Dotée de moyens financiers importants, Hong Kong diversifie désormais ses recherches en s'ouvrant davantage sur d'autres pays. La France, en particulier, bénéficie de cette nouvelle stratégie à visée industrielle.
Cet article a été préparé par Arnaud Queyrel, à partir du rapport "Panorama de la recherche à Hong Kong" réalisé par Claude Detrez et Sonia Caravaca, du service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France en Chine, que nous remercions pour leur collaboration.
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La rétrocession de Hong Kong à la Chine a favorisé en particulier l'essor des échanges scientifiques avec des pays non anglophones. Associé à l'amplification des efforts locaux et, avec la Chine continentale, de mutualisation des technologies et compétences, ce phénomène traduit la volonté d'une ouverture scientifique, gage d'innovations et d'industries à forte valeur ajoutée.
Essentiellement effectuée dans les huit établissements publics de recherche et d'enseignement supérieur, la recherche scientifique a connu un fort développement sur les dix dernières années à Hong Kong. Contrairement à la France avec le CNRS, l'Inria ou l'Inserm, Hong Kong ne dispose d'aucun organisme structurant la recherche de façon similaire. L'objectif des autorités locales, à travers leur soutien au développement universitaire hongkongais, est la création d'un pôle régional de formations supérieures et de recherches largement ouvert à la coopération internationale. Ces deux axes forment alors le socle d'une diversification des bases du développement économique territorial elle-même couplée à la création d'industries à forte valeur ajoutée, l'une et l'autre irriguée par l'innovation technologique et la valorisation de la recherche.
Les autorités locales s'emploient ainsi à amplifier cette dynamique depuis la rétrocession du territoire à la Chine. A Hong Kong, les établissements universitaires et de recherche bénéficient des compétences de scientifiques - encore majoritairement anglophones - de très haut niveau qui encadrent de nombreux étudiants motivés. Et nombreux sont les chercheurs hongkongais de réputation mondiale à s'être formés dans les pays anglo-saxons. D'autre part, le niveau des équipements scientifiques exploités dans les centres de recherche hongkongais permet à ceux-ci de bénéficier, dans le cadre de nombreux projets de recherche et d'échanges bilatéraux (en augmentation), de collaborations avec les meilleurs laboratoires mondiaux.
D'abondantes sources de financements
Manquant d'organismes regroupant et chapeautant en grands domaines les thématiques de recherche locales, Hong Kong structure ses efforts de recherche en mutualisant les ressources entre plusieurs départements universitaires sur une thématique donnée. La création de centres ou instituts de recherche pluridisciplinaires, plates-formes d'échanges de compétences et technologies, concrétise cette trame organisationnelle fondée sur la praticité et l'opérationnalité directe de la recherche. Cette dynamique, dont la simplicité apparente n'enlève rien à l'efficacité, est facilement irriguée et entretenue par les nombreuses sources de financements dont dispose la recherche universitaire à Hong Kong. Toutefois, le Research Grants Council (RGC) apporte l'essentiel de ces financements.
Un comité de dix-sept membres issus des universités et du monde des affaires dirige cet organisme placé lui-même sous la tutelle de l'University Grants Commitee (UGC). Ainsi, sur 2005/2006, le RGC a soutenu financièrement 4 670 nouveaux projets de recherche et contrats pour un montant de 190,5 millions d'euros ; un montant par ailleurs en augmentation de 30% par rapport à la période de financement précédente. Sur la plus proche période, l'ensemble des financements s'élevait à 792,1 millions d'euros et couvrait 14 432 projets de recherche et contrats. Sur cette même période, les dépenses engagées dans les activités de recherche menées dans les universités hongkongaises s'élevaient à 0,36% du PIB de Hong Kong, soit environ 502 millions d'euros sachant que le budget du RGC s'élève à 60 millions d'euros annuels. A ce propos, à l'occasion de la publication du budget 2008/2009, le Gouvernement de Hong Kong a révélé le lancement d'un fond spécialisé de un milliard et demi d'euros dédié au financement de la recherche. Cette enveloppe budgétaire pourrait permettre d'augmenter de 50% le budget du RGC, qui passerait ainsi à 90 millions d'euros annuel.
Financer la recherche et les échanges
Conjointement au lancement du fonds spécialisé dédié au financement de la recherche, le Gouvernement entend financer, dès l'année académique 2008/2009, 800 postes de postdoctorants supplémentaires pour une dépense d'environ 25,4 millions d'euros. L'UGC, organisme assurant le paiement des salaires et le financement des grandes infrastructures universitaires, financera alors 5 500 postdoctorants - contre 4 765 aujourd'hui. Pour revenir au fonctionnement et modalités d'interventions du RGC, ce dernier gère deux programmes : l'Earmarked Research Grant (ERG) et le Joint Research Schemes, tous deux bénéficiant de financements ou cofinancements par le RGC. L'an dernier, le premier programme disposait d'une dotation de 60 millions d'euros répartie en financements directs et financements par le biais du "Competitive Earmarked Research Grant". Ces derniers, de 48,5 millions d'euros, ont permis de financer 836 projets de recherche (sur 1 969 propositions) sélectionnés sur évaluation réalisée notamment par des experts internationaux.
Pour leur part, les financements directs ont notamment permis de couvrir des projets de petite taille, l'achat d'équipements lourds et l'encouragement de la collaboration entre les universités hongkongaises. De façon remarquable, traduisant la direction des efforts en faveur de la recherche hongkongaise, ces deux derniers investissements ont crû de 75% de la période 2005-2006 à la suivante. Cofinancés par le RGC, les Joint Research Schemes correspondent à quatre programmes de recherche bilatéraux engagés avec la chine continentale, la France ("Procore"), l'Allemagne et, depuis 2008 désormais, le Royaume-Uni. Les trois premiers programmes bilatériaux existent pour leur part depuis de nombreuses années. Pour la France, depuis 1998, avec le programme Hubert Curien "Procore".
Coopérations avec la France
Quoique l'essentiel de la recherche à Hong Kong soit traditionnellement menée, jusque là, par des anglophones et avec des pays anglophones, de forts programmes partenariaux existent pourtant avec la France. Hong Kong souhaite d'ailleurs, dans le cadre de ses nouvelles stratégie et politique générales d'ouverture vers l'extérieur et de diversification de la recherche, amplifier ces échanges avec la France. Dans ce cadre, le programme Hubert Curien "Procore" constitue le socle de la coopération scientifique avec la France. Destiné à dynamiser une coopération scientifique et technologique de qualité, sur le long terme, entre les deux pays, Procore apporte son soutien à des projets de recherche et à des ateliers proposés conjointement au préalable par des équipes binationales. Lancé il y a dix ans, ce programme a permis jusqu'à présent le lancement et le financement de cent quarante deux projets et six ateliers, respectivement au rythme d'une douzaine de nouveaux projets de recherche annuels et d'un à deux ateliers.
Tandis que la mission scientifique, technologique et pédagogique du ministère de l'Education nationale de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (MENESR) assure, pour la France, l'évaluation scientifique des projets déposés, il revient, coté hongkongais, au RGC d'en assumer la tâche. Les sciences "dures" (mathématiques, informatiques, sciences de l'ingénieur,...) comptent pour 45% des projets déposés tandis que 26% des projets concernent les sciences du vivant. Le haut niveau d'excellence scientifique de ces projets, aux financements gérés par le Centre français pour l'accueil et les échanges internationaux (Egide), s'explique par la participation des meilleurs organismes de recherche français (CNRS, Inserm, CEA,...) eux-mêmes le plus souvent associés notamment aux grandes écoles françaises. De même, les hongkongais s'investissent dans les projets par leurs meilleures universités locales.
Pour renforcer ce noyau dur de la coopération, les deux partenaires ont créé les "missions d'experts", action visant spécialement à lancer de nouvelles coopérations dans les thématiques prioritaires. La mise en place d'autres outils peut alors succéder à ces missions pour consolider l'action de rapprochement. Il existe ainsi des formules pour favoriser l'accueil de chercheurs, soutenir des programmes de recherche bilatéraux ou encore mettre en place des cotutelles.
L'apport des fondations privées
Le consulat général de France à Hong Kong favorise les cotutelles comme les séjours doctoraux et postdoctoraux. En outre, pour amplifier la présence scientifique française sur place, il encourage et appuie la création de centres de recherche conjoints. Outre l'intérêt de pouvoir bénéficier des structures les mieux adaptées à leurs travaux, les chercheurs français engagés avec Hong Kong par le truchement de partenariats scientifiques peuvent bénéficier de ressources financières substantielles. Ces dernières viennent en particulier des très nombreuses fondations privées qui soutiennent la recherche publique et l'enseignement supérieur à Hong Kong. Parmi elles, le Hong Kong Jockey Club (HKJC) et la Croucher Foundation.
Le HKJC offre chaque année vingt-sept bourses, toutefois seulement à des étudiants de Chine continentale et hongkongais. Fin 2005, ce club avait offert près de trois millions d'euros à la Chinese University of Hong Kong (CUHK) pour fonder le "CUHK Jockey Club Minimally Invasive Surgical Skills Centre". Et, en 2007, les dons du Jockey Club ont contribué à l'ouverture du HKJC Enterprise Center à l'intérieur de l'université des sciences et des technologies de Honk Kong.
Les financements de la Croucher Foundation sont attribués par l'intermédiaire de plusieurs formules de soutien à la recherche. Ainsi, l'une d'elle permet à des enseignants chercheurs locaux de consacrer une année pleine à leur recherche, sans charge d'enseignement. Une autre formule favorise la tenue de conférences thématiques annuelles en invitant, pendant une semaine, des experts internationaux à exposer un sujet spécifique. Afin de favoriser les échanges régionaux, les asiatiques sont également susceptibles de bénéficier de ces invitations. En matière d'échanges, la fondation finance la thèse ou le séjour postdoctoral à l'étranger d'une trentaine de jeunes scientifiques hongkongais. Ce programme s'étend en particulier à la France - avec l'implication du CNRS, de l'Inria et de l'Institut Pasteur - et l'Allemagne. Pour l'année 2007-2008, la fondation a offert vingt-deux bourses de recherche à l'étranger ; une étudiante hongkongaise en a ainsi bénéficié pour préparer son doctorant à l'institut Eurecom - l'école d'ingénieurs en systèmes de communication de Sophia Antipolis. L'Inserm pourrait à son tour jouer un rôle dans cette dynamique d'échanges bilatéraux suite à une rencontre entre des représentants hongkongais et le directeur général de l'Inserm, Christian Bréchot, en été 2007.
Un vent de réformes
Le lancement, cette année seulement, du programme bilatéral avec le Royaume-Uni peut surprendre dans la mesure où, traditionnellement, les universités hongkongaises coopèrent déjà étroitement avec leurs homologues anglo-saxons de tout pays. Cette situation s'explique logiquement par le système académique en vigueur à Hong Kong puisqu'il s'agit en effet du système britannique. Les chinois originaires de Hong Kong comme de Chine continentale ou de Taiwan, et qui occupent la majorité des postes universitaires, ont effectué leur formation dans ces pays anglo-saxons quant ils n'y ont pas réalisé une partie de leur carrière. Toutefois, désormais, au souhait prioritaire du Gouvernement local de réformer le système éducatif se couple un souci de diversification de partenariats. Cette volonté de rompre avec le modèle britannique et les échanges jusque là presque exclusivement anglo-saxons (avec l'Australie, le Canada,...) à de rares exceptions près, notamment avec l'Europe, a accompagné la rétrocession de l'Ile à la Chine. Ainsi, désormais, les universités hongkongaises renforcent leurs liens avec le continent chinois en signant des accords de coopération avec leurs plus prestigieuses homologues de Chine continentale telles les universités de Pékin ou Fudan. Ces accords se concrétisent notamment par la création de centres conjoints de R&D délocalisés près de Canton ; cette localisation s'expliquant par la difficulté encore rencontrée par les chinois du continent d'obtenir des autorisation pour étudier et travailler à Hong Kong.
D'autre part, le programme bilatéral de recherche lancé depuis 1998 avec la Fondation nationale des sciences naturelles de Chine, et qui concerne des domaines aussi variés que les technologies de l'information et l'environnement notamment, a sélectionné quinze projets de recherche sur l'année 2006-2007. Conjointement à l'extension de leurs collaborations à la Chine continentale, les autorités universitaires travaillent également au développement de coopérations avec l'Europe, la France et l'Allemagne essentiellement.
La présence, à Hong Kong, de professeurs titulaires français ou francophones dans des universités locales illustre déjà ce nouvel état d'esprit d'ouverture. Vis-à-vis des étudiants étrangers, ce mouvement de fond devrait désormais se traduire par un assouplissement des restrictions sur leur emploi, une multiplication des bourses d'échanges et l'augmentation de leurs quotas notamment.