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Technologies Internationales 148  >>  3/11/2008

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Economie internationale

Singapour se fortifie par la recherche

http://www.bulletins-electroniques.com/ti/148_04.htm

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La Fondation nationale de recherche de Singapour s'attelle à assurer le rayonnement et l'attractivité du territoire à l'échelon mondial, gages de son ancrage économique pérenne.

Cet article a été préparé par Arnaud Queyrel, à partir du rapport "La Fondation nationale de la recherche (NRF) : priorités, fonctionnement et perspectives" réalisé par Antoine Mynard et Valérie Gérard, du service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France à Singapour, que nous remercions pour leur collaboration.
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Puissant organe étatique, richement dotée, la Fondation nationale de recherche de Singapour fixe et oriente, par ses sélections de projets, les grandes orientations stratégiques de recherche nationales. Ses actions et son volontarisme économique visent à renforcer le positionnement de Singapour dans un contexte régional de compétitivité accrue.


Capitalisant sur les retours d'expériences des plans quinquennaux des années précédentes, le comité interministériel de la recherche et du développement (MDRC), planificateur de la recherche scientifique singapourienne, fixait les grandes orientations de la recherche pour la cité-Etat dans le rapport, publié en mars 2006, Sustaining Innovation-Driven Growth, Science and Technology Plan 2010. Ce rapport fixait en particulier les cinq piliers des ambitions gouvernementales ; celles-ci visant à atteindre, en 2010, trois pour cent du PIB de Singapour en recherche et développement. Premier de ces points : augmenter les moyens consacrés à la recherche.

Seconde action : donner la priorité aux secteurs économiques dans lesquels Singapour peut montrer la meilleure compétitivité potentielle à l'échelle internationale. Ensuite, dans les secteurs stratégiques, il s'agit d'établir un équilibre entre la recherche finalisée et la recherche conduite à l'initiative des chercheurs. Quelles sont les deux dernières actions à mener ? Encourager davantage la R&D du secteur privé et renforcer les liens et interactions entre les mondes de la recherche et développement et des affaires.

Ces jalons constituent autant d'étapes à poser pour positionner durablement Singapour dans le paysage économique et technologique au moins régional, ce dernier montrant une mutation extrêmement rapide selon un schéma de croissance fortement concurrentiel. Ainsi, alors que Singapour conçoit toujours la nécessité d'un (re)positionnement régional compétitif qui passe par l'accroissement de son potentiel scientifique et technologique conjugué à une forte croissance du secteur des services (socle de ces succès passés), la cité-Etat souhaite désormais doubler cette stratégie par une vision forgée dans la perspective d'une coévolution -bien entendu gagnante pour Singapour...- avec le développement du tissu régional.

Une fondation de recherche en clé de voûte

La nécessité du positionnement singapourien constitue un défi qui s'impose désormais d'autant plus naturellement dans le nouveau paysage régional, marqué par la rapide ascension économique des voisins asiatiques, que le modèle singapourien a apporté les preuves de la réussite de son modèle de développement économique. Et cela en surmontant ses nombreux handicaps "naturels" : un territoire (de 700 km2) ainsi qu'un marché intérieur exigus et l'absence de ressources naturelles. A cela, il faut encore ajouter des coûts de main d'oeuvre supérieurs à la majorité des pays asiatiques. Ainsi, surmontant ces contraintes avec succès, les singapouriens disposaient, en 2006, d'un revenu par tête égal à celui des français. Singapour occupe donc son rang parmi les pays développés du globe et souhaite conforter cette position en particulier par le truchement de la Fondation nationale de recherche (NRF).

Quelle personnalité singapourienne la préside ? Le Dr Tony Tan, aux commandes des organisations parmi les plus stratégiques de Singapour. Le Dr Tan doit son envergure et sa renommée politiques incontestables à ses nombreuses fonctions exercées antérieurement au sein du Gouvernement singapourien : la dernière en date, de 1995 à 2005, fut celle de vice-Premier ministre de ce Gouvernement. Auparavant, il détint les clés de sept ministères dont ceux de l'Industrie, des Finances et de la Défense. En appartenant au conseil d'administration du holding de presse singapourien SPH et de la société d'investissements du Gouvernement singapourien (GIC), Tony Tan dispose également de capacités d'interventions de premier plan dans la presse et la finance locales. De surcroît, parallèlement à ses fonctions à la NRF, le Dr Tan est vice-président du comité interministériel Research, Innovation and Enterprise Council (RIEC). Des industriels et des personnalités étrangères (américaines, japonaises et allemandes) compose ce comité présidé par le Premier ministre. Au rôle consistant à conseiller le Gouvernement sur ses orientations en matière de recherche et d'innovation, le RIEC a joué un rôle important tant dans la genèse de la National Research Foundation (NRF) -lancée par Tony Tan lui-même- que dans l'identification de ses trois priorités : les sciences biomédicales, les médias digitaux interactifs et les technologies de l'environnement et du traitement de l'eau.

Les alliances stratégiques

La NRF dispose d'un budget de 2,5 milliards d'euros pour la période quinquennale 2006-2010. En plus de son président, Tony Tan, le conseil de la NRF, véritable instance stratégique de la Fondation validant les grands projets, compte vingt membres. Parmi eux se trouvent les ministres de l'Education, de l'Economie et des Finances, les présidents des universités singapouriennes et de l'agence A*Star. Quelques étrangers figurent aussi au sein de ce conseil comme le Français Patrick Plante, PDG du Thales Technology Center (TTC), et le président de l'université de Boston. Le conseil de la NRF génère des propositions et programmes qui s'affranchissent des appels à projet et peuvent alors se formaliser en grandes alliances comme celles fondées avec l'Ecole polytechnique de Zurich ou l'université israélienne Technion.

Pour sa part, l'alliance toute récente avec le Massachusetts Institute of Technology (MIT) se traduit par 275 millions d'euros d'investissement dans l'établissement du Singapore MIT Alliance for Research and Technologies (SMART). Officiellement lancé en janvier 2008, ce centre de recherche traduit aussi une importante nouvelle inflexion dans la politique et dans l'organisation du MIT lui-même. Car il s'agit en effet d'un centre de recherche inédit aussi pour le MIT puisqu'il n'en avait jamais créé de pareil jusqu'alors en dehors de son campus américain. Il s'agira également du plus grand centre de recherche international du MIT.

Pour revenir au fonctionnement de la NRF, son conseil assure lui-même le suivi du montage de grands projets, à l'instar du Centre de physique quantique, aux activités lancées en 2007. Le conseil de la NRF peut aussi intervenir auprès des organismes singapouriens chargés des prises de participations de l'état comme GIC. En outre, par une approche globale prospective et de prise de recul critique sur le potentiel singapourien, le conseil peut préparer les termes de référence de futurs programmes. Exemple : le débat, en septembre 2007, autour d'une étude sur la capacité d'innovation et d'entreprenariat à Singapour. Alors que l'étude rendait compte de la grande médiocrité des résultats de A*STAR sur le plan de la valorisation et de l'insuffisance d'activité de développement des deux universités nationales, elle débouchait, en moins de six mois, sur un nouveau programme de recherche et développement.

Les grands programmes de recherche

La NRF a lancé trois programmes correspondant aux secteurs considérés comme stratégiques pour Singapour : les sciences biomédicales, les technologies de l'environnement, du traitement de l'eau et les énergies propres et les médias numériques interactifs. L'ensemble de ces programmes dispose d'un budget total, alloué par le RIEC, de 750 millions d'euros. Le premier poursuit la trajectoire de développement impulsée entre 2000 et 2005 pour consolider la recherche fondamentale à Singapour dans le secteur biomédical. La nouvelle phase, étalée de 2006 à 2010, vise cette fois à renforcer le savoir-faire en recherche clinique et translationnelle spécialement dans les domaines de spécialités de Singapour tels les maladies vectorielles (comme la malaria et la dengue). A cette fin, le programme envisage un recourt massif aux chercheurs spécialistes de ces disciplines et l'établissement de programmes de recherche susceptibles d'attirer les meilleurs chercheurs étrangers.

Sur le volet environnemental, Singapour souhaite consolider son avance technologique et affermir ses relations internationales en R&D pour disposer d'un savoir-faire déterminant dans les nouvelles solutions de gestion du cycle de l'eau. Le programme dédié à ce volet ambitionne de positionner Singapour comme acteur international de premier plan d'ici 2015 sur la thématique eau. Pour y parvenir, Singapour entend en particulier lancer, à cette échéance, des entreprises spécialisées sur le marché régional. D'autre part, Singapour nourrit des ambitions similaires pour les énergies propres, en se focalisant sur les technologies solaires qui pourront en effet directement bénéficier de convergences et de transferts technologiques avec l'industrie locale (électronique, chimie,...). Le (sous)- programme "énergies propres" concourra à cet objectif par le financement de nouveaux centres de R&D d'envergure internationale et des formations de personnels qualifiés (par des bourses d'études). Le montage de bancs d'essais et de sites pilotes permettra, pour sa part, d'évaluer les capacités d'intégration de systèmes et technologies photovoltaïques.

En matière cette fois de médias numériques interactifs, Singapour entend poursuivre son développement selon un schéma économique identique à celui qui prévaut pour le développement de ces autres secteurs d'excellence : établir de nouveaux modèles de marché permettant la création de nouvelles niches sur la base des plus récentes avancées technologiques sectorielles.

L'eau et l'énergie en pierres de touche

Pour renforcer ses efforts en faveur de développement de Singapour, la NRF finance, dans le cadre du Competitive Research Programme, des programmes de R&D impliquant plusieurs projets autour d'une même thématique. Chaque projet est sélectionné par appels à projets annuels. La NRF appuie fortement les projets de collaboration entre les secteurs industriel et académique. Ainsi, lancé en avril 2007, le premier appel à projets a finalement retenu six projets dont l'un concerne l'eau et s'intitule "Système de production et de recyclage d'eau par distillation transmembranaire autoentretenue à l'énergie solaire et bioréacteur de distillation transmembranaire". Un second projet se concentre sur la production énergétique : "Ingénierie moléculaire de matériaux membranaires pour la production d'énergie : hydrogène, gaz naturel et gaz de synthèse". Ces deux projets témoignent des grandes préoccupations régionales : la qualité de l'eau et l'approvisionnement énergétique.

D'autre part, la NRF engage également des actions dans une autre direction stratégique : le projet, majeur pour la NRF, de Campus for Research Excellence And Technological Enterprise (CREATE). Objectif : rassembler sur un même campus, en collaboration avec les universités et les institutions de recherche singapouriennes, des centres de recherche internationaux. Il s'agit ainsi de créer un vivier de formation et un environnement de recherche de haut niveau. A cette fin, le recourt à des chercheurs de renom internationaux devrait permettre d'assurer le montage de groupes de recherche dédiés à des développements stratégiques pour Singapour comme ses partenaires institutionnels. Le transfert technologique de la recherche vers l'entreprise - et des produits de marché corrélés - constitue un pilier complémentaire du succès attendu du programme. Le centre SMART constitue le premier élément du campus aux installations livrables en 2010, sur le site de la NUS University Town.

Jouer la carte française

Avec l'accord d'installation du SMART désormais officiellement signé, le recrutement des équipes suit son cours, en particulier parmi les chercheurs déjà engagés dans des programmes de la Singapore-MIT Alliance (SMA). A l'heure actuelle, seules deux activités, en cours de montage, sont annoncées pour le SMART : l'étude des maladies infectieuses et l'environnement. Les médias numériques ainsi que l'informatique appliquée à la science et l'ingénierie devraient venir les renforcer. Le SMART devrait permettre de conforter les collaborations existantes dans le cadre du SMA. Ces dernières s'organisent autour de cinq axes : matériaux avancés pour micro- et nanosystèmes, génie chimique et pharmaceutique, génie informatique, informatique et systèmes pour la biologie, technologie et système de production.

Concernant cette fois le TTC, ce laboratoire concrétise la volonté historique d'un développement stratégique conjoint entre Thalès et Singapour : créé en 2003, il s'agissait du premier centre de R&D de Thalès hors Europe. Cette étape d'intégration préliminaire de Thalès dans l'écosystème de recherche technologique singapourien préparait la création, en 2005, du Thales@NTU, premier laboratoire du groupe établi avec une université non européenne, la Nanyang Technological University (NTU), l'université technologique singapourienne. Ce laboratoire associé se concentre sur la R&D dans les télécoms (dont les matériaux semi-conducteurs), à finalités technologiques duales, tout en renforçant toutefois le positionnement de la NTU en défense. Toutefois, pour l'instant, la présence française dans les projets de la NRF se limite à deux chercheurs réputés dont Christian Miniatura, impliqué dans le Centre de physique quantique. Cependant, étant donné la reconnaissance de la valeur des scientifiques français, la France devrait résolument se positionner comme force de proposition dans les divers programmes pour bénéficier des financements de la NRF.

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Origine : Technologies Internationales 148 (3/11/2008 ) - ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/ti/148_04.htm
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