Avec 27 instituts et centres de recherche, plus de 18.000 employés et un budget annuel de presque 30 milliards de dollars, le NIH est le plus grand centre de recherche biomédicale dans le monde. Regard sur un institut qui, depuis plus d'un siècle, joue un rôle majeur pour la science et la santé aux Etats-Unis.
Cet article a été préparé par Willy Marante, à partir du rapport "Les National Institutes of Health (NIH) : organisation, activités et présentation des bourses de recherche" réalisé par Julien Moriggi et Hedi Haddada, du service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France aux Etats-Unis, que nous remercions pour leur collaboration.
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C'est un véritable monstre : le National Institutes of Health (NIH), avec vingt-sept instituts et centres de recherche et plus de 18.000 employés, est le plus grand centre de recherche biomédicale dans le monde. Son budget pour 2008 est d'environ 29 milliards de dollars. Seulement 10% des fonds sont réservés à financer les projets intra-muros des 6.000 chercheurs du campus de Bethesda. Plus de 80% du budget est quant à lui utilisé pour financer des bourses et des projets extra-muros dans plus de 3.000 universités et laboratoires aux Etats-Unis et dans le monde. Regard sur un institut qui depuis plus d'un siècle joue un rôle majeur pour la science et l'amélioration de la santé de la nation américaine.
Créé en 1887, le National Insitute of Health est le plus grand centre de recherche médicale au monde. L'an dernier 37.000 allocations ont été distribuées auprès de 3.000 institutions, finançant ainsi la recherche de plus de 300.000 chercheurs à travers le monde. Principale organisation du Gouvernement fédéral américain en charge de la recherche médicale et comportementale, l'Institut finance presque 90% de la recherche américaine dans le domaine de la santé. Entre 1998 et 2003, son budget a doublé sous l'impulsion des présidents Bill Clinton et George Bush.
Le NIH est composé de vingt-sept instituts et centres semi-indépendants identifiés selon leurs domaines de recherche. Les enveloppes budgétaires allouées par le Congrès sont attribuées séparément à chacun des vingt-sept instituts qui doivent faire une demande individuelle de budget chaque année. Chaque institut possède sa propre thématique de recherche (voir "Principaux sujets de recherches des instituts du NIH" en fin d'article).Certains d'entres eux concentrent leurs recherches sur une maladie précise (cancer ou diabète), d'autres axent leurs recherches sur un organe du corps humain (coeur, reins) ou encore sur des problématiques de recherche globale comme le décryptage du génome humain.
Contrairement aux instituts, les centres de recherches du NIH ne focalisent pas leurs travaux sur une pathologie précise mais sur un domaine plus transversal. Parmi les sept centres de recherches, quatre d'entre eux ont leurs propres crédits. Le National Center for Complementary and Alternative Medicine (NCCAM) se consacre à l'exploration des méthodes complémentaires et alternatives de guérison dans un contexte scientifique. Pour cela, le centre conduit diverses études, par exemple, sur la médecine ayurvédique (médecine traditionnelle indienne) et la médecine traditionnelle chinoise. Le National Center on Minority Health and Health Disparities (NCMHD) a pour mission de promouvoir la santé des minorités et d'éliminer les disparités dans les domaines de la santé de l'accès aux soins.
De son côté, le National Center for Research Resources (NCRR) a comme objectif de renforcer la recherche en sciences biomédicales. Pour cela, le centre utilise les plus récentes avancées scientifiques pour mener des expérimentations animales qui seront ensuite appliquées à la recherche sur l'humain. Enfin, le John E. Fogarty International Center, composante internationale du NIH, s'occupe des problèmes de santé à un niveau mondial en développant des collaborations de recherche et des partenariats internationaux. Les trois autres centres de recherches du NIH n'ont pas de ressources propres : le NIH Clinical Center est le plus grand hôpital américain entièrement consacré à la recherche clinique. Il est une ressource nationale qui permet de traduire rapidement les découvertes et observations scientifiques réalisées en laboratoire en de nouvelles approches de diagnostic, de traitement, et de prévention. Le Center for Scientific Review, lui, est le portail pour toute demande de subventions (grants). Le centre évalue, lors de "peer review groups", la majorité (70%) des demandes faites au NIH. Enfin, le Center for Information Technology, lui, coordonne le secteur des technologies de l'information du NIH.
La prédominance de la recherche "extramurale"
Deux types de recherches sont effectués par les centres et instituts du NIH : la recherche "intramurale", réalisée par des scientifiques du NIH, dans les laboratoires du NIH et la recherche extramurale, réalisée par des scientifiques ayant décroché une subvention ou un contrat de recherche du NIH mais ne travaillant pas dans l'institut. Une partie infime des fonds du NIH - soit environ 10% - est utilisée pour financer les 6 500 scientifiques travaillant sur le campus du NIH.
La recherche intramurale permet non seulement aux scientifiques d'appliquer les résultats de la recherche directement sur les patients, mais aussi de chercher, dans les laboratoires, des réponses à des questions qui se posent normalement dans le milieu clinique. Cette méthode de fonctionnement a notamment permis de répondre à des problèmes critiques de santé et à des situations d'urgence comme le Sras. Autre avantage de la recherche intramurale : une partie des projets subventionnés est considérée comme étant "à risques". Ces projets, qui naissent la plupart du temps d'une simple idée, possèdent un fort caractère innovant et n'ont pas encore été vérifiés scientifiquement. Aussi, le chercheur n'est pas pénalisé si les résultats de ses recherches ne sont pas probants. Par contre, si ses travaux aboutissent, ils peuvent avoir des implications importantes et permettre d'importantes avancées scientifiques.
De son côté, la recherche extramurale est menée par des scientifiques qui bénéficient du support financier du NIH. Près de 200.000 personnes ont ainsi bénéficié d'une des 50.000 subventions accordées dans plus de 3.000 universités, hôpitaux et autres centres de recherche à travers le monde. En 2006, 84% du budget du NIH - 24 milliards de dollars - ont été consacrés à la recherche extramurale, majoritairement sous forme de bourses de recherche (research grants) ou de contrats de recherche et développement.
Des bourses de recherche sous formes variées
Les projets de recherche financés par les NIH le sont pour une durée de un à cinq ans. La propriété intellectuelle appartient en partie à l'établissement subventionné, le NIH en garde une partie. Le NIH finance la plupart des subventions en raison de la qualité scientifique des demandes qu'il reçoit plutôt que par leur appartenance à des domaines scientifiques prédéfinis de haute priorité. Les stratégies de financement varient selon les instituts où la demande est réalisée. La qualité de la demande, quant à elle, est déterminée par un examen initial réalisé par des pairs nationaux ou internationaux n'appartenant pas au NIH. Le NIH permet d'obtenir des subventions à chaque étape de la carrière d'un chercheur, ainsi les "training grants" ou les "fellowships" sont des bourses de formation, les "career development awards" sont des bourses de développement de carrière.
Enfin, les "research project grants" sont des bourses qui permettent, selon certains critères, d'aider une équipe de scientifiques à financer un projet de recherche. Les "training grants" et les "fellowships grants" sont des bourses de formation qui permettent à un laboratoire américain d'obtenir des allocations pour financer les travaux de recherche d'un post ou un prédoctorant dans des domaines de recherche prédéfinis. En 2006, 1 267 "fellowship grants" et 957 "training grants" ont ainsi été attribués. Il existe plusieurs types de "training grants" et de "fellowship grants" selon la discipline dans laquelle les recherches sont menées. Si la majorité de ces bourses est accessible à des jeunes chercheurs américains, quelques unes d'entre elles sont exclusivement réservées à des scientifiques venant de l'étranger. Les "career development awards" sont destinés à des chercheurs ayant obtenu un PhD ou un P.D (professional doctorate) et qui souhaitent orienter leur carrière dans le domaine biomédical. En 2006, 4 254 "career development awards" ont ainsi été distribués. Seuls les "career development awards" de type K99/R00 sont ouverts aux scientifiques non américains. L'Inserm, en 2005, et le CNRS, en 2008, ont signé des accords de partenariats avec le NIH afin que des scientifiques français puissent bénéficier de ce type de subventions.
Le système très diversifié de bourses pour des postulants américains comme étrangers a fait ses preuves. Les partenariats internationaux soutenus par les NIH sont en proportion croissante. Ainsi, par exemple, les chiffres de partenariats avec la France sont éloquents : quatorze subventions directes, cent subventions collaboratives avec des scientifiques français et cent quarante chercheurs-visiteurs français accueillis chaque année. Le fonctionnement du système américain est très différent de l'organisation hexagonale : les allocations de recherche octroyées aux chercheurs (en général non fonctionnaires) incluent les salaires. De plus, ces allocations sont amputées d'un montant prélevé d'office par les universités qui hébergent le chercheur primé. Ce "péage" peut atteindre 50% dans les facultés les plus renommées. Il s'agit donc d'une approche typiquement américaine, de type "donnant-donnant". De ce fait, une université a tout intérêt à payer le prix fort pour faire venir les meilleurs professeurs : ils vont, en effet, attirer les étudiants les plus brillants dans leur sillage.
De leur côté, les scientifiques primés obtiennent des subventions significatives, publiques ou privées et font entrer d'importantes sommes d'argent dans les caisses. L'université les réinvestit immédiatement afin de moderniser les installations et conserver son attractivité. En contrepartie, le chercheur doit impérativement produire une recherche de qualité pour obtenir des allocations et bénéficier d'un environnement stimulant ainsi que d'équipements haut de gamme. Cette approche incitative porte ses fruits. Dans le domaine du vivant, les Etats-Unis sont actuellement le pays qui produit la "meilleure" science en termes de publications et de distinctions. C'est aussi le pays qui découvre le plus d'applications de haut niveau, si l'on en juge par les brevets et thérapies innovantes mises sur le marché.
Le point sur :
Principaux sujets de recherches des instituts du NIH
* National Cancer Institute (NCI)
- Cancer : causes, diagnostic, prévention, traitement et suivi des patients
* National Heart, Lung and Blood Institute (NHLBI)
- Maladies du coeur, des vaisseaux sanguins, des poumons et du sang
- Troubles du sommeil
- Collecte et gestion des dons de sang
* National Institute of Dental and Cranofacial Research (NIDCR)
- Maladies dentaires et cranofaciales
* National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases (NIDDK)
- Diabètes, endocrinologie
- Maladies hématologiques, métaboliques et digestives
- Hépatites
* National Institute of Neurological Disorders and Stroke (NINDS)
- Maladies neuromusculaires
- Neurosciences
* National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID)
- Maladies infectieuses, allergies et immunologie
* National Institute of General Medical Sciences (NIGMS)
- Sciences biomédicales : Biologie moléculaire, cellulaire, génétique, pharmacologie, physiologie
* National Institute of Child Health and Human Development (NICHD)
- Biologie de la reproduction, Embryologie
- Santé de l'enfant
* National Eye Institute (NEI)
- Maladies oculaires, désordres visuels
* National Institute of Environmental Health Sciences (NIEHS)
- Interactions Santé/Environnement
- Suceptibilité génétique de l'individu
* National Institute on Aging (NIA)
- Maladies liées à l'âge
* National Institute of Arthritis and Musculoskeletal and Skin Diseases (NIAMS)
- Arthrite et arthrose
- Maladies musculaires et tissulaires
- Maladies de la peau
* National Institute on Deafness and Other Communication Disorders (NIDCD)
- Maladies auditives, gustatives, olfactives, liées à l'élocution
* National Institute of Nursing Research (NINR)
- Maladies chroniques et aiguës
- Prévention des maladies
* National Institute on Alcohol Abuse and Alcoholism (NIAAA)
- Maladies liées à l'alcool
- Prévention et stratégies de traitements
* National Institute on Drug Abuse (NIDA)
- Etude des fondements sociaux, biologiques et neuro-scientifiques des dépendances liées à la consommation de drogue
* National Institute of Mental Health (NIMH)
- Recherches sur le cerveau et les maladies mentales
* National Human Genome Research Institute (NHGRI)
- Cartographie chromosomique, séquençage de l'ADN, développement de bases de données
- Implications éthiques, sociales et légales de la recherche génétique
* National Institute of Biomedical Imaging and Bioengineering (NIBIB)
- Imagerie biomédicale, bio-ingénierie, biomatériaux et informatique
* National Library of Medicine (NLM)
- Collecte, organisation et mise à disposition des informations de la recherche