Les universités britanniques ont adopté les outils du Web 2.0 afin de développer des méthodes d'enseignement et d'apprentissage plus efficaces. Certains déploient une véritable stratégie pour l'intégration de ces outils.
Cet article a été préparé par Eric Werner, à partir du rapport "Le Web 2.0 et les universités au Royaume-Uni" réalisé par Abdelkader Hadj Sadok, du service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France au Royaume-Uni, que nous remercions pour sa collaboration.
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Glossaire :
[1] Digg (http://www.digg.com) : site communautaire typique du Web 2.0, qui permet aux internautes de voter pour les pages Web qu'ils jugent intéressantes.
De nombreuses universités britanniques (Leeds, Warwick, Brighton...) exploitent aujourd'hui les outils du Web 2.0 afin de répondre davantage aux besoins de leurs enseignants et étudiants. A l'exemple d'Edimbourg, certaines ont mis en place une véritable stratégie pour l'intégration de ces services, dans l'objectif de développer des méthodes d'enseignement et d'apprentissage plus efficaces. Ces nouveaux outils font désormais partie intégrante des universités.
Créé dans les années 1990 dans l'objectif de pouvoir mettre en ligne des informations sur le réseau internet et de faciliter ainsi leur diffusion, le World Wide Web distinguait alors, d'une façon générale, d'une part les webmasters rédacteurs d'information, et d'autre part les lecteurs. Les premiers se devaient en effet de maîtriser des langages spécifiques - tel que le HTML - pour pouvoir diffuser des informations sur le Web et permettre aux seconds de les consulter via un navigateur client. Mais depuis quelques années, une révolution vient bousculer ce Web de première génération, qui entre désormais dans une ère participative. Cette nouvelle génération du Web, plus connue sous l'appellation Web 2.0, ne fait plus la distinction entre rédacteur et lecteur. Il place les internautes en son centre et ses contenus sont le fruit de leur collaboration. Kevin Rose, créateur du site communautaire Digg [1], décrit clairement cette évolution : "nous passons d'un Web "à sens unique" et en "lecture seule" à la construction d'un nouveau Web bien plus interactif, fondé sur le partage et la collaboration".
Mais le Web 2.0 n'est pas à proprement parler une technologie. Il est le fruit d'un regroupement de services et d'applications issus de l'émergence de différentes technologies libres de l'Internet, et qui ont en commun de permettre le partage de contenus, qu'ils soient d'ordre textuel, audio ou vidéo. Parmi ces outils ayant donné naissance au Web 2.0, il convient notamment de citer les blogs, les wikis, les flux RSS, le partage multimédia et le podcast, les réseaux sociaux, le partage de signets, etc. (voir "Quelques outils essentiels du web 2.0" en fin d'article).
Des méthodes d'enseignement et d'apprentissage plus efficaces
Au Royaume-Uni, le Web 2.0 a permis aux universités de mettre en oeuvre des méthodes d'enseignement et d'apprentissage plus efficaces. Il joue aujourd'hui un rôle de catalyseur, permettant de développer une forte interactivité avec les étudiants, ce qui rend aussi ces derniers plus indépendants et plus autonomes. Cette interactivité favorise également le développement du travail collectif. Toutefois, de nombreuses questions restent encore en suspens dans la mise en oeuvre du Web 2.0, à l'instar des droits de propriété intellectuelle concernant les données créées et modifiées dans un cadre collaboratif.
Il faut souligner que le constat d'une adoption massive des outils du Web 2.0 par les étudiants britanniques a incité l'université à s'y intéresser. Une étude réalisée par le Joint Information Systems Committee (JISC) dans le cadre du projet SPIRE (voir "pour en savoir plus") révèle en effet que ces outils sont largement utilisés, aussi bien par les étudiants que par les élèves avant leur entrée à l'Université. Outre une adresse électronique, ceux-ci disposent très souvent de leur propre compte de messagerie instantanée voire, pour certains d'entre eux, d'un blog. Une majorité d'entre eux utilisent des sites de rédaction collaborative (Wikipedia...) et de partage multimédia (YouTube...), participent à des forums de discussion ou ont recours à des agendas partagés (Outlook Calendar, Google Calendar ou Yahoo! Calendar). Ils sont également adeptes des réseaux sociaux tel que MySpace ou Facebook. Souvent considérés comme les symboles du Web 2.0, ces derniers leur offrent par ailleurs de nombreux services comme la création gratuite de blogs, la diffusion de podcasts ou encore la mise en relation d'internautes.
Dans ce contexte, le Web 2.0 a permis ainsi à nombre d'universités britanniques (Edimbourg - voir "Le Web 2.0 à l'université d'Edimbourg" en fin d'article -, Leeds, Warwick, Brighton...) de développer de nouvelles méthodes de travail. L'université de Leeds, l'une des premières à avoir introduit un environnement d'apprentissage virtuel dans les années 1990, a décidé en 2005 d'adopter de nouvelles technologies plus en adéquation avec ses besoins. Les enseignants ont proposé d'y intégrer un système de blog et de wiki. Mediawiki a ainsi été retenu comme moteur wiki et Elgg comme système de blog. En accord avec la stratégie éducative et d'apprentissage de l'université, ces solutions ont permis de développer la communication entre les différents acteurs universitaires, le travail en équipe et le partage d'information.
Les blogs et wikis très répandus dans les universités
Pour sa part, l'université de Warwick a mis en place dès 2004 un système de blog pour chacun de ses étudiants. Ne trouvant pas sur le marché de solution répondant à ses besoins, elle a développé elle-même son propre système. Lorsqu'ils finissent leur cursus, les étudiants peuvent soit effacer leur blog, le figer ou exporter toutes les données. Ce système de blog est très largement utilisé : en avril 2007, l'université comptait plus de 4 500 blogs, avec près de 90.000 posts et 200.000 commentaires. S'il représente un nouveau moyen de diffusion d'information largement utilisé par les étudiants, ce système de blog reste cependant plus faiblement exploité par les enseignants.
Contrairement à l'université de Warwick, l'expertise du personnel de l'université de Leeds a permis de développer très tôt des outils Web 2.0 au service de ses enseignants. Un support aux enseignants a été mis en place dès le début de l'utilisation de ces outils. Des sessions de formation et des travaux pratiques ont été organisés pour identifier les bonnes pratiques. Ainsi le système de blog a-t-il d'abord été testé par le personnel avant que les étudiants ne l'exploitent. Cette approche différente a donné la possibilité aux enseignants de se pencher davantage sur les problématiques pédagogiques. Ces nouveaux outils leur ont permis par exemple d'organiser des débats de société en ligne. Les étudiants voient ainsi l'intégration de ces outils dans l'enseignement comme un moyen d'apprentissage et sont donc moins enclins à les utiliser à des fins détournées... A noter que de nombreuses universités mettent également en place des services de podcasts pour accompagner les systèmes de blogs. A titre d'exemple, l'université de Warwick favorise, à travers le Centre for Academic and Professional Development, l'utilisation des podcasts en mettant à la disposition des étudiants et enseignants des équipements d'enregistrement vidéo.
Cependant, différents problèmes restent encore à résoudre, tels que l'utilisation de ces nouveaux outils par les intervenants extérieurs, qui sont encore peu familiarisés avec ces derniers dans le cadre de leur activité professionnelle. Par ailleurs, la nature même de ces outils engendre des problèmes, à commencer par le risque de plagiat, les étudiants ayant tendance à réutiliser sans autorisation les travaux des autres. Sur ce point, des projets comme Creative Common Licences ont pour but de donner la possibilité aux internautes de spécifier de façon simple les droits liés à leur production. Par ailleurs, la plupart des outils de diffusion d'information Web 2.0 se fondent sur une modération a posteriori. Les responsables universitaires ne peuvent ainsi que gérer les débordements qui leur sont signalés. Mais l'expérience montre que les informations et commentaires diffusés sont de bonne qualité et que les discussions entre étudiants sont plutôt constructives.
Des universités formalisent des stratégies Web 2.0
Le Web 2.0 étant désormais reconnu comme un outil d'enseignement et d'apprentissage utile, comme en attestent nombre de rapports britanniques, certaines universités, comme celle d'Edimbourg, ont formalisé une stratégie détaillée d'intégration des outils Web 2.0. Dans son rapport intitulé Strategic Plan for 2004-2008, l'université d'Edimbourg définit ainsi un plan d'actions pour encourager les innovations fondées sur le Web 2.0 dans la recherche et la mise en place de nouvelles méthodes pédagogiques. Elle souligne tout d'abord, afin de faciliter l'adoption de ces outils dans les pratiques quotidiennes des étudiants et enseignants, la nécessité d'identifier les acteurs clés au sein du personnel administratif, technique et enseignant, et de mettre en place de nombreuses formations ainsi que des supports d'aide et de maintenance efficaces. Elle recommande de développer de nouvelles méthodes d'enseignement et d'apprentissage exploitant ces nouvelles technologies, en s'assurant de la modernité et de l'adéquation de l'infrastructure informatique de l'université. Elle préconise également de développer la communication interne et de mettre à jour le site de l'université afin qu'il soit en adéquation avec les besoins externes et internes tout en faisant la promotion des publications en ligne. Elle encourage plus généralement le personnel à découvrir et mettre en place de nouvelles méthodes de travail via des disciplines différentes. Enfin, les initiateurs du déploiement de la stratégie Web 2.0 insistent sur l'importance de recueillir d'autres exemples de bonnes pratiques et de favoriser la création d'une communauté.
Alors que les nouveaux outils du Web 2.0 font désormais partie intégrante des universités, le World Wide Web Consortium (W3C) travaille déjà sur l'évolution future du Web, qui aura pour objectif de relier les données stockées dans des fichiers et bases de données de tous les ordinateurs de la planète. De nouveaux liens entre les utilisateurs et les données vont ainsi s'ajouter à ceux du Web 2.0. Cette évolution majeure à venir qualifiée de "Web des données" ou "Web sémantique" aura alors sans nul doute un nouvel impact fort sur le système universitaire.
Le point sur :
Quelques outils essentiels du web 2.0
Les blogs Le terme Web-log ou blog fait référence à une simple page Web avec quelques paragraphes concernant des opinions, informations ou événements d'un journal intime. Ces données sont publiées sous forme de posts, classées par ordre antichronologique. La plupart des blogs permettent aux internautes d'ajouter des commentaires à chaque post.
Les wikis Un wiki est un système de gestion de contenu de site Web qui permet à tous les visiteurs autorisés de modifier des pages du site. Son but est de faciliter le travail collectif. Dans ce système, certains utilisateurs disposent de droits plus étendus comme celui de supprimer ou figer des pages... Les wikis ont commencé à avoir du succès avec la création de l'encyclopédie libre Wikipedia.
Les flux RSS Les flux RSS (Really Simple Syndication) désignent une famille de formats XML utilisée pour la syndication de contenu. Ils ont pour but de permettre à des internautes abonnés d'accéder régulièrement à des informations mises à jour ou nouvelles. Ces derniers peuvent consulter rapidement plusieurs flux RSS grâce à un "agrégateur", logiciel spécialisé dans la lecture de ces flux.
Le partage multimédia et le podcast Le stockage et le partage multimédia est l'un des services qui s'est le plus développé durant ces dernières années, à l'instar de YouTube dans la vidéo ou Flickr dans la photo. Des millions d'internautes participent à ce type de site en créant et partageant leurs fichiers. La diffusion de ces fichiers se fait soit sur le site, soit en exploitant les systèmes de syndication de contenus comme les flux RSS. La diffusion via flux RSS est appelée podcast ou "baladodiffusion".
Les réseaux sociaux
Connus aussi sous le nom de "réseaux sociaux en ligne" (social networking), ces services servent à créer des communautés. MySpace reste la référence avec plus de 220 millions de membres. Cet outil est très utilisé pour donner de la visibilité aux réalisations des internautes, en diffusant leur musique, leurs vidéos, leurs photos... Autre exemple, Facebook, qui s'adresse aux lycéens et étudiants compte plus de 60 millions de membres.
Le partage de signets Ces services (social bookmarking) permettent aux internautes de stocker et de partager leurs signets, en les classant dans des rubriques grâce à l'utilisation de mots clés. Ce système permet de profiter de l'expérience et des trouvailles d'autres internautes. Etags ou encore Qoolsqool sont spécialisés dans le partage de signets orientés "éducation"
Le Web 2.0 à l'université d'Edimbourg
Le tableau ci-dessous donne un aperçu des outils du Web 2.0 mis en oeuvre au sein de nombreux départements de l'université d'Edimbourg (département concerné / outils mis en oeuvre / cadre d'utilisation des outils).
Moray House School of Education - Blog et wiki : Partage des données et travail collectif sur les projets Facebook et Second Life : Création d'une communauté dans le cadre du programme Master of Science in e-learning
- Del.icio.us : Partage de ressources avec les étudiants
- Flux RSS : Diffusion de l'information
- Skype : Travaux dirigés avec des étudiants d'outre-mer du département Teachers of English as a Second or Foreign Language
Centre for Social Sciences Research - Blog : Mise en place d'un espace de travail collectif
- Wiki : Espace personnel pour poster des messages, des notes, des liens, etc.
School of Informatics - Podcast : Diffusion des conférences au format MP3 et des supports PowerPoint sur le site Web
- Blog, wiki et flux RSS : Gestion du projet européen sur le Web sémantique
Psychology - Wiki : Espace de travail collectif pour 200 étudiants ; chaque groupe peut partager ses idées avec tous les autres, en donnant la possibilité aux 17 enseignants de participer à ses recherches
School of Physics - Wiki : Constitution des annales des examens passés
- Podcast : Support matériel pour les étudiants : présentation de l'école, guides pratiques, examens blancs, préparations de travaux pratiques...
College of Medicine and veterinary Medicine - Blog et wiki : Système compatible avec leur plateforme d'e-learning ; tous les étudiants ont leur propre wiki ; les blogs sont utilisés pour discuter des projets de groupe
- Podcast : Diffusion des conférences aux étudiants qui ne peuvent y participer
Institute of Astronomy - Wiki : Utilisation interne pour l'archivage du système de documentation
Pour en savoir plus :
Projet SPIRE (Secure Personal Institutional and Inter-Institutional Repository Environment) a pour but de mieux comprendre le contexte d'utilisation des services du Web 2.0 au Royaume-Uni. Le rapport correspondant est accessible à l'adresse suivante : http://spire.conted.ox.ac.uk/trac_images/spire/SPIRESurvey.pdf