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Technologies Internationales 143  >>  2/05/2008

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Gaz à effet de serre

Le consulat de France à Chicago veut réduire son empreinte écologique

http://www.bulletins-electroniques.com/ti/143_05.htm

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Le consulat général de France à Chicago souhaite réduire son impact sur l'environnement, en limitant notamment ses émissions de gaz à effet de serre.

Cet article a été préparé par Arnaud Queyrel à partir du rapport "Evaluation des émissions de gaz à effet de serre du consulat général de France à Chicago" réalisé par Elodie Pasco, Philippe Jamet et Jean-Pierre Toutant, du service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France aux Etats-Unis, que nous remercions pour leur collaboration.
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Entraîné par les efforts de la ville en la matière, le consulat général de France à Chicago a décidé d'engager en interne une démarche environnementale de réduction de son empreinte écologique. Il s'est d'abord penché sur l'analyse des impacts de ses activités sur l'environnement et la façon de les limiter.


Parmi ses impacts sur l'environnement à traiter dans le cadre d'un programme global de réduction, le consulat général de France à Chicago a décidé de s'attaquer prioritairement à la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre. Des gaz qui, fait désormais largement reconnu au moins à défaut d'être encore complètement validé scientifiquement, participent au réchauffement du climat de la planète. Quelles étapes successives le consulat a-t-il alors mis en place pour atteindre ses objectifs ?

Dans un premier temps, il a dû inventorier l'ensemble de ses activités sources d'émissions de gaz à effet de serre. Ensuite, pour chacune d'entre elles, une estimation de la quantité de gaz à effet de serre produite a été calculée. Base de travail du consulat : la méthode du bilan carbone, développée par l'Ademe, qui calcule et évalue les émissions pour les principales activités des entreprises et collectivités. Puis, en toute connaissance des causes, le consulat a pu formuler des pistes d'actions pour réduire les principales sources d'émissions et éventuellement les compenser.

Contexte de l'étude et méthode du bilan carbone

Le consulat général de France à Chicago regroupe les antennes locales de divers services français oeuvrant sur treize états de la circonscription du Middle West. Il s'agit d'une part des services du ministère des Affaires étrangères compétents en matière d'état civil, de chancellerie et de visa ; ces services comprennent aussi un service presse et culturel ainsi que la mission pour la science et la technologie. D'autre part, ce consulat comprend un volet plus économique qui se décline avec la mission économique - dépendant directement du ministère français de l'Economie, des Finances et de l'Emploi - de la Maison de la France, de l'agence nord-américaine d'investissements en France et, enfin, du Bureau d'information sur la technologie française. Ces services occupent, au total, une cinquantaine de personnes.

Pour parvenir à évaluer les émissions de l'ensemble des activités générées, le consulat s'est basé sur la méthode du bilan carbone développée par l'Ademe. Cette méthode inventorie les différentes sources d'émission possibles, détermine des facteurs d'émission, calcule, évalue ces émissions et propose ensuite des mesures de réduction à mettre en oeuvre L'année 2006 ayant servi de référence, cette méthode comptabilise l'ensemble des gaz qui ont un impact mesurable sur le climat : dioxyde de carbone, méthane et oxyde nitreux d'un côté, gaz fluorés (hydrofluorocarbones, hexafluorure de soufre...) de l'autre. La méthode de référence de l'Ademe comptabilise également la vapeur d'eau émise dans la stratosphère ; à ce propos, le grand public ignore le plus souvent l'importance de cet élément sur le climat - et son évolution - planétaire en tant que tout premier gaz à effet de serre.

Cependant, dans le cas du consulat qui nous occupe, la méthode a connu une simplification : en effet, sa formule adaptée a uniquement pris en compte le CO2 - gaz considéré comme très largement prépondérant. De là, la série de postes d'émission évaluables pris en compte : la consommation électrique du consulat - dont celle liée au chauffage et au fonctionnement de l'immeuble abritant les locaux -, le transport des personnes incluant les déplacements des salariés, des usagers et du personnel invité, la fabrication des biens durables incluant uniquement les locaux et l'équipement informatique. Pour chacun de ces postes, des "facteurs d'émission" sont utilisés pour convertir les données disponibles (consommation électrique en kWh, distance parcourue en voiture en km) en quantité de gaz émis exprimée en "kg d'équivalent CO2", une unité de mesure commune à tous les gaz. Ainsi, 1 kg d'équivalent CO2 de CH4 correspond à la quantité de CH4 qui produirait la même perturbation climatique que 1 kg de CO2 au bout d'un siècle.

L'estimation des émissions par poste source

Les émissions liées à la consommation d'énergie électrique ont été évaluées à 176 tonnes équivalent CO2, dues pour 85% au chauffage (climatisation) et à l'ascenseur de l'immeuble. Les émissions engendrées par les transports de personnes (avion, voiture et train) ont été estimées à 2 150 tonnes équivalent CO2, 85% provenant des déplacements des usagers du consulat. Pour leur part, les trajets domicile-travail du personnel représentent seulement 1% du total des émissions. En tête du classement : l'avion, responsable de la majeure partie des émissions liées aux déplacements du personnel en mission, d'invités outre atlantique et d'expatriés, principalement pour les services de la mission économique. Ces déplacements comptent pour environ 600 tonnes équivalent CO2 - soit 28% du total des émissions générées par les déplacements.

Concernant les émissions dues à la fabrication des biens durables - acception sans relation directe au développement durable -, seules la construction des locaux et la fabrication de l'équipement informatique sont étudiées. La méthode écarte en effet les autres biens d'équipement tels les meubles, voitures ou encore les photocopieuses, tout "instrument" pourtant particulièrement sollicité dans le cadre des activités d'un consulat. Pour les locaux, l'Ademe précise pour chaque type de matériau utilisé dans la construction la part de l'énergie dépensée et l'estimation des émissions correspondantes. Sur une durée d'occupation définie de cinquante ans et une surface de 1 870 m2, le montant total des émissions liées aux locaux du consulat s'élève alors à un total de 33 tonnes d'équivalent CO2. Enfin, la part de responsabilité de l'équipement informatique dans les émissions de gaz à effet de serre s'élève à 17 tonnes équivalent CO2. A noter que ces deux résultats bénéficient cependant d'une incertitude de 50% !

Bilan et perspectives

L'objectif de base de la démarche du consulat étant de diminuer son empreinte sur le climat en réduisant ses émissions de gaz à effet de serre, il convient de planifier et de mettre en oeuvre des pistes d'actions concrètes en ce sens. Au total, l'activité du consulat émet plus de 2 400 tonnes d'équivalent carbone. Le principal poste d'émission est le transport des usagers du consulat puisqu'il représente 76% du total des émissions (voir encadré). Viennent ensuite l'électricité et les déplacements dans le cadre du travail qui comptabilisent chacun 7% du total. Les émissions résultant de la fabrication des biens durables représentent la part la plus faible.


Au regard de ce qui précède, il faudrait en priorité agir sur les déplacements des usagers. Or, la marge de manoeuvre sur ce poste est étroite. Promouvoir l'usage d'Internet pour effectuer l'essentiel des démarches, délocaliser les usagers par le recours à des consuls honoraires, sensibiliser et encourager les usagers à utiliser les transports en commun contribuerait à une réduction des émissions. Cependant, le faible niveau de réduction attendu de telles mesures devrait plutôt pousser le consulat à contribuer financièrement pour compenser ses émissions, via des actions de protection climatique (puits de carbone...).

Quant à la consommation électrique du consulat, qui représente en fait 50% des émissions en interne (hors usagers), elle résulte essentiellement de l'ensemble du fonctionnement de l'immeuble. Le consulat ne peut donc qu'agir indirectement sur ce poste, en optimisant sa consommation électrique par l'achat d'équipement à faible consommation, la modération des éclairages, la régulation du chauffage et de l'air conditionné, etc. L'ensemble des usagers de l'immeuble peut également être formé et sensibilisé sur les économies d'énergie, l'utilisation d'énergie d'origine renouvelable (éolienne, solaire, hydraulique), via par exemple l'installation de panneaux solaires sur les toits de l'immeuble.

Réduction ou compensation ?

Les solutions d'optimisation préconisées nécessiteraient un investissement important de la part du consulat, mais lui apporteraient une image de marque environnementale et innovante. Enfin, si on exclut les émissions des usagers, les déplacements dans le cadre du travail représentent 46% du total, le transport aérien y contribuant très largement. L'utilisation de véhicules hybrides de type flexfuel pour le personnel du consulat permettrait une économie d'environ 16 tonnes de carbone. Cependant, le rôle d'intermédiaire du consulat entre la France et les Etats-Unis oblige à un certain nombre de vols transatlantiques, très gros émetteurs de gaz à effet de serre.

Diminuer la fréquence des vols peut nuire à la qualité du travail du consulat, malgré le recours à certaines innovations pédagogiques de type vidéoconférences... On s'aperçoit vite qu'il n'est pas possible d'annuler toutes les émissions de gaz à effet de serre du consulat et même de les réduire significativement à court et moyen terme avec les investissements mobilisés pour la cause. D'où l'orientation vers la mise en oeuvre de mécanismes de compensation totale ou partielle.

Ces mécanismes consistent à financer volontairement des projets de développement d'énergies renouvelables, de technologies propres pour les déplacements, ou alors des projets de séquestration de CO2 (plantations d'arbres...). Le consulat peut décider de compenser tout ou partie de ses émissions. En fonction du coût sur le marché du carbone (par exemple le "Chicago Climate Exchange"), le consulat peut décider de payer 2.000 dollars pour compenser ses propres émissions, excluant celles des usagers, et consacrer pour ces derniers une campagne de sensibilisation sur les comportements à adopter pour réduire leurs émissions. Les programmes de compensation ont avant tout l'avantage d'être médiatiquement porteurs et permettent d'afficher une image environnementale politiquement soutenable. Les projets de protection climatique doivent cependant tenir compte de l'ensemble des contraintes environnementales ad hoc, sans se limiter à un objectif unique de réduction des gaz à effet de serre.

Quelques réserves sur la méthode

Cette analyse n'a pas pris en compte un nombre important d'éléments pourtant sources potentielles - éventuellement même majeures - d'émissions de gaz à effet de serre. Ainsi, les postes fret, déchets et eaux usées ont été écartés délibérément parce qu'ils représentent une part réduite des émissions dans les exemples de "bilan carbone" d'entreprises tertiaires fournis par l'Ademe. Cette part représente moins de 10%. Ecartée selon les mêmes arguments : l'énergie nécessaire à la fabrication des moyens de transport. En ce qui concerne les émissions associées aux services utilisés par le consulat (télécommunication, hôtellerie lors des missions...) et à la consommation de papier comme de fournitures de bureau, leur non prise en compte s'explique par... le manque de données. Selon l'Ademe, ces deux derniers postes (services, papier et fournitures) représenteraient ensemble moins de 20% des émissions. Les émissions de méthane et d'oxyde nitreux, non intégrés dans cette analyse, contribuent généralement pour environ 1% des émissions.

Par ailleurs, l'outil de l'Ademe a essentiellement été développé pour une utilisation en France. Les facteurs d'émission employés dans les calculs d'estimation sont par conséquent des moyennes. Il importe de considérer l'ordre de grandeur des résultats obtenus et non leur valeur exacte, d'autant plus que les incertitudes liées aux calculs d'estimations se montent jusqu'à 50% des résultats obtenus. Dès lors, étant donné l'ampleur des marges "d'erreur", les mesures de réduction préconisées ne peuvent se concevoir qu'étroitement associées les unes aux autres et renforcées de mesures visant à réduire les sources d'émission écartées du présent travail. Par exemple, des mesures d'économie de consommation de papier et de fournitures de bureau pourraient (probablement) facilement s'appliquer au sein du consulat. Il conviendrait de ne pas sous-estimer la valeur d'exemple d'actions efficaces de faible ampleur mais financièrement soutenables. En terme de réduction d'émissions et d'impacts sur l'environnement au sens large, leur effet boule de neige peut donner des résultats quantitativement plus intéressants à long terme que des actions certes plus médiatiques mais trop ponctuelles et conjoncturelles.

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Origine : Technologies Internationales 143 (2/05/2008 ) - ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/ti/143_05.htm
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