Basé à Caen, en Basse-Normandie, le pôle de compétitivité Transactions Electroniques Sécurisées (TES) dispose des atouts nécessaires pour relever un défi d'envergure, celui d'assurer la confiance dans un monde numérique.
Article rédigé par Jean-François Desessard.
Focus :
Les TES, c'est quoi ?
Une transaction électronique est un échange d'information dématérialisée entre deux entités, via des systèmes informatiques. Pour des raisons de confidentialité, celle-ci doit être impérativement sécurisée. On parle alors de "transaction électronique sécurisée" (TES).
Cette sécurisation du système garantit ainsi l'identité des acteurs, l'intégrité des données et leur traçabilité à des fins de preuve.
Pôle TES : portrait chiffré
- 95 membres dont 50% de PME/TPE
- 50 projets en portefeuille, dont 32 labellisés
- 18 projets financés, dont 8 industriels et 10 en recherche
- 4 projets retenus par le fonds unique interministériel (FUI) : Sopas, Autom@tics, FC2, Albatros
- 10 projets retenus par l'Agence nationale de la recherche (ANR) : Lareda, Pace, Vacams, Semome ; Femmes, Biotyful, SMCP, Pollux, Cumin, Medi@sur
- 85,5 millions d'euros d'investissements
- Budget annuel du pôle : 650.000 euros
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C'est la mission à laquelle participe le pôle TES dont l'ambition est en effet de traiter chacun d'entre nous sous l'aspect numérique, que ce soit en matière d'identité, de monétique ou encore de sécurité des échanges. Les solides atouts dont elle dispose - n'est-elle pas en particulier le berceau historique de nombreux éléments essentiels de la monétique ? - font de la Basse-Normandie un écosystème très favorable au développement des Transactions Electroniques Sécurisées (TES). Reste pour ce pôle de compétitivité à acquérir au plus vite une nécessaire dimension européenne, notamment en mariant intelligemment deux types de projets, les uns d'envergure, servant de véritable locomotive à d'autres de tailles plus modestes. Trente-deux projets ont d'ores et déjà été labellisés.
Retraitée et veuve, Louise Blanchard demeure dans une petite localité à une trentaine de kilomètres de Caen, en Basse-Normandie. Comme chaque jour, quand midi sonne, elle attend la livraison de son repas. Ayant des difficultés à se déplacer, elle le commande en effet la veille directement sur l'écran tactile qui lui sert aussi de télévision et lui permet également d'accéder à de multiples services (transports, loisirs, etc.). Quelques heures plus tôt, son voisin, qui souffre de problèmes cardiaques, a utilisé, lui aussi, le même type d'écran pour communiquer, via une webcam, avec une équipe médicale du CHU de Caen. L'analyse de différents paramètres physiologiques effectuée à distance a permis de dresser rapidement un diagnostic. Rien de grave, mais le médecin traitant de ce patient a été aussitôt prévenu et passera le voir bientôt pour une auscultation plus complète.
Cette courte "tranche de vie" illustre ce que sera sans doute la réalité quotidienne de nombreuses personnes âgées d'ici quelques décennies. Certes, la plupart des technologies nécessaires sont déjà disponibles. Parfois même des expériences ont été réalisées par différentes équipes dans le monde dans le cadre de programmes de R&D. Cela dit, pour disposer des infrastructures hautement sécurisées indispensables à une utilisation quotidienne à grande échelle, beaucoup de progrès technologiques restent à faire.
Acquérir une dimension européenne
Ces progrès, la Basse-Normandie se propose de participer à leur émergence et à leur développement. Certes, faute d'une communication efficace, cette région est davantage réputée, dans le monde mais aussi dans l'Hexagone, pour ses produits laitiers, ses élevages de chevaux et ses atouts touristiques, que pour ses compétences en matière de transactions électroniques sécurisées. Pourtant, un bref survol de l'histoire de la monétique suffit à montrer que la Basse-Normandie a joué un rôle capital dans les développements technologiques de ce secteur depuis ses premiers balbutiements jusqu'à aujourd'hui. Qui plus est, la création récente d'Effiscience, le campus technologique sur lequel s'est installé le groupe NXP, devrait contribuer à renforcer cette position de leader qu'occupe cette région dans ce domaine. Par ailleurs, un certain nombre d'entreprises, grandes ou petites, présentes sur différents marchés du secteur des transactions électroniques sécurisées, est basé en Basse-Normandie. Autant d'ingrédients qui lui ont permis de répondre efficacement au Gouvernement quand celui-ci a lancé son appel à projets visant à créer des pôles de compétitivité.
Ainsi est né le pôle TES, labellisé en juillet 2005 et dont les activités s'articulent autour de deux équipes, l'une assurant la direction du pôle, l'autre l'animation. La première se compose du président, Yves Randoux, par ailleurs administrateur du Groupement des Cartes Bancaires, du vice-président, Pascal Baisnée, P-DG de la holding Sofway qui regroupe deux entreprises CEV Group et Alios, et du trésorier Pascal Guétin, président du Centre des Technologies Nouvelles (CTN). Pour sa part, l'équipe d'animation, basée à Caen, est sous la responsabilité de Daniel Lengrand, directeur général.
Regroupant près d'une centaine de membres, le pôle TES compte aujourd'hui cinquante projets en portefeuille, dont trente-deux labellisés. Principale caractéristique de ces derniers, leur diversité. Ainsi le projet Albatros, retenu par le fonds unique interministériel (FUI) et porté par NXP, vise à développer une carte à puce autonome à afficheur intégré, autorisant des transactions avec et sans contact. Une première étape devrait conduire à la conception d'une carte à puce intégrant un afficheur simple de type alphanumérique à segments. Au cours d'une seconde étape, il s'agira de développer et d'intégrer un écran matriciel permettant l'affichage de messages plus détaillés ou de photos. De son côté, le projet SMCP (Secure Mobile Content Portability), sélectionné par l'Agence nationale de la recherche et porté par CEV, a pour objet d'assurer en toute sécurité le nomadisme des contenus sécurisés des mobiles vers les terminaux (voir "Quatre exemples emblématiques de la diversité des projets labellisés" en fin d'article).
Autrement dit, un utilisateur pourra acheter et / ou charger à l'aide de son mobile, un contenu sécurisé et le transférer sur son mobile vers une carte flash sécurisée afin qu'il puisse être lu sur divers équipements (baladeur, PC, etc.), disposant de leur propre mode de protection, sans pour autant dégrader le mode de protection d'origine. Quant à Sopas, retenu lui aussi par le FUI et porté par Gemalto, il vise à développer une solution commune d'authentification et de paiement sécurisé, à bas coût, pour le commerce électronique. Il s'agit en particulier de répondre au besoin des utilisateurs encore réticents à entrer leurs coordonnées bancaires sur Internet pour effectuer leurs achats.
Au-delà de cette diversité des projets, il est à noter que ces derniers restent globalement trop petits d'où la difficulté du pôle TES à acquérir la nécessaire dimension européenne que souhaite lui donner ses dirigeants. Dans ce contexte, la signature, en janvier 2007, d'un accord de partenariat entre le pôle TES et Eurosmart (European Smart Card Industry Association), qui regroupe les principaux acteurs de l'industrie (semi-conducteurs, cartes à microcircuits, terminaux, équipementiers, intégrateurs de systèmes) au niveau européen et international, a constitué une première étape dans cette démarche visant à développer cette dimension européenne. Dans ce cadre a été défini un premier projet assez fondamental dont l'objectif est de constituer dès 2008 une entité européenne de certification, un peu à l'image, mais en moins ambitieux, de ce qu'est VeriSign à l'échelle de la planète. "Mais nous ne parviendrons à développer cette dimension européenne et internationale que si nous possédons un dispositif local très puissant, ce qui implique nécessairement une participation plus active des entreprises", déclare Yves Randoux qui souhaite que tous les acteurs industriels locaux partagent l'enthousiasme de l'équipe dirigeante.
Des collaborations nécessaires avec d'autres pôles
Pour que ce pôle, qui a démarré plus rapidement que d'autres, atteigne pleinement sa vitesse de croisière, il reste à le "doper", en particulier par la mise en oeuvre d'actions efficaces à l'international, mais aussi la mise en place d'outils spécifiques comme le "Normandy Living Lab". Véritable laboratoire de recherche ayant la capacité à réunir des spécialistes de multiples disciplines, cet outil va permettre à la fois de mener une réflexion sur la société numérique et ses attentes et de valider les technologies développées dans le cadre des projets labellisés par le pôle. "Le Normandy Living Lab doit être pour chaque industriel un lieu d'échange et d'écoute qui permette d'ingérer les technologies proposées", estime Yves Randoux qui précise que le réseau européen EnoLL vient d'accorder à cet outil le prestigieux label "Living Lab" ou "Laboratoire des Usages".
Autre préoccupation de ses dirigeants, la capacité du pôle TES à travailler en collaboration avec d'autres pôles de compétitivité, dans le cadre de projets communs. "C'est un des facteurs clés de leur succès pour les années qui viennent". Ainsi FC2 est un projet mené en collaboration avec System@tic, le pôle de compétitivité à vocation mondiale installé en Ile-de-France. Démarche identique dans le cadre du projet Autom@tics, colabellisé avec le pôle de compétitivité normand MOV'EO. Parallèlement, les dirigeants d'autres pôles ont été approchés. "Il est impératif que nous puissions nouer des liens étroits avec d'autres pôles de compétitivité", martèle Yves Randoux qui rappelle que cette démarche est d'autant plus justifiée au regard du positionnement du pôle TES et de la logique de transversalité sur laquelle il repose.
Le point sur :
Quatre exemples emblématiques de la diversité des projets labellisés
Biotyful Regroupant six partenaires (France Telecom R&D, Atmel, GET, Laboratoire GREYC, LATEMS), ce projet vise à définir des solutions ayant pour objet la régénération d'une clé cryptographique à partir de données biométriques, sans recourir au stockage de données sensibles à caractère personnel. Celle-ci pourra notamment être utilisée pour identifier la personne, signer des messages ou effectuer des opérations de chiffrement. Coût du projet : 2 millions d'euros.
Autom@tics Dix partenaires participent à ce projet colabellisé avec le pôle MOV'EO : Oberthur Card Systems SA, Logiway, France Telecom R&D, Irseem, Overspeed, Siemens VDO Automotive SAS, université de Caen Basse-Normandie, Vinci Park, CEV Group, Isis (Groupe Egis). L'objectif de celui-ci est d'intégrer les technologies sans contact dans le cadre du véhicule permettant d'offrir de nouveaux services au conducteur et aux passagers.
Il s'agit donc de développer des prototypes illustrant des usages, comme le paiement de parking, d'essence, de contenus multimédia, et la mise en oeuvre de contrats privatifs. Coût du projet : 8,9 millions d'euros.
FC2 Dix-huit entreprises, petites et grandes, se mobilisent autour de ce projet (Gemalto, Amadeus, Atos Worldline, CEV Group, Cnam, Constructive Card, Dictao, EADS, Ensi Caen, Entrouvert, Ephi Formation, GIE-CB, INT Evry, Leirios, nCryptone, NTX Research, France Telecom R&D, Sagem).
L'objectif de ce projet FC2 (Fédération des Cercles de Confiance) est de créer les architectures, les infrastructures et les plates-formes technologiques permettant le développement de nouveaux services électroniques basés sur la gestion transparente et fédérée d'identités, tant dans le domaine des applications gouvernementales que celui du commerce électronique.
Pegasus Onze industriels, quatre fabricants de téléphones mobiles, trois opérateurs téléphoniques et six banques, ont décidé de mettre en place pour 2008 un projet de dimension mondiale avec la coopération des deux réseaux Visa et MasterCard. En réunissant des acteurs locaux, nationaux et internationaux, le projet Pegasus utilise les technologies NFC (Near Field Communication) et illustre un nouvel aspect de "Caen, ville NFC". Ce projet permettra aux porteurs d'un téléphone mobile sans contact de payer des achats de petits montants chez des commerçants équipés de cette technologie. Le caractère international de ce projet et l'importance qu'il revêt pour la renommée du pôle TES en font l'un des projets-phares de 2008.
Questions à Yves Randoux, président du pôle TES
Technologies Internationales - Vous souhaitez, à plus ou moins longue échéance, impliquer davantage la Région dans le choix des projets. De quoi s'agit-il ?
Yves Randoux - Pourquoi ne pas inverser le processus actuel qui consiste pour le pôle à labelliser ou non des projets proposés par des entreprises ? Ne serait-il pas plus efficace en effet de définir au préalable des projets qui correspondent aux grands axes de développement de la région puis de mobiliser les compétences nécessaires à leur mise en oeuvre ? Pour la Région, ce serait la possibilité de choisir des projets plus porteurs, en particulier en termes d'emplois et de retour sur investissement, et plus proches des préoccupations du citoyen. Certes, l'idée est quelque peu iconoclaste et il est certain que son acceptation nécessitera une certaine évolution des mentalités. Une telle démarche permettrait alors au pôle de jouer son véritable rôle d'animateur régional, capable de mobiliser l'ensemble des compétences, de la recherche et de l'industrie, autour de projets innovants répondant à la demande du plus grand nombre.
Technologies Internationales - Comment allez-vous définir ces projets ?
Yves Randoux - Nous souhaitons mettre en place prochainement une instance de réflexion, un "think tank", regroupant une douzaine de personnalités ayant une vision précise du développement économique de leur propre région. Sa mission consistera à faire émerger des idées à partir desquelles seront définis différents projets proposés ensuite aux élus. Cette démarche constitue un élément indispensable à l'établissement d'une feuille de route qui permettra au pôle de faire appel aux laboratoires et aux entreprises de la région afin que ceux-ci proposent des solutions originales. Il me semble que cette démarche serait plus motivante pour le conseil régional. Cela dit, c'est le marché qui jugera de l'efficacité de ce mode de sélection. J'ajoute que cela n'implique pas d'abandonner le processus actuel de sélection mais de faire cohabiter les deux.