Précurseurs, mais différents des technopoles à la française, les Science Parks au Royaume-Uni font des émules depuis une trentaine d'années. Regard sur des structures à géométrie variable qui ont fait leur preuve sur le territoire britannique.
Cet article a été préparé par Willy Marante à partir du rapport "Le mouvement des Science Parks au Royaume-Uni" réalisé par Anne Prost, du service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France au Royaume-Uni, que nous remercions pour sa collaboration.
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Focus :
Cluster, Science Park, incubateur, technopole : quelle différence ?
Cluster est un terme général faisant référence à une grande concentration d'entreprises, souvent actives dans des domaines industriels proches ou identiques, partageant une localisation géographique commune, souvent à proximité de centres scientifiques importants. Les clusters les plus robustes disposent d'infrastructures bien développées en termes de transports, de communications. Leurs caractéristiques environnementales et culturelles en font des lieux agréables à habiter. La taille géographique d'un cluster est variable : le terme peut désigner une grande ville et ses environs, ou peut couvrir plusieurs petites villes ou agglomérations. Un cluster peut également englober un ou plusieurs Science Parks.
Un Science Park offre un hébergement de qualité et des services commerciaux à des compagnies qui commercialisent des technologies nouvelles ou existantes, avec le but de créer de la richesse et des emplois. Certains de ces parcs sont créés sur des sites vierges (green fields) en périphérie d'une ville, tandis que d'autres participent du redéveloppement de sites existants (brown fields) situés en zone urbaine. Un Science Park entretient souvent des liens avec une université locale et peut être situé sur ou à proximité du campus ; toutefois, ce n'est pas toujours le cas. Un Science Park abrite souvent un incubateur.
Un incubateur désigne un bien immobilier constitué de petites unités de travail et proposant un environnement favorable aux entrepreneurs, durant l'étape de démarrage.
Mais un incubateur offre davantage que des locaux : il cherche à bâtir une culture d'entreprenariat en fournissant l'accès à une large gamme d'installations, d'équipements et de compétences. La direction de l'incubateur sélectionne donc les entreprises et développe avec elles une relation proche et active. Les entreprises sont encouragées à quitter l'incubateur lorsqu'elles sont devenues suffisamment robustes commercialement : elles s'installent alors souvent au sein d'un Science Park.
Une technopole, dans son acception initiale, le terme peut présenter des similarités avec un Science Park. Toutefois, une technopole présente généralement la particularité de rassembler dans un même concept toutes les ressources d'une région (universités, centres de recherche, divers sites et gammes de service). En France, le terme technopole est utilisé pour désigner ce qui serait appelé Science Park ou Technology Park dans de nombreux pays. Il fait en effet référence à de grands parcs, multipolaires et souvent multisites.
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Non, ce n'est pas un "Disneyland" pour scientifiques. Le nom, pourtant, a de quoi faire rêver tout inventeur. Le mouvement des Science Parks au Royaume-Uni, lancé il y a une trentaine d'années, a fait des émules et le savoir-faire britannique a fait recette dans de nombreux pays. Accélérateur de découvertes technologiques, outil de développement régional ou encore remède contre la désertification industrielle : derrière ce terme se cache une grande diversité de structures, avec des objectifs parfois différents. Eclairage sur ce mouvement, ses forces et ses faiblesses.
Les Science Parks ont vu le jour aux Etats-Unis dans les années 1950, sur le campus de l'Université Stanford. Outils idéaux pour des universitaires, les Science Parks ont prouvé rapidement leur utilité pour des scientifiques qui souhaitaient exploiter commercialement leurs trouvailles technologiques, tout en restant proches de leurs institutions académiques, notamment pour y trouver de la main d'oeuvre qualifiée. Le mouvement s'est transporté au Royaume-Uni, en 1971, avec la formation des parcs de l'université Heriot-Watt, proche d'Edimbourg, et celui de l'université de Cambridge. En 1981, ils étaient encore les deux seuls Science Parks au Royaume-Uni. La récession des années 1980 et la disparition d'industries traditionnelles britanniques sont à l'origine du développement de ces parcs, créés le plus souvent pour diversifier les économies régionales et redynamiser des zones géographiques lourdement touchées par le déclin industriel.
Cluster, science park, incubateur ou technopole ?
Le gouvernement de Margaret Thatcher, dès 1980, encourage également les universités à répondre plus largement aux besoins de l'industrie, avec notamment des incitations financières. Ainsi naît la deuxième vague de Science Parks, avec notamment les projets des universités d'Aston, de Birmingham, de Manchester et de Warwick. De deux en 1981, leur nombre passe alors à plus de quarante en 1989. La plupart d'entre eux furent établis sous forme de joint venture entre des collectivités locales, une université et éventuellement un investisseur privé.
Depuis, une troisième vague de croissance s'est amorcée avec la conversion des Polytechnics, établissements d'enseignement supérieur du type institut universitaire de technologie, en universités en 1992. Certaines de ces institutions décidèrent d'utiliser une partie de leurs ressources financières pour s'impliquer dans le mouvement des Science Parks. La forte croissance du secteur de l'informatique à la fin des années 1990 a également joué, en attirant des investissements vers le développement de parcs avec pour thème l'informatique. Résultat, la centaine de Science Parks britanniques forment aujourd'hui un ensemble hétérogène. Pas simple aujourd'hui de différencier Science Parks, incubateurs, clusters technologiques, centres d'innovations, ou encore technopoles à la française (voir "Cluster, Science Park, incubateur, technopole : quelle différence ?" ci-contre).
Formée en 1984, l'association britannique des Science Parks UKSPA (United Kingdom Science Park Association) compte 66 membres, centres opérationnels disposant d'une équipe de gestion et de bâtiments et 10 membres associés (centres en projet ; chiffres 2005). L'UKSPA définit le Science Park comme une initiative de soutien aux entreprises qui encourage et soutient le démarrage, l'incubation et le développement d'entreprises fondées sur la connaissance, dirigées vers l'innovation et à forte croissance, fournit un environnement au sein duquel des entreprises plus grandes peuvent développer des interactions proches et spécifiques avec des centres de connaissance, pour leur bénéfice mutuel. Enfin, ce type de parc entretient des liens avec des centres de création de connaissances, comme les universités, les instituts d'enseignement supérieur et les organisations de recherche.
Une gamme de services variée
Infrastructures physiques destinées à l'accueil de sociétés innovantes locataires, ces parcs sont donc liés à un "centre d'expertise technique" (qu'il s'agisse d'universités, d'instituts de recherche ou bien de laboratoire de recherche d'entreprises multinationales privées) et proposent également une offre de services ; c'est en cela qu'ils diffèrent des Business Parks traditionnels. Certaines structures sont gérées uniquement par l'Université, c'est le cas, par exemple, à Cambridge. D'autres, créées pour aider au développement régional, sont tenues par l'agence de développement régional. D'autres encore sont issues d'entreprises dont l'actionnariat est composé d'organismes publics (universités, agences de développement régional...) ou privés (promoteur immobilier, par exemple).
Le soutien offert aux entreprises, immobilier, technologique ou commercial, varie d'un Science Park à l'autre. Certains offrent ces services "en interne" tandis que d'autres s'appuient sur des experts externes. Les parcs proposent généralement des services immobiliers pour les entreprises en croissance, avec flexibilité des baux et des surfaces louées, des accords appelés "easy in, easy out", renouvelés chaque mois. Le soutien technologique implique souvent le centre de recherche ou l'université associée au parc. Enfin, les services commerciaux peuvent inclure reprographie, nettoyage, sécurité et secrétariat ou salles de réunion. Certaines structures proposent des services plus spécialisés, comme le transfert de technologie, le conseil en propriété intellectuelle, l'accès à des prêts financiers ou à du capital-risque, le placement de stagiaires étudiants, le conseil en marketing, etc.
La dimension régionale est très importante pour les Science Parks. Surreprésentés dans certaines régions (Ecosse) et sous-représentés dans d'autres (Midlands, North East et Londres) ces parcs sont davantage présents dans de grandes conurbations, généralement dans les zones les plus compétitives économiquement. En outre, l'attitude des administrations dévoluées ou des autorités locales et régionales varie considérablement à travers le Royaume-Uni. A partir des années 2000, les régions anglaises et les administrations dévoluées se sont vu confier de plus en plus d'autonomie et de responsabilités dans les domaines de la science, de l'innovation et de la technologie. En particulier, les agences de développement régional RDA (Regional Development Agencies), créées entre 1999 et 2000, constituent un des outils majeurs des politiques régionales en matière d'innovation. Dans ce cadre, leurs objectifs peuvent coïncider avec ceux des Science Parks. Mais la grande majorité des Science Parks était déjà établie au moment de la création des RDA et les rapports que ces deux acteurs entretiennent varient considérablement.
La diversité des Science Parks se reflète également dans la façon dont les infrastructures ont été financées dans chaque parc. Ces structures sont souvent développées par une gamme d'acteurs pouvant inclure les universités, les développeurs privés et les RDA. Dans l'ensemble, la proportion de l'investissement apporté par les autorités locales, les universités et les entreprises locataires est en baisse. En revanche, la part du secteur privé et, dans une certaine mesure du Gouvernement est en hausse. De plus en plus de parcs sont maintenant financés grâce à des capitaux privés, parfois sous forme de prêts, mais aussi de plus en plus fréquemment sous forme d'investissements directs. La taille des Science Parks britanniques reste modeste. Toutefois, de nombreux parcs continuent de s'étendre, parfois au-delà des projets initiaux, et la proportion de l'investissement privé y croit régulièrement. C'est le cas, par exemple, du Colworth Science Park, au nord-ouest de Londres, développé depuis 2004 par le groupe immobilier Goodmanet et la société Unilever, qui disposait déjà à Colworth d'un centre de R&D.
Quelle efficacité ?
Difficile d'évaluer la contribution économique des Science Parks : nombre d'emplois directs ou indirects créés ? nombre de spin-out universitaires hébergés ? Les indicateurs de réussite varient en fonction des missions et attributions des parc étudiés. En 2005, les Science Parks membres de UKSPA hébergeaient environ 3.000 entreprises avec plus de 67.000 personnes. Le nombre d'entreprises locataires a crû de façon importante depuis 2000 ; en parallèle, la taille moyenne des entreprises n'a fait qu'augmenter depuis 1987. Toutefois, les très petites entreprises restent les plus représentées au sein des parcs britanniques : en 2005, 55% employaient moins de cinq salariés et 24% de six à dix salariés. Les entreprises de plus de 300 employés ne représentaient, elles, que 1% du total. Les entreprises des Science Parks sont actives dans les domaines de la R&D et de la conception de produits nouveaux, bien davantage que leurs homologues installées à l'extérieur des parcs. Viennent ensuite les activités de service de soutien et de conseil. Principaux domaines d'activité les plus importants : l'informatique et des télécommunications, le secteur lié à la biologie, le conseil technique et les services aux entreprises.
Les études le montrent : les Science Parks attirent une proportion plus importante d'entreprises technologiques que les autres sites. En outre, les entreprises implantées dans les parcs présentent des taux de croissance plus élevés, en particulier : une proportion plus importante déclare avoir 10% d'employés en plus par rapport à une ou trois années auparavant. Elles sont également plus nombreuses à déclarer des revenus plus élevés que trois ans auparavant. Plus "jeunes" que les entreprises installées en dehors du parc, elles ont tout naturellement un potentiel de croissance en termes de nombres d'employés plus élevé.
Une enquête en 2003 a tenté d'identifier les caractéristiques des Science Parks britanniques les plus efficaces. Associés à une conurbation de plus d'un million d'habitants et à au moins une institution d'enseignement supérieur reconnue pour ses travaux de recherche, ces parcs efficaces ont eu 15 ans pour arriver à maturité, ils offrent aux entreprises, de 13.000 à 30.000 m2 de surface locative. Arrivés à maturité, ils sont gérés par un directeur ayant une expérience en R&D plutôt qu'en gestion immobilière, ils n'offrent pas de locaux spécialisés pour des secteurs spécifiques, comme les biotechnologies : ils considèrent que, passée la phase d'incubation, les entreprises locataires doivent financer elles-mêmes les travaux de conversion des locaux. En outre, la relation avec l'établissement d'enseignement supérieur contribue fortement à l'image de marque du Science Park.