La Tunisie organise ses pôles de compétitivité, à l'instar du pôle agroalimentaire de Bizerte (PCB), lancé officiellement en juin dernier
Article rédigé par Eric Werner. Ce quatre pages a été rédigé à partir de documents confiés par le PCB et le CIHEAM-IAMM, partenaire du pôle, que nous remercions pour leur collaboration.
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La région tunisienne de Bizerte a inauguré en juin dernier son pôle de compétitivité agroalimentaire. Son action reposera sur trois piliers : le technopôle agroalimentaire de Bizerte, des espaces industriels destinés à l'accueil d'investisseurs étrangers et tunisiens, ainsi qu'un réseau de partenaires scientifiques et industriels régionaux, nationaux et internationaux.
Inauguré officiellement lors d'un séminaire de lancement organisé le 23 juin dernier, le pôle de compétitivité agroalimentaire de Bizerte (PCB) est à ce jour l'un des deux pôles de compétitivité mis en place par la Tunisie, avec celui de Monastir El Fejja, consacré à la filière textile habillement. A moins d'une heure d'autoroute au nord-ouest de Tunis dans une région qui se situe au point le plus septentrional du continent africain, le PCB est implanté dans un environnement exceptionnel, formé de montagne, de forêt et d'un lac - la lagune de Bizerte - relié par un canal à la Méditerranée, au niveau des voies maritimes du détroit de Sicile, point de rencontre entre l'Afrique et l'Europe.
La création du PCB s'inscrit pleinement dans la stratégie du Gouvernement tunisien de renforcer la compétitivité du secteur agroalimentaire, qui constitue un secteur majeur et une priorité pour le développement économique du pays (voir "L'agroalimentaire, seconde activité industrielle tunisienne" en fin d'article). Différents arguments ont milité pour le choix de la région de Bizerte dans l'implantation de ce pôle de compétitivité. D'une part, sa situation au coeur de la Méditerranée occidentale et son activité économique axée principalement sur l'agriculture, l'industrie, notamment agroalimentaire, et la pêche. D'autre part, un "arc technologique" Tunis-Bizerte qui maille de nombreux organismes et institutions agronomiques et agroalimentaires. Mais aussi un réel potentiel en termes d'infrastructures et de moyens de communication : autoroute Tunis-Bizerte, aménagements portuaires, disponibilités foncières, site naturel attractif... A noter qu'il s'agit par ailleurs du seul pôle agroalimentaire sur les rives sud de la Méditerranée, susceptible également de mettre à profit les bienfaits reconnus du "régime méditerranéen" pour rayonner de façon plus large et engager des partenariats extérieurs.
Développer l'innovation, la compétitivité et l'emploi
Le PCB se fixe cinq objectifs prioritaires : promouvoir l'innovation et assurer le transfert des nouvelles technologies vers les entreprises du secteur agroalimentaire, développer la compétitivité de ces dernières - tant en les aidant à préserver leurs parts de marché sur le plan local que par la conquête de marchés à l'export -, générer des projets innovants à forte valeur ajoutée, créer de l'emploi et développer les partenariats techniques et commerciaux. Pour atteindre ces objectifs, l'action du pôle de compétitivité de Bizerte reposera sur trois piliers : la mise en place d'un technopôle, la création de nouveaux espaces industriels, et l'animation d'un réseau de partenaires régionaux, nationaux et internationaux.
Premier élément essentiel du PCB, le technopôle agroalimentaire de Bizerte s'étend sur 45 hectares à Menzel Abderrahman, sur la rive nord du lac de Bizerte. Ce projet s'inscrit dans un programme national des technopôles portant sur la mise en oeuvre, à l'horizon 2009, de dix technopôles tunisiens dont l'action, dans leurs secteurs d'activités respectifs, sera centrée sur trois maîtres mots : la R&D, la formation et la production. Le nouveau technopôle agroalimentaire est tourné quant à lui vers cinq principaux domaines cibles. Trois d'entre eux portent sur des filières : les produits liquides (huile, boissons...), les produits secs et les produits d'assemblage (produits de la mer et plats cuisinés). Les deux autres représentent des problématiques transversales : la première concerne la chaîne du froid, la qualité et la traçabilité, et la seconde l'automatisme et la maintenance industrielle.
Prestations du technopôle : des réponses aux besoins identifiés
Différentes missions ont été assignées au technopôle agroalimentaire, définies suite à une consultation des acteurs économiques et institutionnels du secteur agroalimentaire dans le cadre d'une étude de faisabilité préalable. Il s'agit d'une part d'apporter des services d'informations et de veille aux entreprises du secteur, face à leur déficit d'informations constaté dans les domaines techniques, économiques, financiers ou encore juridiques ; d'autre part, le technopôle a également pour mission de dispenser les formations qui leur permettront d'accomplir les sauts jugés nécessaires en matière de maîtrise technologique et de méthodes de management, et de répondre aux attentes exprimées par les chefs d'entreprises en termes d'assistance technique et de conseil, en soutien à leurs prises de décision et à la conduite opérationnelle de leurs activités. Par ailleurs, le technopôle se doit aussi d'aider les entreprises à innover tant dans les produits, les procédés, les emballages..., l'innovation constituant un facteur de croissance essentiel dans le secteur agroalimentaire. Il s'agit pour cela de leur offrir des services de R&D mais aussi de transfert de technologie. Enfin, le technopôle anime également le réseau constitué par l'ensemble des acteurs et organisations impliqués dans le secteur agroalimentaire tunisien.
Alors que le pays compte d'ores et déjà de multiples organisations professionnelles et publiques en soutien au secteur agroalimentaire, le technopôle intervient dans la mise en relation avec ces ressources qui demeurent insuffisamment exploitées par les responsables d'entreprises et dont le pilotage reste peu coordonné.
Mailler l'existant et développer des services complémentaires
Pour réaliser ses différentes missions et mettre en place les services correspondants, le technopôle procède à un maillage des activités d'ores et déjà existantes sur le territoire et s'appuie en priorité sur ces dernières. A défaut, il se propose de développer les services nouveaux requis pour combler les lacunes identifiées. Le coup d'envoi des travaux d'aménagement du site du technopôle agroalimentaire de Bizerte a été donné à l'occasion du séminaire de lancement du PCB. La première phase dans la mise en oeuvre opérationnelle de ses activités consiste aujourd'hui à développer des services de veille, de formation et de transfert de technologies, dans le cadre d'un partenariat international avec la France (voir "Première phase de mise en place du technopôle agroalimentaire de bizerte" en fin d'article).
Parallèlement au technopôle, la création de nouveaux espaces industriels sur la région de Bizerte constitue le second pilier du pôle de compétitivité PCB. L'objectif est de développer de nouvelles zones de production et de services en vue d'attirer des investisseurs étrangers mais aussi locaux. Pour cela, le PCB leur propose un accès à des terrains présentant un rapport qualité - prix compétitif, assortis d'un service permanent d'assistance aux promoteurs. Au total, le PCB dispose d'une superficie de 150 hectares situés dans un cadre privilégié en bordure du lac, et qui sera aménagée par tranches successives de 50 hectares chacune.
Enfin, le pôle de Bizerte s'emploie également à développer un réseau de partenaires scientifiques et industriels, qui constitue le troisième élément essentiel de son action. Il s'agit ainsi de tisser des liens avec des établissements de formation, des organismes de recherche, des entreprises ou encore d'autres pôles et technopôles, tant au niveau national que sur un plan international. Le pôle compte en particulier sur les opérateurs de ce réseau pour accéder aux informations et aux diverses compétences nécessaires à la conduite de ses activités, mais aussi pour participer à son rayonnement.
De nouveaux espaces industriels et un réseau de partenaires
Ce réseau, qui cible actuellement une trentaine de partenaires, sera amené à s'amplifier au fur et à mesure du développement des activités du pôle. A ce jour, le PCB a déjà contractualisé une quinzaine d'accords de partenariat, principalement avec des établissements d'enseignement supérieur et des centres techniques tunisiens impliqués dans le secteur agroalimentaire. Par ailleurs, le pôle a également établi deux partenariats internationaux, tous deux avec la France. Ceux-ci concernent respectivement le pôle de compétitivité Q@limed, situé en région Languedoc-Roussillon, et le technopôle Agroparc d'Avignon. Les coopérations avec ces deux acteurs portent aujourd'hui sur l'édification des différents services prévus dans le cadre de la première phase de mise en oeuvre du technopôle de Bizerte (voir encadré page 35). Q@limed accompagne principalement le PCB dans la mise en place opérationnelle d'un programme de formation, alors qu'Agroparc intervient dans l'organisation du transfert de technologie et la conception d'un espace d'accompagnement et de services pour le compte des start-up qui seront accueillies par le pôle.
A signaler enfin que la gestion du PCB a été confiée à la "société du pôle de compétitivité de Bizerte", créée à cet effet en septembre 2006. Il s'agit d'une société anonyme bénéficiant de forts soutiens du secteur privé (banques, entreprises, parc d'activités économique de Bizerte), rejointe plus récemment par les pouvoirs publics tunisiens. Elle est l'interlocuteur unique pour tous les opérateurs au sein du pôle.
Le point sur :
L'agroalimentaire, seconde activité industrielle tunisienne
Le secteur agroalimentaire tunisien compte de l'ordre d'un millier d'entreprises (entreprises d'au moins 10 salariés), dont près de 130 ont une activité intégralement orientée vers l'exportation. Il s'agit en majorité de PME réparties sur tout le territoire, mais néanmoins concentrées sur les zones littorales, à proximité des grands centres de consommation.
Ce secteur constitue la seconde activité industrielle du pays. Avec plus de 85.000 emplois, il représente 17% de l'emploi industriel tunisien et 20% de la valeur ajoutée. En 2006, les exportations de produits agroalimentaires ont représenté près de 900 millions d'euros, essentiellement vers les marchés de l'Union européenne.
Le Gouvernement tunisien souligne l'importance du secteur agroalimentaire pour le développement économique du pays, argumentée notamment par l'existence d'un socle agricole important sur le plan social, des perspectives de marchés favorables, mais une valorisation actuellement insuffisante des matières premières agricoles. Il pointe en particulier la nécessité d'une mise à niveau de l'entreprise, afin d'affronter plus efficacement la concurrence croissante sur les marchés intérieurs et d'améliorer sa compétitivité à l'exportation.
Les acteurs économiques et institutionnels du secteur agroalimentaire suggèrent de façon plus concrète les priorités d'actions suivantes pour les entreprises :
- renforcer les relations avec l'agriculture ;
- promouvoir la qualité ;
- améliorer les niveaux technique et managérial ;
- innover ;
- développer les exportations.
Première phase de mise en place du technopôle agroalimentaire de bizerte
Dans cette première phase, le PCB travaille aujourd'hui à la mise en place d'un technopôle de services, orienté vers trois premiers services : formation, veille et transfert de technologie.
Formation La composante formation au sein du technopôle sera assurée par l'ensemble des organismes partenaires concernés et en collaboration avec les ministères impliqués. Pour satisfaire les besoins du secteur agroalimentaire, le technopôle s'attachera par ailleurs à construire, de façon opportune, des formations spécifiques et complémentaires, qui viendront ainsi s'ajouter aux formations existantes. Dans ce cadre, différents types de formations sont aujourd'hui à l'étude et devraient être opérationnelle pour la rentrée 2008 :
- des formations diplômantes ; parmi celles-ci figurent en particulier un projet de MBA en management agroalimentaire, en collaboration avec l'Institut agronomique méditerranéen de Montpellier (IAMM
- composante du pôle de compétitivité Q@limed), ainsi qu'un "BTS plus" en industrie agroalimentaire, destiné aux titulaires d'un BTS dans le même domaine ou équivalent, ayant pour vocation de les former à la création et à la mise en place d'un projet agroalimentaire à travers les ressources du technopôle et de ses partenaires ;
- des formations qualifiantes ; dispensées dans le cadre de séminaires de sensibilisation (une journée pour un public de cadres supérieurs), de cycles courts (2 à 5 jours pour des cadres supérieurs, techniciens supérieurs ou techniciens) ou de cours internationaux (sur une période d'une dizaine de jours pour des cadres d'entreprises et d'institutions de différents pays), celles-ci visent différents objectifs : valider et reconnaître le professionnalisme acquis de salariés, renforcer leurs compétences techniques et/ou managériales, favoriser l'intégration de jeunes recrues, ou encore renforcer les capacités des employés à évoluer professionnellement ;
- des formations à distance, basées sur le réseau Internet...
Veille Les services d'informations et de veille au sein du technopôle seront également définis et mis en oeuvre en coopération avec le pôle Q@limed, mais également avec l'ADIT.
Transfert de technologie L'organisation du transfert de technologie fait l'objet d'un partenariat avec le technopôle Agroparc d'Avignon. Un séminaire sera organisé sur ce sujet en mars prochain.
Pour en savoir plus :
- Pôle de compétitivité de Bizerte (PCB), Kamel Belkahia, président-directeur général, tél : +216 72 423 600, fax : +216 72 423 777, pcb@planet.tn - Centre international des hautes études agronomiques - Institut agronomique méditerranéen de Montpellier (CIHEAM - IAMM), Abdelhamid Bencharif, enseignant-chercheur, tél : 04 67 04 60 60, bencharif@iamm.fr ; A. Bencharif a mené, en collaboration avec J.-L. Rastoin de Montpellier SupAgro, l'étude de faisabilité préalable à la constitution du technopôle agroalimentaire de Bizerte.