Rester attractif et attirer les meilleurs au monde : le Royaume-Uni, ces dernières années, s'est mis en ordre de bataille pour créer de la cohérence au sein de sa recherche internationale
Cet article a été préparé par Willy Marante, à partir du rapport "Politique et activités internationales de RCUK et des conseils de recherche britanniques : rapport du Science and Technology Select Committee" réalisé par Claire Mouchot, du service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France au Royaume-Uni, que nous remercions pour sa collaboration.
Télécharger ce rapport en version pdf (gratuit)>>
Dans un monde globalisé, où la recherche constitue plus que jamais un avantage stratégique, il importe désormais pour les Etats de développer des accords et des coopérations internationales afin de rester dans le jeu. Le Royaume-Uni, ces dernières années, s'est mis en ordre de bataille pour créer de la cohérence. Dans un récent rapport, les députés britanniques de la Chambre des communes se penchent sur la situation, et sur les progrès qu'il reste à faire.
La recherche britannique occupe une place importante dans le paysage européen et son caractère international s'est amélioré de manière très significative en à peine une dizaine d'années. Selon une enquête du cabinet Evidence Ltd, les publications britanniques cosignées par des auteurs internationaux sont passées de 20% en 1992 à près de 40% en 2003 (30% aux Etats-Unis, 11% en France).
Ces bons résultats sont le fruit de plusieurs actions de fond menées outre-Manche. En 2004 déjà, le rapport Science and Innovation Investment Framework 2004-2014 mettait en place les jalons de la stratégie internationale en matière de recherche. Objectif : faire du Royaume-Uni un lieu attractif pour la R&D du monde entier et un partenaire privilégié sur la scène internationale. La première étape, en 2005, fut de créer le Global Science and Innovation Forum (GSIF) et de mettre en place une stratégie nationale commune pour gérer les participations de la R&D à l'international. Récemment, les députés de la Chambre des communes se sont penchés sur les activités des Research Councils et de leur organisme central, le Research Council UK (RCUK), chargés de développer la politique internationale de recherche outre-Manche.
Des collaborations internationales nombreuses
Pour les responsables du RCUK, "les Research Councils ont réussi à créer des collaborations internationales en nombre, si l'on en juge par les revues scientifiques internationales et les études bibliométriques qui démontrent une augmentation importante des articles cosignés par des chercheurs britanniques et étrangers". Il reste difficile d'évaluer de façon exhaustive les collaborations internationales car nombre d'entre elles s'établissent directement entre chercheurs et ne sont pas recensées. Le Gouvernement a récemment demandé que le RCUK et les conseils de recherche publient des plans annuels énonçant clairement les objectifs à atteindre et les moyens mis en oeuvre, avec une évaluation chaque trimestre.
Plusieurs institutions, comme la Royal Society ou le ministère des Affaires étrangères (Foreign Commonwealth Office, FCO) critiquent le manque de connexions entre les stratégies britanniques et celles d'autres pays potentiellement partenaires, ainsi que le manque de clarté concernant les priorités britanniques spécifiques selon les pays cibles. Ainsi, des occasions de collaborations internationales se manquent, lorsque le FCO présent dans un pays ne connaît pas les priorités des Research Councils dans ce pays. La nouvelle stratégie du RCUK vise à aligner les politiques des sept Research Councils autour de quatre priorités : la promotion de Britanniques avec les meilleurs scientifiques mondiaux, la promotion de la mobilité des chercheurs vers et depuis le Royaume-Uni, l'accès pour les scientifiques aux équipements de pointe et le renforcement de la visibilité internationale des Research Councils. Le manque de coordination entre les Research Councils a été pointé du doigt lors de la récente enquête menée par les députés de la Chambre des communes. Afin d'y remédier, le Research Council International Network (RCIN, réseau international des conseils de recherche) réunit les équipes internationales de chaque Research Council et des partenaires clés (voir "Les sept Research Councils britanniques" en fin d'article).
Développer des bureaux internationaux
Le bureau européen des conseils de recherche, connu sous le nom d'UKRO (UK Research Office) et situé à Bruxelles depuis 1984, a pour mission de promouvoir la participation britannique aux programmes de recherche européens et rencontre un succès auprès de ses interlocuteurs. Un nouveau bureau a récemment été inauguré en Chine, un autre à Washington il y a quelques mois. Un quatrième devrait voir le jour en Inde. Leur mission : compléter le travail du FCO et interagir directement avec les organismes de financement et la communauté scientifique du pays. Ils devront également montrer une image cohérente de la recherche au Royaume-Uni et être le point de contact pour les chercheurs britanniques basés à l'étranger.
En 2006, l'ensemble des Research Councils a dépensé presque 400 millions d'euros dans des programmes internationaux, dont près de 200 dédiés à des souscriptions aux grands équipements internationaux. L'un des problèmes associés au financement de la recherche impliquant des chercheurs de plusieurs pays tient au fait que ces projets doivent souvent être évalués séparément dans les deux pays, ce qui multiplient les étapes de validation et réduit les chances de succès. Les Research Councils travaillent actuellement en collaboration avec les pays partenaires pour mettre en place des protocoles d'accord et ainsi faciliter la tâche des scientifiques. L'Economic And Social Research Council, par exemple, dispose d'accords avec quatorze pays. Autre axe de travail : la mise en place, auprès de chercheurs, de subventions offrant des financements flexibles dans la durée en fonction de l'avancement des projets et pouvant être utilisés à la fois pour des voyages à l'étranger, la création de partenariats avec des scientifiques étrangers ou pour leur recherche proprement dite.
La récente enquête des députés de la Chambre des communes a fait émerger une question importante : les Research Councils doivent-ils posséder un budget fléché pour financer leurs activités internationales ? Pour la Royal Society, ce pourrait être le prix à payer pour redorer l'image des Research Councils sur la scène internationale. En effet, sans financements spécifiques, l'international passe souvent à la trappe lors d'arbitrages au profit de projets nationaux. Un budget fléché offrirait aussi un suivi approprié des projets et augmenterait leur visibilité. A l'inverse, dans cette situation d'un budget spécifique, les travaux internationaux seraient séparés de la recherche générale et pourrait présenter un risque de menace contre l'excellence scientifique. Pour les députés, les avantages d'une voie de financement spécifique sont plus nombreux que les inconvénients. Ils recommandent que les Research Councils dédient un budget, administré par RCUK, à des fins de financements de fellowships (bourses pour scientifiques étrangers) ou de voyages.
Aujourd'hui, la proportion de chercheurs sortant du territoire reste relativement faible. L'obstacle principal, quel que soit l'âge des scientifiques, est le maniement des langues étrangères. Par ailleurs, la capacité du Royaume-Uni à retenir les étudiants et scientifiques étrangers est souvent mise en question. Pas moins de 40% des étudiants en thèse dans le pays sont d'origine étrangère et la majorité rentre dans leurs pays, une fois leurs études achevées. Il en va de même pour les scientifiques postdoctoraux. Selon un rapport du Higher Education Policy Institution sur la mobilité des scientifiques, "les chercheurs commencent à voir le Royaume-Uni de la même manière que les chercheurs britanniques voient les Etats-Unis : un lieu idéal pour démarrer leurs carrières et se faire une réputation, avant de rentrer dans leurs pays d'origine". Pour renforcer l'attractivité du Royaume-Uni, les Research Councils ont mis en place le UK Research Careers and Diversity Strategy : les critères d'éligibilité seront assouplis pour un étudiant étranger qui souhaite recevoir une subvention d'études. Les fellowships de recherche, allocations de voyages, réseaux de scientifiques internationaux, et autres outils seront également renforcés. RCUK propose également la création d'un réseau d'anciens chercheurs ayant travaillé au Royaume-Uni et rentrés dans leurs pays d'origine, pour assurer que des relations internationales ne soient pas perdues sur le long terme.
L'offensive à l'internationale des universités
Universities UK est l'association qui rassemble l'ensemble des universités britanniques. Désormais, International Unit est leur bras armé à l'international. Plus qu'une simple agence de promotion, elle mène des études sur l'attractivité des étudiants en doctorat, compare le système britannique avec celui des Etats-Unis et d'Australie, étudie les opportunités de collaborations internationales. Lettre d'information, magazine, site Internet : tous les outils sont réunis pour mener à bien une mission jugée cruciale. Les 224.000 étudiants étrangers outre-Manche engendrent 8 milliards d'euros de retombées chaque année. Les premiers pays cibles sont la Chine - 43 université affichent des programmes de formation sur place - et l'Inde. Par ailleurs RCUK contribue à la création d'une association d'anciens boursiers, entièrement prise en charge par le ministère de l'Education, avec un budget annuel de 42 millions d'euros. Objectif : constituer un réseau et attirer de nouveaux chercheurs de haut niveau, garder le contact avec la science britannique et engendrer de nouvelles coopérations.
En juin 2004, dans son rapport "Science and Innovation Framework 2004-2014", le Gouvernement britannique posait pour dix ans sa stratégie en matière de recherche et recommandait la mise en place du Global Science and Innovation Forum (GSIF), pour "coordonner les engagements internationaux reposant sur des résultats tangibles et s'assurer que les investissements britanniques s'adaptent à des environnements économiques et de recherche en constante évolution".
Deux ans plus tard, en octobre 2006, le GSIF faisait quatre recommandations majeures. S'assurer que les chercheurs et le monde des affaires s'engagent dans une voie d'excellence de la recherche internationale, d'abord. Ensuite, développer des partenariats stratégiques, en particulier avec l'Inde et la Chine. Améliorer la coordination et créer des synergies à travers les différents ministères et les agences non gouvernementales clefs. Et enfin, soutenir l'innovation des entreprises britanniques. Les Research Councils seront en charge de la mise en oeuvre de cette stratégie, en particulier concernant la simplification des interfaces, l'encouragement de collaborations et l'amélioration de l'image de la recherche britannique à l'étranger.
Le point sur :
Les sept Research Councils britanniques
- Arts and Humanities Research Council
Objectifs principaux : faciliter l'accès à des sources de financement alternatives ; améliorer l'efficacité du conseil à travers le partage de bonnes pratiques.
- Biotechnology and Biological Sciences Research Council
Objectif principal : que le Royaume-Uni maintienne sa position de leader en biosciences.
- Engineering and Physical Research Council
Objectif principal : développer les collaborations en physique et sciences de l'ingénieur avec les Etats-Unis, l'Europe, la Chine, l'Inde et le Japon.
- Economic and Social Research Council
Objectif principal : être l'un des champions mondiaux en sciences économiques et sociales d'ici 2010.
- Medical Research Council
Objectifs principaux : influencer l'ordre du jour de la recherche médicale internationale ; encourager les collaborations internationales en recherche biomédicale.
- Natural Environment Research Council
Objectifs principaux : financer les meilleurs scientifiques travaillant avec la communauté britannique et les britanniques collaborant avec les meilleurs groupes internationaux ; encourager les collaborations internationales au plus tôt des carrières.
- Science and Technology Facilities Research Council
Objectifs principaux : financer le meilleur de la recherche dans les domaines de l'astronomie, le nucléaire et la physique des particules ; faire du Royaume-Uni le leader dans le développement et la mise en place de grands équipements scientifiques.