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Technologies Internationales 140  >>  1/12/2007

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Biomédecine

L'essor de Singapour en recherche et essais cliniques

http://www.bulletins-electroniques.com/ti/140_04.htm

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Singapour semble en bonne voie de prendre son essor en recherche clinique et essais cliniques de phase I. Deux verrous déterminants à lever pour emporter la manche en terme d'attractivité des majors pharmaceutiques mondiaux.

Cet article a été préparé par Arnaud Queyrel à partir du rapport "Les essais cliniques à Singapour : fonctionnement, modalités et perspectives" réalisé par Adeline Lassaux et Antoine Mynard, du service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France à Singapour, que nous remercions pour leur collaboration.
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Singapour connaît un fort développement de son secteur biomédical. Toutefois, pour ancrer durablement son positionnement international, la cité-Etat concentre désormais tous ses efforts sur le créneau le plus porteur : celui de la recherche et des essais cliniques de phase I. Etapes les plus risquées, elles représentent des moteurs et un réservoir de croissance considérables.

Les essais cliniques de phase I, déterminant pour assurer l'attractivité régionale de Singapour dans le domaine de la santé, montent en puissance. D'abord, et bien qu'ils ne soient pas -et de loin- précurseurs en la matière, des institutionnels locaux développement désormais leurs médicaments en mettant en place leurs propres essais cliniques de phase I à Singapour. L'organisation de plus en plus structurée et spécifique, conjointement aux services dédiés qui se mettent en place dans les centres de soins singapouriens, l'explique en grande partie. De tels déploiements visent aussi tout spécialement à attirer les majors pharmaceutiques internationaux, eux-mêmes entraînant dans leurs sillages des sociétés sous-traitantes, d'envergure également internationale, spécialisées dans la conduite d'essais cliniques.

Cette dynamique globale et l'ensemble des investissements de plus en plus considérables qui lui sont consacrés, tant du côté institutionnel (à travers les nombreuses agences de développement singapouriennes) que privé, devraient permettre à Singapour de se hisser au premier rang des plates-formes régionales asiatiques de développement de produits biopharmaceutiques. En engrangeant progressivement de forts succès dans le domaine de la recherche et des essais cliniques de tout premier stade -qui constituaient une faiblesse semble-t-il désormais passée- la cité-Etat peut espérer devancer solidement ses voisins asiatiques comme, spécialement, la Chine et ancrer régionalement, en Asie-Pacifique, ses savoir-faire et expertises cliniques.

L'organisation des soins en revue

En matière d'essais et de recherches cliniques, les hôpitaux singapouriens s'organisent en trois corps d'ailleurs pas nécessairement tous présents dans chaque hôpital : les unités de recherche clinique (CRU), les unités d'essais cliniques (CTU) et les bureaux de recherche biomédicale (OBR). Ainsi, pour sa part, l'Hôpital universitaire national (NUH-NUS), qui compte 928 lits, ne dispose pas d'unités de recherche clinique ; toutefois, son bureau de recherche biomédicale coordonne la recherche clinique menée au sein de l'Hôpital. Trois missions sont assignées à ce bureau : la première vise à faciliter la recherche au sein de l'établissement et à positionner le NUH comme un centre clé de recherche biomédicale. Cet effort de positionnement repose sur le développement d'infrastructures en particulier aptes à accueillir des programmes dédiés et les systèmes bioinformatiques. Les seconde et troisième missions du bureau consistent respectivement à faciliter l'interaction des chercheurs avec les cliniciens et à fournir les aides nécessaires aux jeunes chercheurs et aux cliniciens à travers différents programmes.

Parallèlement à l'activité du bureau, l'unité d'essais cliniques de cet hôpital gère une variété d'essais. L'unité se positionne ainsi comme partenaire privilégié des sociétés pharmaceutiques auxquelles elle propose de multiples services et équipements propices au déploiement et à la conduite d'essais cliniques de la phase I jusqu'à la phase IV. Les essais menés dans cette unité disposent de financements de différentes agences gouvernementales et de nombreuses sociétés pharmaceutiques clientes. Au rang des services fournis par l'unité figurent l'archivage des documents d'essais, les tests sanguins et la congélation des échantillons biologiques. De son côté, comptant 1.200 lits, l'hôpital Tan Tock Seng (TTSH) dispose de centres spécialisés en médecine de réadaptation et en maladies transmissibles. Etablissement dédié aux soins d'urgence, son unité d'essais cliniques peut également mener des recherches cliniques. Cette unité dispose ainsi d'équipements et de nombreux services dédiés qui permettent des collaborations entre l'établissement de soins et des équipes externes. Parmi les multiples services "offerts" pour la recherche clinique, cet hôpital propose la coordination de projets de recherche et à la mise à disposition de fonds. Outre l'analyse de données proposées aux chercheurs cliniciens, l'unité peut également négocier des contrats avec des entreprises pharmaceutiques.

De tels services, ou très similaires, caractérisent également l'unité de recherche clinique de l'hôpital Alexandra. Pour sa part, l'unité d'essais cliniques du centre pour les sciences de la vie de l'université de Singapour mène toutes les phases d'essais cliniques. Avec un grand particularisme : aborder les variabilités ethniques du métabolisme des médicaments avec l'objectif de meilleures efficacité et sécurité.

La dynamique des essais cliniques

La multiplication par sept du nombre d'essais cliniques depuis vingt-cinq ans dans le monde s'accompagne d'une forte croissance des entreprises sectorielles sous-traitantes, spécialistes de la gestion de tels essais et de leurs dispositifs logistiques connexes. Ainsi, le chiffre d'affaires de ces entreprises, organismes pannationaux de recherche sous contrat, croît d'environ 20% annuellement ; en 2006, il culminait à 10,5 milliards d'euros. Ces organismes ont donc naturellement trouvé leur terreau de développement à Singapour par le besoin d'accompagnement des essais cliniques que nécessite l'expansion constante des entreprises pharmaceutiques implantées sur place. Dès lors, pour offrir des services de proximité les mieux à même de répondre aux besoins grandissant de leurs clients tant en matière, notamment, de qualité de services et de réactivité et, finalement, de réponse globale efficace au marché en pleine croissance des essais cliniques, Covance, Quintiles et ICON font partie de ces nombreuses sociétés sous-traitantes du secteur pharmaceutique qui ont établi leurs quartiers à Singapour. Autant de sociétés méconnues du grand public (au moins) puisqu'elles travaillent dans l'ombre, en quelque sorte, de leurs clients et de leurs produits. Des produits à la visibilité d'autant meilleure qu'ils soignent ou soulagent une tranche plus importante de population - ou des populations à maladies spécifiques mais universelles - avec les meilleurs résultats.

Précisément, il s'agit du défi que tente de relever les majors pharmaceutiques en menant des séries d'essais cliniques, de plus en plus nombreux désormais, à Singapour. Une "terre d'accueil" pour les essais cliniques aujourd'hui sollicitée de façon encourageante pour l'avenir du développement économique national. Un développement étroitement encadré et piloté de l'intérieur par une série d'organisations et bureaux de développement, ou de promotions économiques, qui mènent en permanence des opérations en particulier financières et stratégiques. Le bureau de développement économique (EDB) de Singapour s'inscrit exactement dans cette dynamique avec, par le truchement de son bras spécialisé en sciences biomédicales, des opérations d'attraction de capitaux industriels et de ressources humaines. Bien entendu, ce bureau dispose de représentations à l'étranger aux missions ciblées de démarchages vers les industriels comme les investisseurs potentiels en recherche et développement. Avec un objectif : les attirer au pays.

L'actualité des essais cliniques

Deux médicaments dont un anticancéreux sont désormais en lice. L'un d'eux, un vaccin génétique pour la prévention de l'allergie asthmatique fut mis au point par l'Hôpital universitaire national (NUH). Ce vaccin, qui permettrait de traiter les 20% d'enfants singapouriens souffrant d'asthme (spécialement occasionné par deux allergènes d'acariens présents à Singapour), réglerait ainsi un important problème de santé publique. D'ailleurs, les travaux de mise au point du vaccin ont bénéficié de 850.000 euros de subventions du Conseil de recherche biomédical.

Quant au National Cancer Centre Singapore, il a développé, conjointement avec une équipe danoise, un vaccin pour le traitement du cancer colorectal utilisant des cellules dendritiques. En 2007, les tests devraient avoir abordé la phase II. D'autres vaccins devraient également, en 2008, s'engager dans la phase I des essais dans cet hôpital. De son côté, le NUH a hébergé les tests de phase I menés par des chercheurs singapouriens de l'Institut du cancer sur un médicament anticancéreux ciblant les stades avancés de cancers comme celui du poumon. Un médicament développé par la société pharmaceutique Abbot qui a, depuis lors, choisi Singapour pour y mener, dès la fin 2007, la phase II des essais. Cette phase inclura de quarante à soixante patients atteint de cancer du foie (ou des poumons) et devrait s'étaler sur six à dix-huit mois.

Parmi les majors pharmaceutiques emblématiques qui mènent des essais (de première phase) à Singapour se trouvent GSK, Baxter et Novo Nordisk. Ce dernier procède en particulier, dans son propre centre Asie-Pacifique de développement clinique, à l'essai clinique d'un nouveau médicament. Quant à Baxter, la société a initié des essais de phases I et II pour son vaccin candidat contre le virus H5N1 de la grippe aviaire. Baxter a sélectionné Singapour (notamment le NHU), conjointement à l'Autriche, pour la qualité de ses infrastructures. Pour la phase III, la société impliquera 600 sujets. Un chiffre loin derrière les 9.000 personnes impliquées dans les essais de phase II et III menés par GSK sur le Rotarix (un médicament contre l'infection à rotavirus) entre 2001 et 2005. A ce titre, GSK détient une position dominante en matière d'essais cliniques à Singapour. L'entreprise, qui a ainsi ouvert la voie au développement d'essais cliniques à grande échelle à Singapour, s'est toutefois donné les moyens de ses ambitions puisqu'elle dispose à Singapour d'une entité spécialisée, GSK Clinical Trials. Cette entité s'occupe tout à la fois du recrutement des candidats, de la conduite des essais et de l'évaluation des résultats. Les résultats sont à la mesure des moyens déployés : les essais sur le Rotarix ont en effet débouché sur une autorisation de mise sur le marché (AMM) fin 2005. Ainsi, l'importance des investissements initiaux, structuraux, a-t-il pu garantir la qualité des résultats et le succès commercial de l'entreprise.

Une mise en perspective "clinique"

Singapour, idéalement située au carrefour de l'Asie, s'évertue, par des investissements massifs en ressources matérielles et humaines, à accroître son attractivité vers les majors sur le volet, tant convoité, de la recherche clinique et des essais de phase I. Un volet qui reste, malgré les réels progrès accomplis ces dernières années, encore son talon d'Achille. D'autant plus qu'il cristallise à lui seul le potentiel de croissance sectoriel requérant le plus haut niveau d'expertises et de savoir-faire. Singapour a donc déjà récolté les premiers fruits de ces efforts et politiques ; en effet, les revenus du secteur biomédical dans son ensemble ont doublé entre 2000 et 2005. Désormais, il s'agit encore de concentrer ces efforts sur les secteurs les plus porteurs pour la prospérité de l'Etat singapourien.

Et les expertises et savoir-faire élevés que visent donc à atteindre les singapouriens représentent, pour l'industrie, une nécessité visant à minimiser l'impact du facteur le plus déterminant des essais de phase I : celui du risque. Les majors prennent en effet des risques considérables, concrétisés par des investissements de milliards d'euros, pour lancer les premières phases de tests sur l'homme de nouveaux médicaments. Des médicaments dont les résultats des essais tant in silico (par simulation bioinformatique) qu'in vitro et chez l'animal ensuite ne laissent parfois en rien présumer, dans l'éventualité de premiers bénéfices encourageants, de leurs effets sur l'homme. Il arrive en effet que des résultats positifs en amont des phases d'essais cliniques débouchent sur des effets cliniques d'autant plus désastreux qu'ils sont imprévisibles. Et les investisseurs et autres fonds de pension, qui irriguent financièrement ces projets et tiennent le plus souvent désormais les cordons de la bourse, bénéficient, pour les assister dans leur rôle d'évaluation, de l'expertise de spécialistes. Les investisseurs n'hésitent pas alors, notamment sur la base d'évaluations critiques de la conduite des essais, à sanctionner (via les bourses) le moindre faux-pas ou échec substantiel des industriels. Et puisque ces échecs se traduisent en effets négatifs sur des sujets humains, le plus souvent immédiatement connus et médiatisés, leurs retombées peuvent donc conduire, de façon démultipliée, à des situations désastreuses pour les firmes impliquées.

Voilà le contexte et la perspective, finalement la trame, qui fixent les latitudes et marges de "liberté" futures de Singapour pour tirer son épingle du jeu sur la scène, fortement financiarisée, de l'industrie (bio)pharmaceutique. Seule la mise à niveau complètement réussie, parfaite et durable de Singapour dans ce domaine ira de pair avec son succès international. Autrement, la cité-Etat pourrait bien devoir réviser ses prétentions à la baisse.

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Origine : Technologies Internationales 140 (1/12/2007 ) - ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/ti/140_04.htm
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