Au Royaume-Uni, une personne sur six souffrirait de troubles mentaux. Et, le vieillissement de la population ne viendra pas améliorer cet état de fait. Pour faire face au mieux, le Gouvernement britannique a décidé d'inciter chercheurs et cliniciens à développer leurs travaux en neurosciences.
Cet article a été préparé par Nathalie Mayer, à partir du rapport "La recherche en neurosciences" réalisé par Claire Mouchot, du service pour la Science et la Technologie de l'ambassade de France au Royaume-Uni, que nous remercions pour sa collaboration.
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Les neurosciences s'intéressent à l'étude du système nerveux au sens large et depuis un peu plus d'une décennie, la recherche en neurosciences à travers le monde est en plein essor. Deux raisons majeures à cela : d'une part les avancées technologiques en génétique ou en biochimie mais aussi en informatique, en statistiques, en modélisation et en physique, qui ont permis d'aborder les neurosciences sous un angle différent et, d'autre part, le vieillissement de la population et la multiplication des maladies mentales associées qui ont poussé les gouvernements à soutenir plus largement cette recherche. Et, le Royaume-Uni n'échappe pas à la règle. Dans le secteur public, les acteurs de la recherche en neurosciences sont nombreux et les financements conséquents. Quant aux thématiques abordées, elles ne cessent de se diversifier, aussi bien concernant la recherche fondamentale que la recherche clinique.
D'après un rapport publié par le Wellcome Trust, l'un des plus importants organismes de financement de la recherche en santé humaine et animale du Royaume-Uni, les neurosciences sont l'un des domaines de la recherche biomédicale qui progressent le plus rapidement. Une situation très certainement liée au vieillissement des populations et au poids des maladies associées aux désordres du système nerveux qui ne fera que s'alourdir si la recherche n'avance pas. Au Royaume-Uni, en 1990, les maladies mentales coûtaient au Gouvernement environ 6,1 milliards de livres (soit environ 8 milliards d'euros), c'est-à-dire 25% de la totalité des dépenses maladies et handicaps du pays.
Longtemps, les neurosciences sont restées l'apanage des sciences biologiques. Mais aujourd'hui, avec l'évolution des technologies, on retrouve les neurosciences associées à des disciplines telles que les sciences cognitives et la neuropsychologie, l'informatique, les statistiques, la physique ou la médecine. Parallèlement, l'essor des techniques empiriques que sont la génétique ou la biochimie permet l'étude comportementale et moléculaire des cellules nerveuses individuelles. Enfin, les progrès réalisés dans le domaine de l'imagerie et de la modélisation donnent la possibilité de mener des études physiologiques sensorielles et motrices. En ce début de XXIe siècle, les neurosciences sortent donc de plus en plus de leur cocon de recherche fondamentale pour s'épanouir dans le domaine de la recherche clinique. Mais la question est si large et variée qu'il n'existe pas, au Royaume-Uni, de stratégie unique en la matière.
Un cadre institutionnel en pleine évolution
Historiquement déjà, les recherches médicales et de santé étaient menées de façon relativement morcelée. Recherches fondamentales et appliquées se retrouvaient dans diverses universités, centres et instituts. Les financements étaient principalement alloués par le Medical Research Council et le Department of Health. Mais, ces dernières années, les stratégies ont tout de même évolué suite à une forte demande concernant l'amélioration de la coordination des actions et surtout des soins apportés aux patients avec, pour objectif, la création d'un centre d'excellence reconnu internationalement pour la recherche en santé, le National Health Service (NHS). La première intention est donc aujourd'hui de transformer les résultats de la recherche en bénéfices directs pour les patients et les professionnels de la santé. Pour se donner les meilleures chances de parvenir à son but, le Royaume-Uni opte pour l'action.
Dès 1999, le Gouvernement a mis en place les National Service Frameworks (NSF). Eléments clés de la stratégie britannique, ils sont chargés de définir des standards de soins au plan national et de permettre le développement d'une stratégie à long terme. Financés par le ministère de la Santé et aujourd'hui au nombre de six, les NSF ont eu le mérite de mettre très tôt sur le devant de la scène le problème grandissant des maladies neurologiques. Car au Royaume-Uni, ce n'est pas moins d'une personne sur six qui souffre de tels troubles.
Parallèlement, le Gouvernement veille à créer un environnement permettant à la recherche fondamentale en sciences de la vie de maintenir son statut de leader. C'est pourquoi il a lancé, en 2004, la UK Clinical Research Collaboration (UKCRC), un partenariat entre organisations dont l'objectif commun est l'amélioration de la recherche en santé au Royaume-Uni (amélioration des infrastructures, renforcement des effectifs, incitation au développement de programmes de recherche, allègement de l'aspect réglementaire et amélioration de la coordination des financements). Les réseaux de recherche thématiques comme le Stroke, dédié aux accidents cérébraux vasculaires, ou le Mental Health, consacré à la santé mentale, ont, quant à eux, pour objectif de soutenir la recherche clinique.
En 2006, un nouveau pas est franchi avec la création d'un institut national virtuel pour la recherche en santé, le National Institute for Health Research (NIHR). Ses missions : optimiser la cohérence de la recherche en santé sur l'ensemble du territoire britannique et identifier de nouvelles manières de prévenir, diagnostiquer et traiter les maladies. Le NIHR se compose aujourd'hui de sept centres de recherche spécialisés dont un en santé mentale, le South London & Maudsley NHS Trust and Institute of Psychiatry. Particulièrement centré lui aussi sur le transfert vers la recherche clinique, il est financé pour une période de cinq ans qui a démarré en 2007. Le centre de recherche percevra ainsi chaque année jusqu'à 100 millions de livres (soit environ 130 millions d'euros) selon l'impact attendu des recherches menées.
Toujours dans la même optique et pour suivre l'une des recommandations d'un rapport établi par Sir David Cooksey en 2007, celle de mettre au plus vite en place un organisme responsable de l'amélioration du transfert de la recherche, un Office for Strategic Coordination of Health Research (OSCHR) a été dernièrement créé. Parmi ses fonctions : coordonner les avis de tous les acteurs impliqués pour établir une stratégie commune plus efficace, évaluer un budget unique à soumettre au ministère des Finances, vérifier que les objectifs fixés seront atteints ou encore encourager les partenariats avec l'industrie.
Des financements en forte croissance
Au Royaume-Uni, la recherche en général et le secteur biomédical en particulier tirent leur financement de trois sources distinctes : l'industrie, les dons aux charities et l'Etat. Alors que l'enveloppe de l'Etat était jusqu'alors divisée entre différents instituts, pour la première fois en 2007, le Gouvernement a annoncé un budget unique pour la recherche en santé, sous l'égide de l'OSCHR. D'ici 2010-2011, ce budget devra atteindre 1,7 milliard de livres (soit environ 2,2 milliards d'euros) par an. Un budget en très nette augmentation qui couvrira à la fois le transfert de la recherche, la santé publique et l'e-santé.
En 2006-2007, ce sont près de 110 millions de livres (soit environ 140 millions d'euros) en provenance du Gouvernement britannique qui ont été consacrées aux neurosciences et à la santé mentale. Les principaux thèmes à avoir profité de cette aubaine : les études à long terme de cohortes en santé mentale, l'autisme, les maladies neurodégénératives, les banques de tissus du cerveau, la médecine expérimentale et le traitement et la prévention de désordres dits communs et handicapants (dépression, schizophrénie, etc.).
Côté financements privés, deux charities jouent un rôle important dans le domaine des neurosciences. Le Wellcome Trust tout d'abord, organisation caritative indépendante qui finance de nombreux secteurs de la science biomédicale et qui, en 2006-2007, a consacré environ 15%, soit près de 51 millions de livres (environ 64 millions d'euros), de ses dépenses totales aux neurosciences et à la santé mentale. L'Alzheimer Society, de son côté, dispose de moyens bien moins importants mais elle est la première charity britannique entièrement dédiée à la recherche et à l'amélioration des soins pour les personnes atteintes de démence. Au Royaume-Uni, ce ne sont pas moins de 700.000 personnes qui seraient concernées. Un chiffre qui pourrait passer à 1 million d'ici vingt ans.
Des thématiques de recherche variées
Par nature, les neurosciences regroupent des thématiques extrêmement variées, s'intéressant autant au fonctionnement normal et sain des neurones qu'à leurs dysfonctionnements. Les disciplines concernées peuvent aller du développement à la psychiatrie en passant par la cognition, la neurodégénérescence ou le vieillissement. Pour étudier une telle diversité de nombreuses techniques s'offrent aux chercheurs, des techniques autant traditionnelles qu'innovantes. Ces techniques permettent de mettre en lumière des connaissances aussi bien sur l'infiniment petit que sur les réseaux plus complexes et sur les groupes d'individus.
Il existe, au Royaume-Uni, une association regroupant les vingt universités conduisant les recherches les plus poussées. Les universités membres de ce Russel Group développent chacune des programmes en neurosciences particulièrement intéressants. Le Bristol Neuroscience (BN), par exemple, est un centre virtuel d'excellence permettant aux chercheurs de différentes facultés et hôpitaux d'interagir de manière active. Il a identifié cinq thématiques dans lesquelles le consortium possède une forte expertise : neuroprotection et neurorégénération ; signalisation des cellules nerveuses ; neurosciences des systèmes ; stress, obésité, dépression et dépendance ; cognition. Récemment, le BN a décidé d'élargir son réseau au Sud-Ouest du pays avec la création en 2006, en partenariat avec l'université de Cardiff, de la Bristol-CardiffNeuroscience Collaboration (BCNC). De quoi s'intéresser à de nouvelles thématiques comme la psychiatrie, l'imagerie, la démence ou encore la schizophrénie. Objectif affiché : devenir un acteur incontournable du secteur des neurosciences britanniques. Mais d'autres centres virtuels d'excellence ont certainement des prétentions semblables. Le Cambridge Neuroscience par exemple qui ne compte pas moins de 31 départements et 34 instituts impliqués dans la recherche interdisciplinaire en neurosciences. Le King's College London (KCL) est, de son côté, l'université qui possède l'un des plus gros contingents mondiaux de scientifiques et cliniciens en neurosciences.
Son Institute of Psychiatry est le meilleur institut européen du genre. Et au KCL, l'accent est mis sur pas moins de dix thématiques allant des travaux les plus fondamentaux à la recherche clinique.
Dernière preuve de la volonté britannique de développer la multidisciplinarité des recherches en neurosciences, la création en juin 2008, d'un nouveau centre pour la neuro-éthique sur le campus de l'université d'Oxford grâce à une subvention de 800.000 livres (soit environ 1 million d'euros) en provenance du Wellcome Trust. Ce centre est mené par des experts en éthique, en philosophie de l'esprit, en neurosciences, en neurologie, en psychiatrie et en théorie légale. Leur objectif : travailler sur les thèmes de la cognition et des humeurs, du seuil de la conscience et des déficiences sévères du cerveau, du consentement libre, de la responsabilité criminelle et de la dépendance et des bases neurales de la prise de décision morale. Des thématiques aussi originales que porteuses de multiples questionnements.
Plus le temps passe et plus le Royaume-Uni élargit donc ses compétences en neurosciences. Le tout non pas pour assoir une supposée suprématie internationale mais plutôt pour faire en sorte que les scientifiques, les cliniciens, les mathématiciens, les physiciens, les statisticiens, etc. travaillent en étroite collaboration et de façon concertée. Le meilleur moyen sans doute pour que leurs travaux aboutissent et se traduisent en soins aux patients de la manière la plus rapide et la plus efficace possible.
A lire également : - SEEMUNGAL, D., GINNS, S., DIXON, D., EWART, W. Neuroscience : An Audit of Research Activity. Royaume-Uni : Wellcome Trust, 1999. 95 pages. Téléchargeable à l'adresse : http://redirectix.bulletins-electroniques.com/RhvEy