilité des fibres, la diminution des déchets liés aux traitements chimiques des fibres, la réduction de la consommation d'énergie.
En 2004, les trois grandes organisations européennes impliquées dans la recherche et le développement technologique textile - Euratex, Textranet et Autex - ont créé une "plate- forme technologique pour le futur du textile et de l'habillement en Europe à l'horizon 2020". Elle propose à l'horizon 2020 de privilégier de plus en plus une production de biens spécialisés à haute valeur ajoutée, d'amplifier la R&D pour de nouvelles applications textiles, et de passer d'une filière conçue pour la conception de la consommation de masse à la personnalisation des produits.
L'Allemagne est à la fois le premier producteur et le premier consommateur de textiles techniques en Europe. L'une des caractéristiques du marché allemand est la puissance de son activité de construction de machines textiles. Les centres de recherche en Allemagne se concentrent principalement dans la région de Rhénanie-du-Nord- Westphalie, en Bade-Wurtemberg et dans la région de Stuttgart, ainsi que dans les nouveaux Länder de Saxe et de Thuringe. Les principaux secteurs d'application des textiles techniques en Allemagne sont le médical, l'industrie, le secteur de la construction, les transports (surtout l'industrie automobile) et la protection individuelle. La recherche est coordonnée par le réseau de compétences allemand suprarégional : le Conseil en recherches textiles (CRT, Forschungskuratorium Textil). Le CRT est subventionné par le ministère fédéral de l'Economie et de la Technologie (BMWi) et regroupe la Confédération de l'industrie allemande du textile et de la mode ainsi que vingt et une associations d'établissements de recherche et d'entreprises (environ 1 500, des PME pour la plupart). Il réunit entre autres le réseau "InnoRegio", la région "Textile Inntex Saxe Centrale" et l'initiative "Future Textile NRW" (ZiTex).
Le CRT travaille en coopération avec seize établissements de recherche textile allemands, ainsi que des partenaires industriels et institutionnels. Il soutient principalement des projets de recherche industrielle coopérative par l'intermédiaire de l'association des centres techniques Otto von Guericke AiF (Arbeitsgemeinschaft industrieller Forschungsvereinigungen), premier organisme national allemand pour le soutien à la R&D dans les moyennes entreprises. En moyenne cinquante à soixante projets AiF sont financés par le CRT chaque année, soit un total d'environ 12 millions d'euros annuels. Dans ce contexte, le CRT a défini une stratégie commune en mars 2006 intitulée Textilforschung in Deutschland - Perspektiven 2015. Rôle majeur : promouvoir et coordonner des projets de recherche collectifs et faciliter le transfert technologique. Les activités du CRT ont des effets de longue portée sur l'emploi, la compétitivité et la création des richesses en Allemagne, notamment dans les domaines de la construction des machines textiles, de l'industrie automobile, du terrassement, de la construction souterraine et voies de circulation, de l'habillement de protection...
Le CRT participe en outre à la préparation de plusieurs projets de recherche au sein du programme cadre pour la recherche et le développement (PCRD) de l'Union européenne. Il existe des liens bilatéraux avec les associations d'autres Etats européens ainsi qu'à travers la Confédération européenne de l'industrie textile et d'habillement (Euratex). Les membres des instituts sont organisés aussi bien dans des réseaux des instituts universitaires (Autex) que dans des établissements de recherche extra-universitaires (Textranet) ce qui garantit un accord effectif des acteurs engagés au plan européen. En outre, la R&D pour les textiles techniques intelligents est soutenue par le BMBF dans le cadre du programme Microsystèmes avec un montant de 15 millions d'euros (pour la période 2004-2009). Le BMBF soutient un nombre limité de projets industriels fédératifs qui répondent à des besoins spécifiques de solutions innovatrices dans les domaines de la santé ou de l'augmentation de la sécurité.
380 Entreprises en réseau pour stimuler leur compétitivité
En 2006, la France compte 380 entreprises spécialisées dans le textile technique. Les régions françaises les plus actives dans le domaine des textiles techniques sont les régions Rhône-Alpes, Nord-Pas de Calais et Champagne Ardennes, puis en second plan l'Ile-de- France et l'Alsace. Les principaux secteurs d'application en France sont le transport (28%, dont 16% pour l'automobile et 12% pour l'aéronautique), les textiles intelligents pour l'industrie (20%), le médical et hygiène (20%), la protection individuelle (12%), la construction (10%), et enfin les sports et loisirs (10%). La R&D française s'effectue dans des cadres variés. Certaines écoles d'ingénieurs et universités scientifiques ont su établir de véritables laboratoires et des partenariats à l'international, notamment l'Ecole nationale supérieure des arts et industries textiles (Ensait), l'Ecole supérieure des techniques industrielles et des textiles (Estit), l'Ecole nationale supérieure des industries textiles de Mulhouse (Ensit), l'Institut supérieur textile d'Alsace (Ista), ou encore l'Institut textile et chimique de Lyon (Itech). L'Institut français textile - habillement (IFTH), centre technique de la profession est également actif. En outre, le développement continu des textiles techniques et fonctionnels est assuré par des collaborations étroites avec de grands instituts de recherche d'autres secteurs : Lirigm (génie civil), Inra (agronomie), CEA Minatec (micro- et nanoélectronique), Inserm (médecine), Insa (matériaux et capteurs), CNRS (notamment Lille, Mulhouse, Lyon et Troyes).
Pour stimuler leur compétitivité, en 2002, les entreprises françaises ont mis sur pied avec le Gouvernement le réseau R2ITH (réseau industriel d'innovation du textile et de l'habillement). Il est soutenu par le ministère délégué à l'Industrie et rassemble, autour de l'IFTH, les industriels, les différents acteurs de la R&D du textile mais aussi d'autres secteurs et les institutionnels dans huit régions françaises. Depuis 2004, des plates-formes technologiques favorisent le regroupement de PME sur des programmes de recherche communs. Neuf projets de recherche triennaux ont été lancés ces deux dernières années, pour un investissement total de 11 millions d'euros (dont plus de 40% pris en charge par les pouvoirs publics). Ces plates-formes, dédiées à l'exploration de marchés à haute valeur ajoutée offrent des outils de veille et de recherche permettant de répondre à la concurrence mondiale. Par ailleurs, réseau R2ITH travaille en liaison étroite avec les pôles de compétitivité susceptibles d'intéresser les industriels de la filière textile-habillement. Sur huit pôles de compétitivité qui intègrent une composante textile, trois pôles à vocation nationale sont très largement dédiés aux textiles techniques, que ce soit le pôle Up-Tex, traitant des textiles hautes performances dans la région Nord-Pas de Calais, le pôle Techtera, concernant les textiles techniques en région Rhône-Alpes, ou encore le pôle sur les fibres naturelles en régions Alsace et Lorraine. Le pôle Enfant de la région Pays de Loire, également labellisé, comporte un volet habillement.
Acteurs français et allemands se rapprochent
Le groupe Oséo Anvar soutient la recherche et les PME, notamment dans le domaine des textiles. En 2005, parmi la centaine de projets innovants dans ce secteur, la majorité concernait les textiles techniques pour un montant total d'aides d'environ 10 millions d'euros, soit pratiquement un doublement par rapport à l'année 2003. Afin d'aider les PME françaises du secteur textile à mieux appréhender la concurrence internationale, le groupe Oséo participe en outre depuis plus de deux ans au réseau européen d'intelligence économique Fashion Net aux côtés de l'IFTH et de la Cité de l'initiative (groupement d'industriels de la région Nord-Pas de Calais). Fashion Net propose aux industriels des évaluations personnalisées de leur potentiel d'innovation, des séminaires de rencontres et des actions de promotion couplées.
Les progrès réalisés en France et en Allemagne ces dernières années en matière de recherche et de mise en réseaux de leur recherche nationale, sont considérables. Ces progrès se sont accompagnés de mesures pour rapprocher les acteurs français et allemands. L'IFTH a notamment initié en 2005 un rapprochement avec les instituts allemands pour le développement de solutions textiles dans le domaine de l'industrie du transport. Dans ce cadre, une rencontre franco-allemande a d'ores et déjà eu lieu à Mulhouse en janvier 2006 au cours de laquelle dix instituts allemands ont participé sur un sujet commun : le développement de solutions textiles pour l'industrie du transport. Le but de cette rencontre était de présenter les projets R&D des instituts allemands et français dans ce domaine, d'identifier les compétences complémentaires afin de développer de futures collaborations, d'identifier les priorités R&D pour le domaine de l'automobile en vue, à long terme, d'un programme de recherche stratégique commun (extension possible à la plate-forme européenne créée par Euratex).
Dans le domaine des textiles techniques et fonctionnels, les universités et les laboratoires de recherche spécialisés français et allemands sont largement impliqués dans les programmes de recherche européens du 6e PCRD. Dans le cadre du 7e PCRD, les services de la Commission prévoient la mise en place d'un cluster européen Eureka entièrement dédié aux nouveaux produits textiles. Euratex est en train de mettre en place la "plate-forme technologique pour le futur du textile et de l'habillement en Europe à l'horizon 2020". Cette dernière fournira au 7e PCRD un réseau structuré d'acteurs de la R&D composé de neuf groupes de travail. Ces projets européens constitueront également des opportunités en termes de partenariats bilatéraux.