En 2001, les Etats-Unis lancent un vaste programme de recherche et développement en nanotechnologies, la National Nanotechnology Initiative. En 2005, le pays confirme son attrait pour ces nouvelles technologies en développant un programme privé, le Project on Emerging Nanotechnologies.
Cet article a été préparé par Nathalie Mayer, à partir du rapport "Le Project on Emerging Nanotechnologies" réalisé par Roland Hérino et Alban de Lassus, du service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France aux Etats-Unis, que nous remercions pour leur collaboration.
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Focus :
Woodrow Wilson international Center for Scholars
Le Woodrow Wilson International Center for Scholars a été créé par le Congrès américain en 1968. Financé pour un tiers par des fonds gouvernementaux et pour deux tiers par des donations privées, l'objectif de ce centre installé à Washington est d'établir des relations entre le monde de l'éducation et celui des affaires. Parmi les moyens d'action du Woodrow Wilson International Center for Scholars, l'attribution de bourses étroitement reliées aux préoccupations des fonctionnaires officiant dans la capitale ou encore la possibilité de déplacer des scientifiques de grande qualité à Washington afin qu'ils puissent mener leurs projets en interaction avec le monde des affaires.
Pew Charitable Trusts
Le Pew Charitable Trusts, une association à but non lucratif, est l'unique bénéficiaire de sept fonds de bienfaisance levés entre 1948 et 1979. Depuis le milieu du XXe siècle, le Pew Charitable Trusts travaille à l'amélioration des politiques scientifiques et à l'information du grand public. L'organisation encourage aussi au développement d'une sorte de "science équitable" susceptible de profiter à tous. Au centre de ses intérêts depuis quelques années : la recherche génétique, les nanotechnologies et les changements climatiques.
En 2001, les Etats-Unis lançaient la National Nanotechnology Initiative (NNI), un programme destiné à coordonner les recherches en matière de nanotechnologies. Depuis, l'engouement pour le sujet ne cesse de croître. Les travaux de recherche et développement concernent aujourd'hui tous les domaines des nanotechnologies : recherche fondamentale, nanosystèmes, nanométrologie et nanomatériaux. Le budget dédié aux dimensions sociétales des nanotechnologies est lui aussi régulièrement revu à la hausse. C'est dans ce contexte des plus favorables que se développe, depuis 2005, le Project on Emerging Nanotechnologies (PEN), une initiative privée conduite en partenariat entre le Woodrow Wilson International Center for Scholars et le Pew Charitable Trusts. Objectifs : diffusion des connaissances et sensibilisation du grand public aux risques potentiels et aux impacts sociétaux de ces nouvelles technologies.
Considérés par beaucoup comme les potentiels déclencheurs d'une nouvelle révolution industrielle, les nanotechnologies promettent de changer le monde dans lequel nous vivons. Des vêtements que nous portons aux voitures que nous conduisons en passant par les sources d'énergies, les nanotechnologies se glissent dans tous les domaines. Jusque dans le monde médical où elles pourraient ouvrir de nouvelles voies thérapeutiques ou permettre d'élaborer des détecteurs de risques biologiques des plus efficaces. Afin de garantir que la révolution se fasse avec un minimum de pertes et avec un maximum de profit pour le grand public, les Américains ont jugé utile de mettre en place une structure originale, comme un pont jeté entre scientifiques, politiques et hommes de la rue.
Le Project on Emerging Nanotechnologies (PEN) a ainsi vu le jour en avril 2005 de la volonté commune du Woodrow Wilson International Center for Scholars et du Pew Charitable Trusts, deux organisations non gouvernementales et à buts non lucratifs (voir "Woodrow Wilson International Center for Scholars" et "Pew Charitable Trusts" ci-contre). En un peu plus de trois années d'existence, le PEN est parvenu à développer un réseau de relations impliquant des agences fédérales, le monde des affaires et celui des organisations non gouvernementales mais aussi le grand public. Il a ainsi acquis une certaine renommée autant dans les milieux scientifiques que politiques. Ses objectifs prioritaires : assurer que, parallèlement à l'avancée des recherches dans le domaine des nanotechnologies, tout sera entrepris pour minimiser les éventuels risques et pour faire profiter tout le monde des avancées obtenues. En collaboration bien sûr avec tous les acteurs du secteur mais également en toute indépendance et objectivité.
Une organisation pluridisciplinaire
A l'image de ce qui se passe dans le domaine des recherches et développements en nanotechnologies, l'organisation interne du PEN est basée sur la multidisciplinarité. Dirigé par David Rejeski, le projet est conduit par un personnel permanent soutenu par des conseillers indépendants venant de divers organismes. On dénombre ainsi trois conseillers supérieurs, membres du Nanoscale Science, Engineering and Technology subcommittee (NSET) qui coordonne les activités de la NNI, de la National Science Foundation (NSF) chargée du financement de la recherche et de l'Environmental Protection Agency (EPA) responsable de la mise en oeuvre de la politique environnementale. Cinq autres conseillers sont quant à eux issus de l'industrie (DuPont, HP), de la presse (Science magazine), d'une organisation non gouvernementale (Nuclear Threat Initiative) et du monde universitaire (Oxford University). De quoi couvrir tous les niveaux de décision et d'information.
Au lancement du projet en 2005, les membres du conseil du PEN ont souhaité définir des sujets d'études impliquant l'ensemble des dimensions sociétales des nanotechnologies. Ainsi, l'analyse de la stratégie du Gouvernement pour identifier et contrôler les risques potentiels tant environnementaux que de santé et de sécurité publiques, la portée et la pertinence des recherches en Environmental Health and Safety (EHS) soutenues par le Gouvernement, les applications actuelles et futures des nanotechnologies dans les produits commercialisés (spécialement dans les cosmétiques et le secteur alimentaire), la perception et l'information du public et la répartition économique et géographie des activités aux Etats-Unis.
La diffusion de l'information
L'un des grands chantiers mis en place par le PEN depuis sa création est celui de la diffusion de l'information scientifique et de la communication entre les différents acteurs du secteur des nanotechnologies. Ainsi pas loin de quarante rencontres et congrès rassemblant des leaders politiques, scientifiques et industriels ont déjà été organisés comme la rencontre "Regulating the Products of Nanotechnology", en octobre 2006, et le congrès "Nanotechnology's Past, Present and Future", en avril 2007. On dénombre également plus de cinquante publications émises par les membres du PEN parmi lesquelles "Nanotechnology in Agriculture and Food Production : Anticipated Applications", datant de septembre 2006, et "NanoFrontiers : Visions for the Future of Nanotechnology", paru en mars 2007. Pour souligner le travail colossal accompli, on peut aussi citer, entre autres, la création d'une base de données concernant tous les projets de recherche sur les EHS et leur financement. Une base de données qui a montré en 2005 que seulement 1% du budget allait à des projets EHS vraiment pertinents ! Le PEN a également lancé une analyse systématique des projets de recherche financés par le gouvernement sur les EHS et exécutés par les agences fédérales.
Au-delà de la diffusion de l'information au sein de la vaste communauté concernée, le PEN s'attache aussi à communiquer en direction du grand public, par l'intermédiaire de son site Internet notamment. Entre fin novembre 2005, date de sa mise en ligne, et avril 2007, celui-ci a enregistré une augmentation de fréquentation de 3.000% avec plus de 2.000 visiteurs par jour passant en moyenne 30 minutes sur le site. Plus de 30.000 téléchargements de publications ont déjà été effectués. Parmi lesquelles des enquêtes nationales portant sur la connaissance et la perception des nanotechnologies par le public. Ainsi en février 2008, 80% des Américains interrogés déclaraient avoir reçu peu voir très peu d'informations concernant les nanotechnologies. Preuve s'il en fallait de l'importance de la mission confiée aux membres du PEN.
Un site internet extrêmement riche
Et pour combler ce déficit d'information, le PEN mise sur un site Internet régulièrement mis à jour et pourvoyeur d'une impressionnante quantité d'information. La rubrique "Inventories" par exemple, remporte un succès croissant auprès des internautes. Depuis sa création en mars 2006, elle propose entre autres un inventaire de produits commercialisés utilisant les nanotechnologies. Ces produits sont sélectionnés selon des critères spécifiques : impact sur l'environnement, utilisation effective des nanotechnologies, etc. Cet inventaire ne prétend pas être exhaustif mais recense aujourd'hui plus de 600 produits contre à peine plus de 200 il y a deux ans. Parmi eux, des ustensiles de cuisine antibactériens chinois, de l'écran total américain, des produits de beauté français, de la peinture anti-graffiti mexicaine ou encore des clubs de golf japonais. Disponible également dans cette rubrique, un catalogue des recherches en cours en matière de nanotechnologies dans les domaines de la protection de la santé et de l'environnement. Une manière pour le PEN d'encourager ce type de recherches de part le monde et de mener, du même coup, à la minimisation des impacts négatifs aussi bien environnementaux qu'humains. Car, comme toutes les nouvelles technologies, les nanotechnologies portent encore en elles quelques interrogations quand à leur innocuité. Ainsi peut-on y découvrir une étude allemande sur le développement de méthodes in vitro destinées à évaluer les risques potentiels des nanoparticules techniques ou encore des travaux tchèques concentrés sur le transport dans le corps humain de particules fines. Issues de produits nanotechnologiques de telles particules d'argent, de cadmium ou de plomb peuvent avoir des effets négatifs autant sur les animaux que sur les hommes et l'environnement.
Le lien "Inventories" offre aussi la possibilité de télécharger une base de données recensant les recherches menées dans les secteurs de l'agriculture et de l'alimentaire. Une base de données construite à partir des informations publiques du bureau des brevets américain. Toujours dans la rubrique "Inventories" se trouve une revue des études poursuivies dans le domaine de la médecine. Le domaine qui pourrait s'avérer le plus prometteur des nanotechnologies. Celles-ci sont d'ores et déjà utilisées entre autres pour la réalisation de systèmes plus efficaces en matière de délivrance de médicaments.
Le National Cancer Institute et l'Alliance for Nanotechnology in Cancer espèrent que les investissements sur les nanotechnologies mèneront bientôt à d'importantes découvertes en matière de détection, de diagnostic et de traitement de toutes sortes de cancers. Dans le futur, des systèmes moléculaires très proches des systèmes vivants pourraient même contribuer à la réparation ou au remplacement de parties du corps perdues suite à des accidents ou à des maladies. Alors, pour aider experts et grand public à mieux comprendre les applications actuelles et futures, le PEN propose même une double base de données présentant d'une part les produits médicaux déjà commercialisés et d'autre part des estimations des dates de commercialisation et d'utilisation de nouveaux agents thérapeutiques encore en phase de développement.
Un avenir prometteur
Conscient, tout comme ses collaborateurs, que la face du monde est peut-être sur le point de changer sous l'impulsion des nanotechnologies, Terry Davies, l'un des conseillers supérieurs du PEN, en appelle dans un rapport publié en juillet 2008, au bon sens de la Maison Blanche. Selon lui, le prochain président des Etats-Unis aura pour responsabilité d'assurer que les bénéfices apportés par les nanotechnologies soient maximums et que les risques encourus soient bien identifiés et contrôlés. Parmi ses recommandations : la définition des nanomatériaux comme nouvelles substances soumises au contrôle de l'Environmental Protection Agency et de la Food and Drug Administration et la révision d'un certain nombre de lois comme le Toxic Substances Control Act. Des recommandations soutenues par David Rejeski qui réclame déjà une hausse importante des budgets pour faire face à ces nouvelles exigences.
Des risques potentiels liés à l'usage de matériaux aux dimensions nanométriques ont d'ores et déjà été identifiés et pour que le monde profite en toute quiétude des bénéfices apportés par ces nouvelles technologies, le prochain gouvernement américain devra oeuvrer aussi rapidement que soigneusement. Un défi qui pourrait avoir de grandes répercutions sur le XXIe siècle.
Le point sur :
National Nanotechnology Initiative
La National Nanotechnology Initiative (NNI) a été lancée en 2001 par le Gouvernement américain pour coordonner les travaux de recherche et développement en matière de nanotechnologies. Ses domaines de compétence s'étendent de la santé humaine au bien être économique et à la sécurité nationale.
Les principaux objectifs de la NNI pour les années à venir :
- hisser et maintenir les Etats-Unis au premier rang des recherches en nanotechnologies ;
- encourager le transfert de ces nouvelles technologies vers le marché grand public ;
- développer les programmes d'enseignement dans le domaine des nanotechnologies ;
- soutenir un développement responsable et durable des nanotechnologies
A lire également : - DAVIES J. CLARENCE. Nanotechnology oversight : An agenda for the new administration. Etats-Unis : PEN, 2008. 39 pages. Téléchargeable à l'adresse : http://www.nanotechproject.org/news/archive/oversight