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Technologies Internationales 150  >>  2/03/2009

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Education au Groenland

Le système éducatif, au centre de l'apprentissage de l'indépendance

http://www.bulletins-electroniques.com/ti/150_05.htm

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Trente ans après son accès à l'autonomie, le Groenland aspire à l'indépendance et s'interroge sur son avenir ; qu'il s'agisse d'émancipation culturelle, politique ou économique, l'éducation joue une place centrale dans la réflexion sur l'avenir du pays.

Cet article a été préparé par Willy Marante, à partir du rapport "Le système éducatif au Groenland - Histoire, structure, enjeux" réalisé par Jean-Charles Larsonneur, du service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France au Danemark, que nous remercions pour sa collaboration.
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La politique d'éducation joue un rôle clé dans l'autonomisation du Groenland : pour installer une nouvelle génération de Groenlandais à la tête du pays mais aussi comme vecteur privilégié de la culture et comme creuset de l'identité nationale. Regards sur le système éducatif du Groenland.


C'est une île grande quatre fois comme la France, entièrement recouverte par la calotte glaciaire, sauf sur une étroite bande littorale. Avec 57.000 habitants, le Groenland est autonome depuis 1979. Un Gouvernement et un Parlement gèrent les affaires intérieures. Le Danemark conserve certes des prérogatives en matière de politique extérieure et de justice mais un quart de siècle après son premier Gouvernement autonome, le Groenland réfléchit déjà à son indépendance. L'histoire moderne du Groenland est intimement liée à celle de son système éducatif et remonte au début du XVIIIe siècle, avec la colonisation danoise. En 1721, la première mission, à Nuuk, a pour objectif de convertir la population Inuit. L'enseignement et la publication de manuels en groenlandais se développent alors, permettant une préservation remarquable de la langue jusqu'à nos jours. A partir des années 1930, les quelques Groenlandais qui ont la permission de voyager au Danemark commencent à remettre en cause le statut colonial et critiquent l'archaïsme du système scolaire.

En 1953, une révision de la constitution danoise transforme le Groenland en province danoise à part entière. L'éducation devient alors le fer de lance de la politique d'assimilation, et le danois devient la langue privilégiée de l'enseignement. Des professeurs et personnels administratifs danois sont embauchés. En réaction, les années 1970 voient l'émergence d'un vaste mouvement d'émancipation politique et culturelle qui aboutit à la création du Gouvernement autonome en 1979. L'école primaire et le collège - neuf années d'études -deviennent obligatoires. Véritable mouvement de "groenlandisation", toutes les réformes menées ont cherché à augmenter la place de la culture et de la langue groenlandaises dans le système éducatif.

L'école en Groenlandais, le bac en danois

Le ministère de l'Education groenlandais, qui existe depuis la création du Gouvernement autonome en 1979, englobe aujourd'hui la Culture, l'Education, la Recherche et le Culte. Dans tous les projets impliquant le développement de capacités locales, l'administration travaille en collaboration étroite avec l'association des communes du Groenland, la KANUKOKA. Le Groenland aujourd'hui compte vingt-quatre écoles publiques dans les villes, soixante et une dans les villages. Onze centres de formation professionnelle existent aussi, ainsi que cinq lycées et quatre établissements d'enseignement supérieur. Un centre des sciences de l'éducation, appelé Inerisaavik, est chargé de réfléchir aux méthodes d'enseignement, de développer du matériel pédagogique et de dispenser des formations. Le budget du secteur de l'éducation est d'environ 130 millions d'euros, pour un budget global d'environ 700 millions d'euros, soit environ 18% du budget global. Le budget du Gouvernement autonome est principalement financé par le Danemark (400 millions d'euros par an), les revenus des impôts (200 millions d'euros) et l'Union européenne (43 millions d'euros, dont 25 millions pour l'éducation).

L'école publique, la Folkeskole, s'adresse aux enfants de 7 à 15 ans, avant d'entrer au gymnasium. C'est une école municipale. Une commission de parents d'élèves, souvent très impliqués, assiste les autorités municipales. Les cinq lycées du Groenland sont encore sous l'autorité du ministère de l'Education danois. C'est le dernier maillon du système d'enseignement qui ne soit pas directement administré par le Gouvernement groenlandais. La formation dure trois ans et donne accès à l'enseignement supérieur au Groenland et au Danemark. Il existe actuellement trois parcours possibles au lycée, qui ont en commun quatre matières obligatoires : le groenlandais, le danois, les mathématiques et l'anglais. Les lycées de Nuuk, Aasiat et Qaqortoq proposent un parcours généraliste, avec de nombreuses possibilités de cours obligatoires et de cours à options. Une réforme prévue pour 2009 prévoit que les lycées soient administrés par le Gouvernement groenlandais, comme le reste du système scolaire. En outre, des discussions à propos de la langue des examens seraient en cours entre le ministère de l'Education danois et le Gouvernement groenlandais. Le baccalauréat doit-il exister en danois et en groenlandais ? L'examen, qui donne accès à l'enseignement supérieur danois, se passe pour le moment exclusivement en danois. Les élèves groenlandais sont donc désavantagés. Mais est-il concevable de donner accès à l'Université danoise sans vérifier le niveau linguistique des candidats par un diplôme universel ? L'enseignement supérieur est accessible après le baccalauréat ou un diplôme équivalent.

Le système groenlandais offre la possibilité de choisir entre un cursus court, moyen ou long, et propose également quelques formations avancées pour les professionnels. Le cycle court d'enseignement supérieur (KVU) prévoit trois formations en alternance d'une durée de deux à trois ans : comptabilité-finance, administrateur informatique et technicien spécialisé. Le cycle intermédiaire (MVU) regroupe des formations en alternance mais d'une durée de quatre ans. Ces cursus préparent aux métiers de journaliste, enseignant, infirmier, assistante sociale ou animateur socioculturel. L'enseignement universitaire est principalement dispensé à Ilisimatusarfik, l'Université du Groenland, créée en 1983. Aujourd'hui, l'université compte près de 180 étudiants, un chiffre en constante augmentation. Par ailleurs, le Gouvernement a annoncé au printemps 2008 la création d'une "Université du climat" destinée à mutualiser les connaissances en sciences naturelles et en sciences sociales sur les conséquences du réchauffement climatique.

Des accords internationaux

Le nombre d'étudiants groenlandais au Danemark a augmenté ces vingt dernières années, grossissant les rangs d'une diaspora très importante, qui représente près de 20% de la population du pays. En 2005, lors du dernier recensement des étudiants au Danemark, 2 751 Groenlandais étudiaient au Danemark pour 12 850 Groenlandais résidents dans le pays. Les études au Danemark sont stimulées par un système de bourses particulièrement généreux. Des mesures de discrimination positive visent à attirer de plus en plus d'étudiants au Danemark, tout en compensant le désavantage de poursuivre ses études à l'étranger.

Le Groenland a récemment conclu deux accords de partenariat dans le domaine de l'éducation, l'un avec les Etats-Unis, l'autre avec l'Union européenne. Si le premier peine à décoller, le second porte déjà pleinement ses fruits. La coopération avec les Etats-Unis est fondée sur le traité d'Igaliku, signé en 2004 entre le Groenland, le Danemark et les Etats- Unis. L'accord prévoit, en échange du maintien et de la modernisation de la base militaire de Thulé, un plan de coopération dans les domaines économique, scientifique, éducatif et environnemental. Au lieu de l'aide financière attendue, le Gouvernement américain a décidé de promouvoir les programmes d'échanges scolaires et universitaires, en inscrivant notamment le Groenland sur la liste des pays participants aux programmes GLOBE et Fullbright. Seuls quelques étudiants groenlandais effectuent un PhD aux Etats-Unis. De l'autre côté, depuis 2004, deux Américains ont effectué un séjour au Groenland. En échange de la présence de la base de Thulé, dont l'importance stratégique ne cesse de croître pour les Etats-Unis, les Groenlandais souhaiteraient obtenir davantage. La coopération avec l'Union européenne offre un visage différent. Depuis la sortie du Groenland des Communautés européennes en 1985 (suite à un référendum en 1982), le Groenland reçoit des sommes importantes de la part de l'Europe à titre de compensation pour l'obtention des droits de pêche. En 2006, l'Union européenne et le Groenland ont signé un nouvel accord selon lequel l'UE s'engage à verser 25 millions d'euros chaque année. Ce nouvel accord a permis de lancer un programme ambitieux visant à donner une compétence professionnelle aux deux tiers de la population en âge de travailler à l'horizon 2020.

Un système qui garde mauvaise presse

La mauvaise qualité de l'enseignement est fréquemment citée par les Danois parmi les raisons principales qui les poussent à quitter l'île. Au retour, les enfants qui ont été scolarisés au Groenland marquent souvent un temps d'adaptation avant de se réhabituer aux écoles danoises, réputées plus exigeantes. Le taux de scolarisation au Groenland est très faible. En outre, environ 30% des élèves abandonnent le primaire sans avoir obtenu le diplôme de fin d'études. La faible valorisation des études dans le milieu familial et les difficultés d'accès aux lieux de diffusion du savoir jouent un rôle important. Pour les Groenlandais de l'Est, en particulier, poursuivre une éducation secondaire sur la côte Ouest peut faire l'effet d'un véritable déracinement, d'autant plus qu'ils parlent une langue différente du Kalaallisut, le Groenlandais de l'Ouest. Le danois est ainsi souvent leur troisième langue. Par ailleurs, le niveau de qualifications des enseignants n'a quasi pas changé en trente ans. Dans les grandes villes, le nombre d'enseignants qualifiés atteint 75%, tandis que les petites communautés villageoises ne disposent que rarement d'enseignants ayant suivi une formation pédagogique.

Autre source de difficultés : la langue. Dans une étude publiée en 2006 par le département de l'Education, 50% des élèves ayant abandonné l'école mettaient en cause leurs difficultés avec la langue danoise. Au lycée, environ 15% des enseignants seulement sont d'origine groenlandaise. A L'université du Groenland, sur quatorze professeurs titulaires en 2007, seulement deux étaient d'origine groenlandaise.

"Groenlandiser" l'éducation

L'affirmation de la langue et de la culture est extrêmement importante pour tous les Groenlandais. Elle accompagne un sentiment de fierté nationale très prononcé et une forte aspiration à une plus grande émancipation. Les drapeaux groenlandais sont sortis à la moindre occasion et les habitants portent le costume national à tous les grands moments de la vie sociale et personnelle. Dans ce contexte, la "groenlandisation" de l'éducation est un enjeu central pour le Gouvernement, même si sa mise en pratique, très contestée, divise profondément la communauté. Une initiative récente illustre bien l'ambition et les difficultés d'une telle politique : le Parlement groenlandais a voté en novembre 2007 une loi visant à favoriser l'accès des Groenlandais à la direction de l'Université. Son principe : puisqu'il y a très peu de docteurs groenlandais, il suffit de rendre la fonction accessible aux titulaires d'une maîtrise pour favoriser les candidatures locales. La politisation du comité de sélection facilite ensuite la sélection d'un candidat "ethniquement correct". Le débat sur la direction de l'Université fait écho aux controverses sur la "groenlandisation" de l'administration en cours depuis l'année 2007. Profitant d'une réorganisation des départements du Landsstyre, le Gouvernement a cherché à imposer des personnes parlant le groenlandais aux postes-clés de l'administration.

Cette pratique suscite de nombreuses inquiétudes. D'abord, de nombreux Groenlandais ne parlent pas le Kalaallisut : certains Groenlandais sont donc écartés des postes à responsabilité, de manière totalement contraire à l'esprit de la loi. Surtout, elle conduit à l'éviction de nombreux Danois et étrangers travaillant pour le Gouvernement local. A l'Université comme dans l'administration, le problème soulevé par les politiques de "groenlandisation" est le même : il est pour l'instant difficile de concilier le large accès des Groenlandais aux emplois qualifiés avec un niveau de compétences adéquat. Le Gouvernement groenlandais lie étroitement les questions éducatives au processus d'autonomisation du Groenland. S'émanciper de la tutelle danoise suppose une économie viable, donc une population mieux formée et plus active. Comme de nombreuses économies arctiques, le Groenland est caractérisé par des coûts de production très élevés (salaires, transport), un secteur public surdimensionné, un secteur privé relativement réduit et une population peu éduquée. L'importance du secteur de la pêche - basé essentiellement sur la crevette - rend l'économie particulièrement sensible aux chocs extérieurs (baisse des stocks ou effondrement des cours). Le Groenland dépend de plus en plus des subventions danoises (32% du PIB annuel). Dans ce contexte, le Gouvernement local a mis en oeuvre depuis 2000 un plan de politique structurelle sur quinze ans, avec trois axes majeurs : l'évolution d'une économie de rente vers une économie tournée vers le marché, la promotion du commerce et de l'industrie à l'étranger, et l'amélioration de l'éducation et des politiques de l'emploi.

Aujourd'hui, seulement un tiers de la population âgée de 15 à 62 ans (35.000 à 40.000 personnes au total) dispose d'une éducation minimale. Environ 80% des personnes sans emploi n'ont aucun diplôme. On estime également qu'environ 22.000 des 26.000 personnes non qualifiées au Groenland ne peuvent pas s'exprimer en anglais, un facteur de chômage majeur dans une économie globalisée. Le programme, construit en deux phases, vise donc essentiellement à favoriser l'accès aux écoles et à la formation professionnelle, à diminuer le taux d'échec scolaire et à stimuler l'apprentissage des langues étrangères. La première phase (2006-2012) vise les catégories de populations les plus fragiles, les jeunes et les travailleurs non qualifiés de plus de 45 ans, particulièrement ceux qui ont une famille à charge. L'accent est mis sur les métiers où la pénurie de main d'oeuvre est la plus évidente : le tourisme, le bâtiment, les secteurs minier et pétrolier, la santé et le social, l'éducation primaire et secondaire. La deuxième phase (2012-2020), en cours d'élaboration, devrait étendre son action à l'ensemble de la population, et mettre l'accent sur l'enseignement supérieur et les professions les plus qualifiées.

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Origine : Technologies Internationales 150 (2/03/2009 ) - ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/ti/150_05.htm
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