Le Royaume-Uni a publié un livre blanc intitulé "Innovation Nation" dans lequel il expose sa stratégie pour devenir une nation phare en matière d'innovation, jugée essentielle pour assurer la prospérité et la qualité de vie futures.
Cet article a été préparé par Eric Werner, à partir du rapport "Innovation Nation : le livre blanc britannique sur l'innovation" réalisé par Anne Prost, du service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France au Royaume-Uni, que nous remercions pour sa collaboration.
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Le Gouvernement britannique a publié en 2008 un livre blanc sur l'innovation dans lequel il présente sa stratégie pour bâtir une "nation d'innovation". Les programmes d'actions présentés s'appuient sur l'éducation et la formation, la recherche, l'exploitation des connaissances, le recours à la réglementation, aux marchés et aux services publics. Mais l'accent est porté sur l'innovation dans les services et les industries de la création, ainsi que sur les rôles joués par la demande et le Gouvernement à travers leur politique de marchés publics.
Le ministère britannique de l'Innovation, des Universités et des Compétences (Department for Innovation, Universities and Skills - DIUS) a publié en mars 2008 le livre blanc intitulé Innovation Nation, dans lequel il expose la stratégie du Gouvernement pour faire du Royaume-Uni l'une des nations phares en matière d'innovation. Selon le DIUS, l'innovation est essentielle pour assurer au Royaume-Uni sa prospérité économique et la qualité de vie futures.
Dans un premier temps, le livre blanc présente sa vision des caractéristiques actuelles de l'innovation (voir "L'innovation présente un visage changeant" en fin d'article), sur lesquelles le Gouvernement s'est fondé pour définir sa stratégie. Il s'accorde à dire que l'innovation se produira pour grande partie d'elle-même, dès lors que le Gouvernement britannique soutiendra l'éducation, la formation et la recherche et assurera la stabilité macroéconomique et des marchés ouverts et concurrentiels. Mais il affirme également que dans des domaines spécifiques, le Gouvernement peut apporter un soutien plus direct, en ayant recours à la réglementation, aux marchés et aux services publics. Le livre blanc éclaire ainsi le rôle joué par le Gouvernement pour mener le pays vers une "nation d'innovation" et détaille les différentes initiatives qu'il mettra en oeuvre (voir "Les grandes lignes d'actions pour une innovation Nation" en fin d'article). Si ces initiatives touchent à l'évidence aux différents leviers d'actions mentionnés précédemment, le livre blanc insiste toutefois plus particulièrement sur l'innovation dans les services et dans les industries de la création d'une part, et sur le rôle de la demande et des ministères à travers leur politique de marchés publics, d'autre part.
Promouvoir l'innovation dans les marchés publics
Dans ce document, le DIUS rappelle ainsi que la demande des clients et consommateurs tire l'innovation en encourageant les inventeurs à répondre à des besoins nouveaux et avancés. Dans ce contexte, les utilisateurs précoces façonnent les produits et services innovants dans leur phase de développement la plus importante et génèrent les premiers revenus financiers : ce rôle d'utilisateur précoce peut ainsi être joué par le Gouvernement, au même titre que des individus ou des entreprises. Alors que le Gouvernement consacre de l'ordre de 190 milliards d'euros par an à ses achats, dont le tiers environ pour les collectivités locales, le DIUS estime que les marchés publics pourraient de ce fait constituer un instrument puissant pour stimuler l'innovation, en créant des marchés pour des produits et services innovants, en particulier dans des secteurs comme la défense, la santé ou l'environnement.
Dans ce cadre, un programme interministériel Small Business Research Initiative (SBRI) a déjà été lancé dès 2001 pour stimuler et augmenter la demande en R&D auprès des PME technologiques. Celles-ci ont la possibilité de démontrer leur capacité à entreprendre et à fournir au secteur public des travaux de R&D de haute qualité. En 2006-2007, les contrats passés avec les PME se sont élevés à environ 175 millions d'euros. Mais l'initiative n'a pas reproduit le succès rencontré par son modèle, le programme américain SBIR (Small Business Innovation Research). Le DIUS déplore que le SBRI ne soit pas parvenu à intégrer durablement des pratiques innovantes dans les ministères et que les demandes restent concentrées sur le développement de politiques plutôt que sur le renforcement de la recherche dans les domaines scientifiques et techniques.
Cependant, en tant que plus important client de l'économie britannique, le Gouvernement veut promouvoir activement l'innovation dans les marchés publics. Dans le courant de cette année, chaque ministère disposera d'un Innovation Procurement Plan (plan de politique d'achats pour l'innovation) dans sa stratégie commerciale. Ce plan détaillera comment chaque ministère doit inscrire l'innovation dans ses pratiques d'achat et s'efforcer de mettre en oeuvre des mécanismes d'achat innovants. En outre, le DIUS et la confédération de l'industrie britannique coopéreront pour favoriser l'échange d'expertise en innovation. Cette collaboration inclura le détachement, au sein du secteur public, d'experts issus du secteur privé qui joueront le rôle de mentors pour une politique d'achats favorable à l'innovation. Enfin, le DIUS travaillera avec les ministères pour combler les déficiences de la SBRI, qui sera réformée et dont les projets seront recentrés sur la recherche technologique.
Pour développer la demande d'innovation, le Gouvernement se propose également d'utiliser, au-delà des marchés publics et du soutien direct à la demande privée, d'autres outils, et en particulier la réglementation et la normalisation. Le cas de la réglementation demeure néanmoins délicat dans la mesure où elle peut soit constituer une entrave en générant des coûts additionnels, soit promouvoir l'innovation en créant des incitations pour produits ou services innovants. Le DIUS et la Better Regulation Executive (BERR, Direction pour une meilleure réglementation) coopéreront entre autres avec le Business Council for Britain (Conseil pour les entreprises britanniques) pour identifier comment la réglementation sera susceptible de promouvoir ou de freiner l'innovation.
"L'innovation cachée" de plus en plus importante
Dans son livre blanc, le DIUS démontre par ailleurs que "l'innovation cachée" gagne en importance dans la société et l'économie britanniques. Le ministère constate ainsi que l'innovation se produit de plus en plus en dehors des secteurs traditionnels de la production manufacturière et de la haute technologie. Les services à forte intensité de connaissance, à l'instar des services aux entreprises, des services financiers ou des prestations d'ingénierie, constituent non seulement un pan de plus en plus important de l'économie, mais également des domaines d'activités qui innovent. En 2007, ces services ont réalisé un chiffre d'affaires d'environ 93 milliards d'euros, en augmentation de 170% sur la dernière décennie. Ils représentent environ un quart de toutes les exportations britanniques et dégagent un excédent commercial croissant (3,3% du PIB en 2005, contre 1,8% en 1995). Globalement, le secteur des services représente les trois quarts de la production britannique.
Outre les mesures destinées à soutenir l'innovation au sein des entreprises en général, le Gouvernement britannique prévoit ainsi des mesures particulières pour soutenir l'innovation dans les services. Le British Standards Institute (BSI, l'Institut britannique de normalisation) entreprendra notamment une analyse du rôle des normes dans le secteur des services, et définira une stratégie dans ce domaine d'ici avril 2009, en même temps qu'il publiera une norme révisée sur la gestion de l'innovation. Les normes sont en effet importantes dans ce domaine, ne serait-ce que pour leur influence dans la confiance accordée par les consommateurs aux nouveaux services proposés. Le DIUS compte par ailleurs étendre au secteur des services les Knowledge Transfer Partnerships (KTP, partenariats de transfert de connaissances). Il s'agit d'outils mis en place par le Technology Strategy Board (TSB) dans l'objectif d'aider à diffuser des compétences commerciales et techniques grâce à des projets menés en entreprise par des individus ayant bénéficié d'une formation de haut niveau. Par ailleurs, différentes mesures spécifiques sont également prises pour soutenir l'industrie de la création, qui constitue elle aussi un secteur important, contribuant pour plus de 75 milliards d'euros à l'économie nationale et employant plus de 2 millions de salariés.
Sur le plan scientifique, le DIUS a notamment pris la décision de renforcer les activités de transfert de connaissance dans ce domaine. Au niveau de l'action internationale, UK Trade and Investment (UKTI, organisation gouvernementale qui appuie les sociétés britanniques exerçant leurs activités au niveau international et les entreprises étrangères qui cherchent à s'installer ou à s'étendre au Royaume-Uni) met actuellement en place des stratégies commerciales à destination des acteurs étrangers et d'investisseurs potentiels, ciblant notamment les secteurs de la création. Enfin, parmi les actions visant à renforcer les compétences, le livre blanc annonce la mise en place fin 2008 de 12 "académies de compétences nationales" (National Skills Academy, NSA), dont une est planifiée dans le domaine de la création et de la culture. Parallèlement, le Gouvernement travaille également, avec l'entrepreneur James Dyson, au lancement de la Dyson School for Design Innovation, dédiée à l'innovation dans le design.
Les prochaines étapes...
A noter que le livre blanc détaille également quelques-unes des étapes clés de la mise en oeuvre de sa stratégie. Parmi les prochaines étapes figurent entre autres la publication, à l'automne 2008, du premier rapport annuel sur l'innovation, qui fera une évaluation de l'efficacité du soutien apporté à l'innovation par les ministères. Il étudiera les dépenses en termes d'innovation des entreprises britanniques, identifiera les forces et faiblesses ainsi que les secteurs et technologies clés pour le Royaume-Uni pour lesquels des progrès doivent être réalisés. Enfin, le rapport comparera le Royaume-Uni à ses principaux concurrents. Par ailleurs, un nouvel indice de mesure d'innovation sera développé par le National Endowment for Science, Technology and the Arts (NESTA, organisme indépendant ayant pour mission de développer l'innovation). Un indice pilote sera ainsi publié en 2009 et le système complet devra être mis en place pour 2010. Enfin, le DIUS, le NESTA et le TSB créeront un nouveau centre de recherche en innovation chargé de fournir des travaux de recherche sur l'innovation éclairant les politiques britanniques dans ce domaine.
Il reste à voir à présent comment et quand les actions présentées dans le livre blanc seront mises en oeuvre...
Le point sur :
L'innovation présente un visage changeant
La stratégie pour l'innovation élaborée par le Gouvernement britannique se fonde sur sa vision des caractéristiques actuelles de l'innovation, qui repose sur les différents constats suivants :
- la science et la technologie sont une source vitale d'innovation, mais le chemin du laboratoire au marché est long, complexe et incertain ;
- "l'innovation cachée"
- qui se produit en dehors des secteurs traditionnels, et notamment dans les services aux entreprises, les services financiers, les sciences de l'ingénieur...
- occupe un rôle de plus en plus important dans l'économie et la société britannique ;
- l'innovation se produit à travers les secteurs privé, public et caritatif et les nouvelles technologies permettent de nouvelles formes d'innovation ;
- les entreprises s'engagent de plus en plus dans "l'innovation ouverte" en allant chercher hors de leurs murs des idées qu'elles développeront en interne ;
- les utilisateurs innovent indépendamment et en partenariat avec les organisations, en créant une demande pour de nouveaux produits et services ;
- l'innovation se mondialise : si la diffusion des nouvelles technologies et des connaissances accroît la compétition internationale, elle conduit aussi à l'intégration des marchés et à davantage de coopération au-delà des frontières (les dépenses de R&D engagées par les plus grandes entreprises mondiales à l'extérieur de leur pays d'origine ont représenté près de 90 milliards d'euros en 2003) ;
- la demande tire l'innovation : alors que l'innovation est le produit de l'interaction créative entre l'offre et la demande, les politiques menées se sont jusqu'à présent largement concentrées sur l'offre.
Les grandes lignes d'actions pour une Innovation Nation
Pour faire du Royaume-Uni une grande nation d'innovation, le livre blanc Innovation Nation élabore un ensemble de recommandations et de propositions d'actions. En résumé, le Gouvernement britannique définit comme suit ses principaux axes d'interventions :
- stimuler la "demande" d'innovation ; il s'agit notamment pour le Gouvernement, qui représente le client le plus important de l'économie britannique, de promouvoir et soutenir l'innovation dans les marchés publics ;
- soutenir les entreprises, qui constituent des moteurs de l'innovation, en particulier en améliorant l'accès aux financements et la gestion de la propriété intellectuelle, et en renforçant les démarches collaboratives ;
- maintenir un socle scientifique fort et innovant, une recherche de classe internationale étant considérée comme cruciale pour répondre aux défis de la mondialisation ;
- accompagner les entreprises britanniques dans l'internationalisation de leurs démarches d'innovation, mais attirer également des investissements étrangers en matière d'innovation ;
- améliorer davantage les qualifications et compétences de la main d'oeuvre britannique ;
- encourager l'innovation dans les services publics, pour répondre aux défis sociaux à venir (changement climatique, vieillissement de la population...) ;
- prendre en compte les particularismes régionaux dans les politiques d'innovation menées.