Une étude bibliométrique réalisée par l'Inist sur la production scientifique germano-indienne vient confirmer la volonté d'une politique de collaboration durable exprimée par les deux pays ; d'autres pays -dont la France- collaborent étroitement avec l'Inde.
Cet article a été rédigé par Alain Tramonti est responsable du service Veille de l'Institut de l'information scientifique et technique (Inist) du CNRS, (Vandoeuvre-lès-Nancy).
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Comme le souligne le service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France en Allemagne dans son étude sur leur collaboration [1], l'Inde est un partenaire majeur de l'Allemagne. Les deux pays favorisent ainsi l'échange d'étudiants, les projets communs et d'une manière générale les rencontres sous forme d'ateliers, conférences et visites. La volonté de soutenir cette coopération durable se trouve confirmée dans l'actualité récente et dans l'implication de structures pérennes. Dans ce contexte, il semblait important d'essayer de mesurer, à travers une approche bibliométrique, les conséquences de cette volonté politique. Cette analyse quantitative s'appuie sur le suivi de la production scientifique commune à ces pays. Elle permettra de traduire de manière chiffrée les évolutions et le poids de cette collaboration ainsi que la répartition par domaine scientifique. De plus, une étude spécifique des collaborations viendra souligner l'implication d'autres pays et notamment de la France.
La mise en place d'une approche bibliométrique sur des publications scientifiques implique la constitution d'un corpus de références d'articles communes aux deux pays sur une période de dix ans. Un article sera considéré comme commun s'il implique à la fois au moins un organisme allemand et un organisme indien. Pour réaliser cette étude, nous avons interrogé les bases Science Citation Index Expanded, Social Sciences Citation Index et Arts & Humanities Citation Index du Web of Science accessibles sur Internet par le biais de la plate-forme ISI Web of Knowledge (http://scientific.thomson.com/webofknowledge) pour la période 1998 à 2007 - année de publication ; pour l'année 2007, les chiffres sont encore susceptibles de légère évolution.
Méthodologie et approche bibliométrique
Même si elles présentent certains biais de couverture thématique et favorisent la littérature anglo-saxonne, ces bases peuvent être considérées comme des bases généralistes de référence dans le domaine de la bibliométrie. Les traitements ont été effectués à partir de programmes développés par le service Veille de l'Institut de l'information scientifique et technique (Inist), unité du CNRS basée à Nancy.
Le suivi par domaine scientifique s'appuiera sur l'agrégation des spécialités scientifiques (subjects categories) en disciplines scientifiques proposées par l'Observatoire des sciences et techniques (Ost ; annexes du rapport 2006, http://redirectix.bulletins-electroniques.com/8CWJ1, p. 416).
Une production scientifique germano-indienne en forte croissance et centrée sur la physique et la chimie
La production scientifique germano-indienne connaît une croissance constante et ininterrompue depuis dix ans, passant d'environ 380 publications à 940 - soit une augmentation de l'ordre de 150%. La part des copublications de l'Allemagne avec l'Inde est passée de 0,46% à pratiquement 1% de la production scientifique allemande et d'un peu plus de 2% à 2,75% de la production scientifique indienne. Pour l'Inde, cette part semble atteindre un palier.
Cette collaboration s'articule essentiellement autour de deux domaines : la physique et la chimie ; la chimie s'inscrit en forte progression.
Une ouverture internationale impliquant principalement les Etats-Unis...
Les collaborations du couple germano-indien se font principalement avec les Etats-Unis, la France, la Russie, la Chine et le Royaume-Uni. Les Etats-Unis sont impliqués dans une publication sur cinq. La France se place au deuxième rang des pays impliqués.
Entre 1998 et 2007, la part des Etats-Unis diminue, passant de 25,5% à 18,4% alors que celle du Royaume- Uni connaît la plus forte progression, passant de 5,1% à 10,2%.
... Mais une implication française globalement stable
La part de la France dans les copublications germano-indiennes se situe en moyenne à 12,2% sur la période 1998-2007 avec un pic à 15,6% en 2005. Elle est en baisse à partir de 2005 à la fois en volume et en pourcentage.
La thématique "physique multidisciplinaire" concerne environ la moitié des publications. Au côté de l'Allemagne, de l'Inde et de la France, les Etats-Unis se trouvent impliqués dans environ quatre publications sur cinq.
La cartographie du réseau des collaborations souligne la portée internationale des collaborations par l'implication d'autres pays. Pour la France, l'université Claude Bernard - Lyon 1 est impliquée dans une publication sur trois. Le calcul de la part du CNRS nécessiterait des traitements complémentaires d'homogénéisation des affiliations.
Une dynamique confirmée, une complémentarité validée
La volonté politique de développer le partenariat entre l'Inde et l'Allemagne avec dynamisme et implication de structures pérennes se traduit par l'augmentation constante de la production scientifique commune. Le partenariat se concentre, pour le moment, dans les domaines de la physique et la chimie. La France se situe au second rang des pays impliqués derrière les Etats-Unis. L'approche bibliométrique de suivi de la production scientifique via des statistiques sur des données bibliographiques vient compléter l'information en provenance de l'ambassade de France en Allemagne. Cette complémentarité des approches avec, d'un côté, les moyens et, de l'autre, les résultats, permet, sur une période de temps suffisamment longue, de faire le lien avec la volonté politique durable de développer cette coopération.
La richesse informationnelle des indicateurs issus des bases de données bibliographiques trouve ici leur complémentarité avec l'expertise territoriale renforçant les capacités d'analyse. Il convient enfin de signaler que la complexité de l'évaluation scientifique ne saurait se limiter à des considérations purement quantitatives même si celles- ci montrent les atouts d'une démarche qu'il conviendrait de prolonger.
A lire également : - TRAMONTI, A. Dossier de veille - Production scientifique germano-indienne - Zoom sur la place de la France. Nancy : Inist-CNRS, 2008. 45 pages. Document disponible à l'Inist : http://veille.inist.fr/article65.html