Si la culture et le tourisme sont des atouts essentiels pour Berlin, la capitale allemande est aussi l'une des régions d'Europe où la densité d'institutions scientifiques et de recherche est la plus forte.
Cet article a été préparé par Gaëlle Degrez, à partir du du rapport "Berlin : présentation générale, enseignement supérieur et recherche" réalisé par le service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France en Allemagne, que nous remercions pour sa collaboration.
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Rares sont les régions d'Europe où il est possible d'observer une telle concentration d'institutions scientifiques et de recherche comme à Berlin : quatre universités, trois écoles d'art, sept écoles supérieures, plusieurs écoles privées supérieures et plus de soixante-dix instituts de recherche de financement public ont leur siège dans la capitale et forment une excellente base pour un travail interdisciplinaire et une coopération avec le monde économique.
Depuis la chute du mur en 1989, Berlin est devenue la capitale d'une Allemagne réunifiée, formant aussi à elle seule, un des seize Bündeslander du pays. La métropole fait partie de l'agglomération de Berlin-Brandebourg qui regroupe quelque cinq millions d'habitants. Si Berlin est aujourd'hui un centre culturel et artistique de tout premier plan, elle peut également s'enorgueillir d'avoir une densité inégalée, en Allemagne, d'institutions scientifiques et de recherche. Parmi les secteurs les plus en pointe figurent notamment les biotechnologies, les technologies médicales, la recherche sur les transport, les technologies de l'information et de la communication, mais aussi l'optique et les microsystèmes.
Berlin finance en outre une recherche importante en sciences sociales en plus d'un vaste potentiel de recherche fondamentale sur le traitement des problèmes à caractères sociétaux et économiques. Les universités berlinoises forment à elles seules quatre clusters d'excellence et sept centres d'étude et de recherche. Les écoles supérieures seront dotées, dans les années à venir, d'un budget de 210 millions d'euros, dont 53 sont destinés à la recherche de pointe dans le cadre de l'initiative d'excellence (voir encadré). Une part importante du développement technologique du Land est due à la TSB, la Fondation de technologie de Berlin, qui structure et modernise les activités innovantes.
Des formations supérieures "d'élite"
Les établissements d'enseignement supérieur de la ville de Berlin réunissaient quelque 132 822 étudiants en 2006-2007, dont 11,5% d'étudiants étrangers. La ville héberge quatre universités : l'université Humboldt, l'université libre (FU), l'université technique (TU) et l'école des beaux-arts. Il faut également citer la faculté de médecine de la Charité, la plus importante faculté de médecine d'Europe. A cela s'ajoutent dix instituts universitaires, quatre écoles supérieures d'art, six écoles supérieures spécialisées (Fachhochschulen) et une école internationale de commerce et de management.
Une fondation d'"élite" pour la promotion des sciences devait voir le jour à la fin de l'année 2008. Cette décision résulte d'un accord conclu le 9 juin 2008 entre les quatre universités du Land, le Sénat de Berlin et les représentants des organismes de recherche extra- universitaires berlinois. Cette fondation remplace le projet de "superuniversité" proposé en 2007 par Jürgen Zöllner (SPD), sénateur de Berlin en charge de l'enseignement, de la science et de la recherche. Sous l'appellation "Berlin International Forum for Excellence", cette fondation bénéficiera, pour la période 2008-2011, de 160 millions d'euros déjà prévus à cet effet par le Sénat du Land. Elle pourra également profiter de fonds privés, dans la mesure où les résultats des recherches qui y seront menées intéresseront l'industrie. C'est ce qu'espère l'ancien secrétaire d'Etat au BMBF (le ministère fédéral de l'Enseignement et de la Recherche), Wolf-Michael Catenhusen (SPD), qui a été chargé par le sénateur Zölner des négociations pour la mise en place de cette nouvelle fondation.
Dans le cadre de l'initiative d'excellence, l'université libre a obtenu le soutien de trois écoles doctorales, deux clusters d'excellence (dont un en commun avec l'université Humboldt) et une stratégie d'avenir, faisant de cette université, une des neuf universités d'élite allemandes retenue à l'issue du concours. De son côté l'université d'Humboldt a obtenu le soutien de trois écoles doctorales et d'un cluster d'excellence (en commun avec l'université Libre) et enfin l'université technique a remporté une école doctorale et un cluster d'excellence (Voir "L'initiative d'excellence" en fin d'article).
Une recherche de pointe
Avec des instituts de recherche de poids, un positionnement croissant dans le classement des Länder et des infrastructures de recherche pour la biotechnologie, la médecine, les transports et les technologies de l'information et de la communication, le savoir est la matière première de Berlin. L'agence de moyens de la recherche allemande - la DFG (Deusche Forschungsgemeinschaft) - finance vingt-huit unités de recherche spécialisées réparties entre l'université libre, l'université technique, la Charité et l'université Humboldt. Ces unités sont consacrées aux géosciences, aux procédés industriels, aux matériaux et à la physique, à la biologie / médecine et à la chimie. Berlin abrite également l'un des six centres de recherche de DFG : Mathéon, centre de recherche sur les mathématiques. Ces centres de recherche sont des centres d'excellence scientifique, intégrés au sein d'universités, qui ont vocation à devenir leaders internationaux dans leur domaine et à constituer un pôle d'attraction pour les meilleurs scientifiques étrangers.
Berlin compte en outre des instituts de recherche extra-universitaires parmi lesquels cinq instituts Max-Planck (l'institut Fritz-Haber de la société Max-Planck - chimie et physique des surfaces et matériaux -, l'institut Max-Planck pour la génétique moléculaire et l'institut Max-Planck pour la biologie des infections) et six instituts Fraunhofer.
De nombreux réseaux de compétences
Les centres de recherche de Berlin sont impliqués dans de nombreux réseaux de compétences fédéraux. La ville en coordonne, plus spécifiquement, une dizaine. Berlin est ainsi le centre d'un réseau de compétences sur la Biomimétique, "BioKON". Le Land est également le noyau du réseau "BioTOP Berlin-Brandebourg" qui a pour objectif de faire des biotechnologies de la région de Berlin et du Brandebourg un centre d'excellence au niveau européen. Le cluster d'entreprises, qui regroupe actuellement vingt instituts de recherche, 160 entreprises employant 3 200 personnes, se situe à la deuxième place en Allemagne derrière celui de Munich. L'activité se concentre dans les parcs technologiques d'Adelrshof, Focus Medi port, Buch et Berlinbiotechpark. Toujours dans le domaine des biotechnologies, on peut également citer "BioHyTec" réseau de technologies biohybrides qui développe des biocapteurs et des biopuces afin de consolider les secteurs de la bioanalytique et du diagnostic moléculaire.
Le projet GABI et le réseau des technologies ARN "RiNA" concernent aussi les biotechnologies. "GABI", chargé d'analyser le génome dans le système biologique des plantes, est un projet collectif cofinancé par le ministère fédéral de l'Enseignement et de la Recherche et par des entreprises privées. Celles-ci sont regroupées au sein de l'association GABI, réseau économique pour la recherche sur le génome végétal. Une agence de brevets et de licences est associée à GABI avec pour mission la commercialisation et la protection juridiques des découvertes effectuées. Quand à "RiNA", il s'agit d'une plateforme pour la coopération entre acteurs de l'économie et des sciences dans le domaine des technologies de l'ARN.
Valorisation et transferts technologiques
Le transfert de technologie constitue une des priorités de la ville de Berlin. Défini en partenariat avec le Brandebourg, il concerne en particulier le secteur des biotechnologies, des technologies de l'information et de la communication et des transports. L'optique et la technologie des microsystèmes ont été récemment ajoutées à cette liste. Dans ces domaines, des réseaux d'innovation ont été créés. La Fondation pour la technologie a joué un rôle important dans ce développement en favorisant le dialogue entre les hommes politiques, le secteur de la recherche et les entreprises. La fondation oriente l'innovation par l'intermédiaire de Bio-TOP pour les biotechnologies, de l'association FAV pour les transports, de TSBmedici pour la recherche médicale et de Time Kontor pour les technologies de l'information et de la communication (TIC) et les médias.
Par ailleurs, les "associations de recherche interdisciplinaire" ont joué un rôle majeur dans la définition des priorités et dans la création de réseaux entre entreprises et secteurs de la recherche. Un des moyens choisis par le Land pour favoriser les transferts technologiques est de développer les parcs d'innovation d'Adlershof et de Berlin-Buch, deux technopoles qui facilitent des échanges constants entre les institutions de recherche et les entreprises.
Les coopérations internationales
Le Land de Berlin attache une grande importance aux relations européennes et internationales. Il cherche à les cultiver et à les développer, notamment dans le domaine des sciences. Pour cela, il doit s'assurer que sa recherche est bien représentée dans toute l'Europe. Les nouveaux entrants de l'Union européenne sont la première cible de ses efforts. Le Land a des ressources exceptionnelles en matière de sciences humaines et sociales concernant certaines régions du monde. Tel est le cas par exemple du centre d'études françaises de l'université Humboldt ou encore du centre d'études d'Europe de l'Est de l'université libre. Les établissements d'enseignement supérieur berlinois possèdent en outre de nombreuses ressources dans le domaine des études nord-américaines, latino-américaines, africaines et asiatiques.
Autre exemple, celui des études islamiques, qui constituent aujourd'hui une des thématiques de pointe. Le groupe de travail "Modernité et Islam", composé de chercheurs académiques venant d'institutions diverses, prend en compte l'importance politique croissante de l'Islam en combinant des méthodes philologiques et historiques avec des approches sociologiques.
La densité, la diversité et la qualité exceptionnelles des institutions scientifiques de Berlin offrent de nombreux avantages et sont un fondement efficace pour la mise en place de contacts et de coopérations internationales. Dans cette optique, les ressources scientifiques de Berlin doivent être développées et renforcées, au moyen de réseaux et d'infrastructures ciblées. La ville met pour cela à profit ses opportunités d'échange et d'accueil de scientifiques ainsi que de communication dans les forums et les centres de rencontre tels que l'Instituts d'études avancées de l'Académie des sciences de Berlin-Brandebourg. Elle profite également des possibilités offertes par les parcs d'innovation d'Adlershof et de Berlin-Buch.
Le point sur :
L'initiative d'excellence
Mesure phare de la réforme universitaire allemande, l'initiative d'excellence a été lancée par le chancelier allemand Gerhard Schröder en juin 2005. L'objectif était de faire émerger cinq "universités d'élite", dotées de 50 à 100 millions d'euros. Après des débats intensifs, les pouvoirs publics ont finalement décidé de débloquer des moyens très importants puisque ce seront finalement 1,9 milliard d'euros (financés à 75% par l'Etat fédéral et 25% par les Länder). Cette initiative s'est concrétisée par deux appels à projets (2005-2006 et 2006-2007) comportant chacun trois volets :
- écoles doctorales ;
- pôles d'excellence thématiques (clusters) ;
- stratégies d'avenir (pour devenir "université d'élite")