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Technologies Internationales 142  >>  1/03/2008

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Energie éolienne

La France et l'Allemagne à la croisée des vents

http://www.bulletins-electroniques.com/ti/142_06.htm

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Hausse du prix des matières premières, mouvements d'opposition, rentabilité des installations offshore : l'éolien, en France comme en Allemagne, connaît un ralentissement. Portrait croisé de la situation dans les deux pays.

Cet article a été préparé par Willy Marante à partir du rapport "Etat de l'éolien en France et en Allemagne" réalisé par Arnaud Bertrand, du service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France en Allemagne, que nous remercions pour sa collaboration.
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Certains les appellent "les demoiselles", en référence à leur élégance surplombant les verts champs de la campagne française. Pour leurs opposants, vent debout contre tout nouveau projet d'implantation, elles mitent le territoire et devraient être cantonnées à quelques endroits isolés. Les éoliennes font aujourd'hui partie de notre paysage et leur développement au sein du bouquet énergétique européen ne va que croître dans les prochaines années. Pourtant, le secteur connaît un léger ralentissement. Portrait croisé du secteur de l'éolien en France et en Allemagne.


Une récente étude de l'institut de sondages LH2 montre que neuf français sur dix sont favorables au développement de l'énergie éolienne. Aujourd'hui, pourtant, la France accuse un retard important par rapport à son voisin allemand. Avec 1.500 MW, la France se situe au dixième rang européen, seulement, en capacité éolienne installée. C'est loin derrière les premiers de la classe : l'Allemagne (20.000 MW) et l'Espagne (11.000 MW). Aujourd'hui, l'éolien ne couvre que 0,2% de la production électrique nationale, en France, contre 6% en Allemagne.

Et pourtant, la France représente bien le deuxième plus important potentiel éolien d'Europe (après l'Ecosse). Pour Bernard Chabot, expert au département des Energies renouvelables de l'Ademe, ce retard est le résultat d'un combat mené par des organisations très structurées depuis le début du développement industriel de l'éolien en France. Pour lui, les antiéoliens seraient à l'origine de l'échec d'environ un tiers des projets. Et du retard de beaucoup d'autres. Il faut, en effet, aujourd'hui, le plus souvent, trois à sept années pour qu'un projet puisse voir le jour. Les médias, argumente-t-il, se font trop souvent l'écho des arguments antiéolien ; et il manque encore, en France, à la fois un constructeur national de matériel éolien et un institut de recherche spécialisé d'ampleur nationale.

Une situation contrastée : Allemagne champion mondial

La directive européenne de 2001 fixe des objectifs d'augmentation de la part des énergies renouvelables dans la production électrique des Etats membres. A la suite de cette directive, la France avait pour ambition d'installer environ 11 GW d'énergie éoliens d'ici 2010. Aujourd'hui, cette cible semble peu réaliste. Pourtant, 5 GW devraient être installés d'ici 2009, si l'on prend en compte le nombre de permis de construire déjà accordés et le développement très encourageant depuis quelques années : 800 MW en 2006, 1.000 en 2007.

Principal frein au développement : le tarif de rachat. En effet, si l'on en croit les calculs de Bernard Chabot, les tarifs, trop bas, rendent les projets d'implantation de parcs éoliens peu ventés non rentables économiquement. Le système tarifaire actuel ne permettrait pas de dépasser le seuil des 7 GW.

En Allemagne, l'énergie éolienne bénéficie de conditions très favorables. Ce pays considère cette forme d'énergie comme d'utilité publique. Loin d'être perçu comme un mal nécessaire, l'éolien est vu comme une opportunité économique. Le Gouvernement évalue à 9,3 milliards d'euros le bénéfice de la loi de promotion des énergies renouvelables (loi EEG) en cours de réexamen au Parlement. L'Allemagne, premier pays au monde pour l'énergie éolienne se trouvait, début 2007, à la tête de presque 21.000 MW de capacité installée.
Première source d'électricité renouvelable du pays, devant l'hydraulique, l'éolien représente presque 6% de la production électrique nationale.

La filière éolienne emploie 70.000 personnes, chiffre en constante augmentation et devrait dépasser les 110.000 d'ici dix ans. Enercon, Repower et Nordex -les trois principaux constructeurs allemands- se partagent, à eux trois, 20% du marché mondial, dominé par le danois Vestas -28% du marché à lui seul ! En 2007, les acteurs de l'industrie éolienne allemande ont dépassé 6 milliards d'euros de chiffre d'affaires. C'est plus du quart du chiffre d'affaires mondial. Avec 80% de ce montant réalisés à l'exportation.

Chères matières premières

Ces dernières années, toutefois, si l'on regarde les installations d'éoliennes en Allemagne, la tendance s'est ralentie. Ce sont 665 MW de puissance qui ont été installés l'an dernier - contre 883 MW en 2006. Plusieurs constructeurs étrangers, qui étaient venus en masse, il y a quelques années, se sont retirés du marché allemand : c'est le cas de Vestas et de GE Energy, par exemple.

L'explication : hausse du prix des matières premières (acier, cuivre, béton...), depuis 2004 le prix des composant des éoliennes a fortement augmenté en Allemagne. Ainsi, le prix de revient d'un mat a augmenté de 50%, celui d'un générateur a littéralement doublé. En outre, depuis 2005, l'obtention des permis de construire s'est complexifiée. Tout projet doit être précédé d'un certificat de respect de la faune, démarche nouvelle qui peut coûter plusieurs milliers d'euros supplémentaires.

La filière offshore, réservée aux grands groupes énergétiques du fait de la dimension des projets, connaît un démarrage difficile, en France comme en Allemagne. Alors que 300 éoliennes tournent déjà dans les eaux scandinaves et britanniques, aucun parc commercial offshore n'a encore vu le jour, dans aucun des deux pays. En France, le gisement éolien est meilleur, a proximité des côtes, mais les eaux, plus profondes, induisent un défi technique similaire et les coûts de fondation sont élevés.

Pour Berlin, les parcs éoliens en mer doivent voir le jour au large des côtes des mers du Nord et Baltique. Pour des raisons à la fois réglementaires mais aussi de gisements venteux, ils devront être éloignés de 30 à 200 km des côtes. C'est très éloigné : la distance entre parcs et points de raccordement dans les projets britanniques et scandinaves, par exemple, varie entre 5 et 15 km. Cette distance joue de façon importante sur les coûts des fondations (la profondeur de l'eau peut aller jusqu'à 40 m) et du raccordement au réseau électrique. En effet, câblages et fondations peuvent représenter presque la moitié des coûts de construction.

Pour le secrétaire d'Etat au ministère de l'Environnement allemand, l'objectif est d'installer 20.000 à 25.000 MW de puissance sous formes de parc éoliens, en mers du Nord et Baltique, d'ici 2030. Les premiers projets devraient voir le jour l'an prochain. Selon certains analystes, toutefois, le développement de l'offshore ne deviendra intéressant qu'à l'horizon 2030. D'ici là, l'éolien terrestre reste plus rentable. Pour Matthias Hochstätter, porte parole de l'association allemande de l'éolien (BWE), du fait de la forte demande sur le marché de l'éolien "onshore", de nombreux constructeurs connaissent actuellement des difficultés pour assurer des livraisons à leurs clients sur le difficile marché offshore. Le délai actuel de livraison d'une machine oscille entre un et deux ans.

Se rencontrer, partager, échanger sur des questions opérationnelles


Mis en place depuis fin 2006, le bureau franco-allemand de coordination pour l'éolien a pour ambition d'initier des coopérations entre entreprises allemandes et françaises. Ce bureau est le fruit d'une intense coopération entre le ministère allemand de l'Environnement, le ministère français de l'Industrie, l'Association allemande pour l'énergie éolienne (BWE) et le Syndicat français des énergies renouvelables (SER) ainsi qu'un nombre important d'entreprises de la filière éolienne. Jusqu'à la fin de cette année, phase initiale de sa mise en route, le bureau franco-allemand de coordination pour l'éolien reçoit une aide publique, mais il doit à terme être financé par les entreprises participantes, qui pourront aussi lui mettre à disposition personnel, moyens techniques et infrastructures.

Le bureau franco-allemand de coordination pour l'éolien est à l'initiative d'ateliers et de séminaires. Ainsi, lors du récent salon international de l'éolien (HUSUMWind), il a organisé une conférence-débat autour des variations des prix des matières premières et de leur répercussion sur les constructeurs et exploitants d'éoliennes. Les systèmes français et allemand de promotion des énergies renouvelables y ont été mis en regard en présence d'experts des deux pays.

Parmi les principaux axes de coopération franco-allemande, en matière d'éolien, la protection du secteur contre les effets de l'inflation figure en bonne place. Les tarifs français de rachat d'électricité d'origine éolienne sont protégés contre l'inflation à hauteur de 60% environ.

En Allemagne, a contrario, l'éolien est très soumis à l'inflation. Dans un contexte de raréfaction des ressources fossiles, il pourrait être utile d'encourager les filières énergétiques qui limitent le recours à ces sources d'énergie, tout en les protégeant contre les effets destructeurs que l'inflation peut avoir sur le développement de ces filières "propres". Les énergies renouvelables sans combustion (hydraulique, solaire, géothermie, éolien) ont un coût d'énergie primaire constant, insensible au prix du pétrole et contribue à limiter les risques d'inflation induits par la hausse des matières fossiles.

Les militaires s'en mêlent

Aussi, protéger les tarifs éoliens en les indexant sur les prix du cuivre et du fer des éoliennes est un axe d'amélioration pour l'Allemagne, si l'on en croit Bernard Chabot, expert auprès de l'Agence française de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). Aujourd'hui, la position du ministre fédéral allemand de l'Environnement, Sigmar Gabriel, est très tranchée. Il a en effet récemment rappelé son opposition à toute mesure de protection des tarifs, dans le cadre du réexamen de la loi allemande sur les énergies renouvelables.

Autre axe de travail commun : les soucis liés aux radars météo et militaires. En France, impossible d'implanter un parc éolien sans respecter une distance minimale entre cette installation et les stations radars, civiles ou militaires (en général, 20 km), ce qui entrave le développement du secteur éolien. La présence des éoliennes pourrait perturber la réception des signaux radioélectriques de certains radars. Outre-Rhin, aucun législation n'existe encore, mais les acteurs concernés craignent l'apparition prochaine de restrictions. Une structure comme le bureau franco-allemand de coordination pour l'éolien permet d'échanger sur ce type de sujet et de prévoir des ateliers aussi concrets pour les industriels que celui qui s'est tenu récemment, à Paris, sur le balisage lumineux des aérogénérateurs. (voir "75.000 mégawatts" en fin d'article).

Le point sur :

75.000 mégawatts


C'est la puissance éolienne totale installée dans le monde au 1er janvier 2007. La capacité ajoutée entre 2006 et 2007 représente un taux de croissance de 26% ; il s'élevait déjà à 25% l'année précédente. D'après les prévisions du Global Wind Energy Council, la capacité mondiale devrait s'élever à 132.000 MW en 2009. En 2010, un scénario modéré prévoit 136.543 MW ou 153.759 MW selon un scénario avancé.

Les pays ayant connu les taux de croissance les plus élevés sur la période 2005 / 2006 sont le Brésil (+ 732% pour atteindre 237 MW), le Canada (+ 112%, à 768 MW) et la France (+ 107%, à 1.567 MW). Le niveau de croissance du marché européen est resté très élevé, tiré par les deux pays leaders, l'Allemagne et l'Espagne, mais également par la France, le Royaume-Uni, l'Italie et le Portugal. La France se situe actuellement au 10e rang mondial des capacités installées par pays, les quatre premiers étant l'Allemagne, l'Espagne, les Etats-Unis (11.603 MW) et l'Inde (6.210 MW).

Source : chiffres 2007 du Global Wind Energy Council, http://www.gwec.net

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Pour en savoir plus :

- Association France énergie éolienne (FEE), http://fee.asso.fr
- Ademe, http://www.ademe.fr
- Global Wind Energy Council (GWEC), http://www.gwec.net

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Origine : Technologies Internationales 142 (1/03/2008 ) - ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/ti/142_06.htm
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