Le Gouvernement britannique vient de publier les allocations détaillées du budget de la science pour la période 2008-2011. Priorité sera donnée à la recherche dans les domaines de la médecine et de l'énergie. Le secteur de la physique est placé dans une situation difficile.
Cet article a été préparé par Nathalie Mayer, à partir du rapport "Allocation du budget de la science 2008-2011 : priorité à la recherche médicale et à l'énergie" réalisé par Anne Prost, du service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France au Royaume-Uni, que nous remercions pour sa collaboration.
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Focus :
Les sept conseils de recherche britanniques
Les conseils de recherche britannique agissent comme des agences de moyen et disposent, pour certains, de leurs propres centres de recherche.
- L'Art and Humanities Research Council (AHRC) finance la recherche dans le domaine des arts, de l'histoire, de la religion et de l'ensmeble des sciences humaines. Il subventionne également les musées, l'entretien des collections et certains projets culturels.
- Le Biotechnology and Biological Sciences Research Council (BBSRC) soutient la recherche dans le domaine des sciences de la vie et finance sept instituts de recherche.
- L'Engineering and Physical Sciences Research Council (EPSRC) couvre les sciences physiques, chimiques et les sciences de l'ingénieur.
- L'Economic and Social Research Council (ESRC) est dédié aux sciences économiques et sociales.
- Le Medical Research Council (MRC) subventionne la recherche dans les domaines biomédical et de la santé humaine. En plus de ses trois instituts de recherche, il dispose d'une quarantaine d'unités propres qu'il finance dans leur intégralité.
- Le Natural Environment Research Council (NERC) s'occupe des sciences liées à l'environnement. Il dispose de quatre centres de recherche et de quinze centres collaboratifs associés à d'autres conseils de recherche ou universités.
- Le Science and Technology Facilities Council (STFC) regroupe depuis mai 2007, les activités des conseils de recherche Particle Physics and Astronomy Research Council (PPARC) et Council for the Central Laboratory of the Research Councils (CCLRC). Il finance les activités de recherche en physique des particules, en astronomie et en physique nucléaire, gère le synchrotron Diamond, les Ruherford Appleton et Daresbury Laboratories ainsi que les participations britanniques aux grands instruments et organismes internationaux (CERN, ESA, ESO, ILL et ESRF).
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Le Gouvernement britannique, par l'intermédiaire de son ministère pour l'Innovation, les universités et les compétences, vient de publier les allocations détaillées du budget de la science pour la période 2008-2011. Des allocations qui donnent la priorité aux domaines de la médecine, avec près de 50% du budget total alloué, et à celui de l'énergie. La recherche en science physique se voit quant à elle placée dans une situation financière délicate.
Les allocations versées par le Gouvernement britannique aux centres de recherche leur apportent le soutien financier dont ces derniers ont besoin pour mettre en oeuvre leurs propres priorités stratégiques. Des priorités stratégiques traditionnellement révélées dans les Delivery Plans de chaque centre au mois de décembre. En annonçant la répartition du Science Budget pour la période 2008-2011, le Department for Innovation, Universities and Skills (DIUS) affiche clairement son souhait de s'attaquer à quelques défis sur le long terme parmi lesquels l'accroissement rapide de la proportion de personnes dépendantes du fait de leur âge, l'accélération du rythme de l'innovation et de la diffusion technologique ou encore les pressions accrues sur les ressources naturelles et sur le climat mondial. Ainsi, le Science Budget met l'accent sur plusieurs objectifs prioritaires : les programmes de recherche interconseils de recherche, les avancées en médecine, la recherche en énergie, l'impact économique de la recherche, la pérennité financière, la science et la société et la collaboration internationale.
De vastes projets interconseils de recherche
Dans les années à venir, le Science Budget financera donc quatre programmes de recherche multidisciplinaires coordonnés par le Research Council UK (RCUK), l'organisation qui chapeaute les sept conseils de recherche britanniques (voir encadré page 22). Le programme Ageing : life long health and wellbeing - viellissement : santé et bien-être tout au long de la vie - recevra une allocation de 486 millions de livres (soit environ 645 millions d'euros). Une somme importante sans doute liée au fait que les spécialistes de la question estiment qu'en 2051, 40% de la population britannique sera âgée d'au moins 50 ans et même que plus d'un quart aura plus de 65 ans. Par l'intermédiaire de ce programme, l'objectif de l'ensemble des conseils de recherche est de plancher sur les thèmes de la qualité de la vie, de la fragilité physique et du vieillissement du cerveau. Le programme Living with environnemental change (LWEC, vivre avec le changement environnemental) regroupe lui aussi tous les conseils de recherche et sera doté de 363 millions de livres (soit environ 482 millions d'euros). Il cherche à fournir les connaissances, les outils, les prévisions, les solutions et les possibilités commerciales nécessaires pour accroître la capacité de résistance aux changements environnementaux et pour réduire les coûts induits par ceux-ci. Le programme Energy recevra, quant à lui, une allocation de 319 millions de livres (soit environ 428 millions d'euros). Il implique cinq conseils de recherche (EPSRC, BBSRC, ESRC, NERC et STFC) avec pour objectif d'essayer de répondre aux questions actuelles de changement climatique et de sûreté de l'approvisionnement en énergie. Le programme Global threats to security (menaces globales pesant sur la sécurité), enfin, permet aux sept conseils de recherche britanniques de collaborer sur les questions de criminalité, de terrorisme, de contraintes pesant sur l'environnement et de pauvreté mondiale. Ce programme se verra alloué le budget de 114 millions de livres (soit environ 151 millions d'euros).
Deux autres projets ont également retenu l'attention du DIUS. Le programme Digital Economy (économie numérique) ambitionne de placer le Royaume-Uni aux avant postes de l'économie numérique. L'initiative sera dotée d'un budget de 58 millions de livres (soit environ 77 millions d'euros) et regroupera quatre conseils de recherche (EPSRC, AHRC, ASRC et MRC). Le programme Nanoscience Through Engineering to Application (les nanosciences, des sciences de l'ingénieur aux applications) permettra d'orienter les recherches en nanosciences vers une série de grands défis comme celui de l'énergie, de la remédiation environnementale, de l'économie digitale et des soins de santé. Le consortium comprend cinq conseils de recherche (EPSRC, BBSRC, ESRC, MRC et STFC) et sera doté de 51 millions de livres (soit environ 68 millions d'euros). (Voir "Les sept conseils de recherche britanniques" ci-contre).
Une grande disparité dans les dotations
Outre leurs participations aux grands projets interconseils, les conseils de recherche britanniques investiront aussi, durant les trois années à venir, dans des projets couvrant tout le spectre de leurs disciplines propres. Globalement, leurs budgets augmenteront de 19,8%. Mais, entre les différents conseils de recherche, les disparités sont grandes. Ainsi, la plus importante augmentation de dotation sera allouée au Medical Research Council (MRC) qui enregistrera une hausse de pas moins de 30,1%. Des crédits supplémentaires qui seront principalement affectés aux financements de projets de recherche qui passeront alors de 133,7 millions de livres (soit environ 178 millions d'euros) en 2007 à 269,3 millions de livres (soit environ 359 millions d'euros) en 2010-2011.
La recherche translationnelle sera la première à bénéficier de cette augmentation de budget puisqu'un surcroît de 130 millions de livres (soit environ 173 millions d'euros) sera accordé à des domaines prioritaires identifiés en accord avec l'Office for Strategic Coordination of Health Research et le National Institute for Health Research, et alignés avec les stratégies du ministère de la Santé britannique. Concernant ses priorités propres, le MRC compte accorder une proportion plus importante de son budget à la médecine expérimentale avec notamment les premiers essais humains et aux cellules souches.
Le Biotechnology and Biological Sciences Research Council (BBSRC) est également plutôt bien pourvu par le nouveau Science Budget puisqu'il verra son budget total augmenter de 21,8% sur la période 2008-2011. Parmi les domaines de recherche qui en profiteront, la recherche en bioénergie qui, grâce à un budget de 40 millions de livres (soit environ 53 millions d'euros), mettra l'accent sur l'exploration de la science des "cellules solaires" qui produisent la photosynthèse des plantes.
L'augmentation de budget de l'Engineering and Physical Sciences Research Council (EPSRC), de l'Economic and Social Research Council (ESRC) et du Natural Environmant Research Council (NERC) restera quant à elle dans la moyenne. L'EPSRC en profitera pour accorder des financements supplémentaires au développement de la formation (592 millions de livres soit environ 786 millions d'euros), à la réduction des temps de transfert des résultats de la recherche vers les marchés (482 millions de livres soit environ 640 millions d'euros) et à la recherche sur l'énergie (336 millions de livres soit environ 446 millions d'euros). L'ESRC s'est, quant à lui, fixé comme priorités le transfert de connaissances et les travaux de recherche à fort impact. Ainsi, ce ne sont pas moins de 149 millions de livres (soit environ 220 millions d'euros) qui seront consacrés aux appels d'offre blancs et 108 millions de livres (soit environ 143 millions d'euros) qui iront à la recherche "stratégique et collaborative". Le NERC, enfin, se concentrera principalement sur le changement climatique. Objectifs : permettre à la société de répondre au changement climatique et aux pressions s'exerçant sur les ressources naturelles, prévoir les impacts locaux et régionaux sur une échelle de temps allant de quelques jours à plusieurs décennies et soutenir les communautés de recherche.
Les deux plus mal dotés par le Science Budget présenté par le DIUS seront le Science and Technology Facilities Council (STFC) et l'Arts and Humanities Research Council (AHRC). Avec une augmentation de son budget de seulement 13,6%, le STFC se trouvera bientôt dans une situation financière très difficile. Pour faire face à un déficit estimé à 80 millions de livres (soit environ 106 millions d'euros) pour les trois années à venir, la décision a été prise de mettre fin à la participation du STFC à plusieurs projets scientifiques majeurs : le Collisionneur Linéaire International, l'astronomie des rayons gamma de haute énergie, le programme Gemini et les installations au sol pour la physique de l'ensemble Terre-Soleil. En revanche, les financements accordés à l'Observatoire européen austral (ESO), à VISTA (Visible and Infrared Survey Telescope for Astronomy), à ALMA (Atacama Large Millimeter Array Project), à l'ELT (Extremely Large Telescope) et au Square Kilometre Array (SKA, le plus grand radiotélescope du monde) seront maintenus. Pour l'AHRC, dont le budget n'augmentera aussi que très peu, la situation n'est pas aussi critique. Le centre a donc fait le choix de sélectionner quelques thèmes stratégiques parmi lesquels les défis posés par la mondialisation, la stimulation de l'économie de la création ou encore les défis environnementaux et sociaux, sur lesquels il concentrera ses efforts financiers.
Le rôle des sociétés savantes
Les sociétés savantes, la Royal Society, la British Academy et la Royal Academy of Engineering, jouent, elles aussi, un rôle important dans le paysage de la recherche britannique. Une grande partie des allocations qu'elles perçoivent du Gouvernement servent en effet à soutenir financièrement les meilleurs chercheurs. Les sociétés savantes s'attachent aussi à développer les collaborations avec les meilleurs chercheurs étrangers et à dialoguer avec le grand public afin notamment d'attirer les jeunes vers des carrières scientifiques ou techniques. Et, pour la période allant de 2008 à 2011, le DIUS accordera un total de 247 millions de livres (soit environ 328 millions d'euros) aux sociétés savantes britanniques, soit un budget en augmentation de 22%. Une dotation qui permettra à la Royal Society de poursuivre ses activités et notamment le développement de bourses. 35 nouvelles bourses devraient ainsi voir le jour chaque année dans le cadre des University Research Fellows et de 10 autres dans le cadre des Dorothy Hodgkin Fellows. Ces dernières soutiennent les meilleurs scientifiques et ingénieurs aux stades précoces de leurs carrières. Les femmes sont tout particulièrement invitées à faire acte de candidature.
La British Academy, plus spécialement attachée aux sciences humaines et sociales, augmentera aussi le nombre de Postdoctoral Fellowships qu'elle offre pour atteindre 45 nouvelles bourses par an. Elle développera également un programme d'actions permettant aux chercheurs britanniques de mener des recherches d'importance stratégique à l'étranger. La Royal Academy of Engineering enfin, poursuivra son vaste programme de soutien en distribuant, comme ses consoeurs, de nombreuses bourses. Elle poursuivra aussi ses programmes destinés à encourager davantage d'élèves à étudier les sciences de l'ingénieur.
Parallèlement, concernant les grands équipements de recherche, le gouvernement britannique a décidé de faire un effort de financement conséquent. Le Large Facilities Capital Fund (LFCF), par exemple, donne aux conseils de recherche la possibilité de financer la création ou le remplacement d'installations de grande taille, sur le sol national ou à l'étranger. Alors qu'il dispose pour l'année 2007-2008, de 105 millions de livres (soit environ 139 millions d'euros) qui lui permettent de contribue, entre autres, à financer le synchrotron Diamond et le navire de recherches océanographiques RRS James Cross, son budget passera, en 2010-2011, à pas moins de 265 millions de livres (soit environ 352 millions d'euros).
Enfin, le Gouvernement britannique allouera des fonds aux universités et aux établissements de recherche publics afin qu'ils développent leurs capacités de transfert de technologie. Ainsi le Higher Education Innovation Fund, par exemple, dont le but est de soutenir le transfert de technologie dans les institutions d'enseignement supérieur, verra son budget atteindre 150 millions de livres (soit environ 199 millions d'euros) en 2010-2011.
Pour en savoir plus :
The Allocations of the Science Budget 2008/09 to 2010/2011 - Royaume-Uni : Department for Innovation, Universities & Skills, 2007. 70 p. A télécharger à l'adresse suivante : http://www.dius.gov.uk/publications/URN07114.pdf